Georg Fischer pris la main dans le sac
Unia exige le retour à l'horaire de travail normal et la compensation des heures supplémentaires

Prétextant la sauvegarde des emplois en Suisse, la direction de GF Machining Solutions, division du groupe Georg Fischer, avait en février dernier augmenté de 3 heures le temps de travail hebdomadaire de ses 900 employés sans compensation ni indemnisation. Or, les résultats du premier semestre 2015 affichent une progression de 5% du résultat d'exploitation de l'entreprise active dans l'industrie mécanique.

Le 3 septembre, des syndicalistes d'Unia ont manifesté devant les usines de GF Machining Solutions et distribué des tracts aux près de 900 salariés employés sur les sites de Meyrin (GE), Nidau (BE), Luterbach (SO) et Losone (TI). Craignant une perte de 10 millions de francs en raison de l'abandon du taux plancher, la direction de cette entreprise appartenant au groupe Georg Fischer avait en février dernier augmenté le temps de travail de 3 heures par semaine sans compensation ni indemnisation. Or, le 21 juillet, le groupe a publié ses résultats du premier semestre 2015 et, surprise, le résultat d'exploitation (Ebit) de GF Machining Solutions a augmenté de 5%, passant de 20 à 21 millions de francs. «Nous l'avons prise la main dans le sac. Georg Fischer étant coté en Bourse, nous avons accès aux données, ce qui n'est pas le cas pour toutes les entreprises et il est parfois difficile d'obtenir des informations», explique Lucas Dubuis, porte-parole d'Unia. Plus rien ne justifie le maintien de l'horaire prolongé pour le syndicat, qui exige que les heures supplémentaires effectuées gratuitement soient indemnisées ou compensées.

«Un prêt, ça se rembourse»
«L'idée était que de passer de 40 à 43h par semaine c'est moins pire que des licenciements», témoigne Pierre Niederhauser, président des commissions du personnel de GF Machining Solutions. «Nous avions cependant prévenu la direction: on accepte de vous prêter des heures, mais un prêt, ça se rembourse!» Pour cet ouvrier prototypiste employé à Meyrin, les trois heures supplémentaires peuvent se justifier en cette période en raison de la charge de travail. «Mais, le problème, c'est que nous travaillons gratuitement. En plus, une bonne partie de notre matériel est acheté dans la zone euro à des coûts jusqu'à 20% moins élevés.»
La semaine prochaine, les représentants du personnel doivent rencontrer la direction au siège du groupe à Schaffhouse. Pierre Niederhauser regrette le manque d'ouverture à la discussion de celle-ci, «qui n'a toujours pas digéré que nous la traînions l'année passée devant le Tribunal arbitral pour des questions d'augmentation de salaires». Recevra-t-elle malgré tous les arguments du personnel et du syndicat? «Ce sera peut-être notre prochain combat. On n'est pas fou, si la société était en difficulté, on n'irait pas au suicide», assure le syndicaliste.

Jérôme Béguin


Unia réclame un taux de change supportable et une vraie politique industrielle

«Nous exigeons l'arrêt des mesures d'augmentation du temps de travail, qui, économiquement, ne se justifient pas. En particulier en période de récession où les carnets de commandes se vident», déclare Pierluigi Fedele, membre du comité directeur d'Unia. «Nous sommes toutefois conscients que le franc fort peut mettre certaines entreprises en difficulté et nous sommes partisans de solutions adaptées», poursuit le responsable pour la Romandie du secteur industriel, avant de détailler tout un programme. «En premier lieu, la Banque nationale suisse (BNS) doit intervenir, de quelque manière que ce soit, pour garantir un taux de change supportable pour l'exportation. Ensuite, nous avons besoin de mettre sur pied une véritable politique industrielle en Suisse, réunissant Confédération, cantons et partenaires sociaux. Nous avons besoin d'une agence de l'innovation pour financer des projets ambitieux, y compris pour de petites entreprises. Nous revendiquons aussi l'institution d'une assurance couvrant les risques de change, qui devrait être financée par une taxe sur le marché des devises. Des fonds de soutien devraient également permettre des reconversions industrielles, en particulier pour soutenir le virage écologique. Enfin, il serait utile de renforcer la formation professionnelle. Si je prends le secteur de l'horlogerie que je connais bien, 25% de la main-d'œuvre est aujourd'hui non qualifiée et pourrait se retrouver demain, faute de formation, au chômage», expose Pierluigi Fedele, en soulignant que «bien entendu, les entreprises aidées devraient respecter des paramètres sociaux». «Cela fait longtemps que le secteur industrie d'Unia a lancé ces réflexions. Pendant longtemps, les politiques et les industriels nous ont snobé, mais dans le contexte actuel, on commence enfin à être écouté», ajoute le responsable syndical.
JB

 

 

 

Edition n° 37 du 9 septembre 2015

 
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