Les syndicats demandent une hausse des salaires pour tous
L'Union syndicale suisse estime que la situation des entreprises est assez bonne pour augmenter les salaires

Lors d'une conférence de presse, mercredi 2 septembre, l'Union syndicale suisse a rappelé que l'économie était assez robuste, malgré le franc fort, pour se permettre d'augmenter les salaires de tous, et notamment des employés de longue date. Car la croissance de leurs revenus, ces dix dernières années, a été nettement inférieure à la moyenne.

Au cœur des négociations salariales et à l'aune de la bonne marche de l'économie suisse, les syndicats demandent une hausse générale des rémunérations. Lors de la conférence annuelle de l'Union syndicale suisse (USS), les principales fédérations - entre autres Unia, Syndicom et le SSP - ont présenté leurs revendications.
L'USS a relevé notamment la bonne santé de l'économie suisse. «Les banques et les assurances font à nouveau des bénéfices et l'économie d'exportation, qui subit les effets du franc surévalué, a profité de la reprise de la conjoncture dans l'Union européenne (UE) ainsi que de la baisse des prix des produits intermédiaires achetés à l'étranger», indique son communiqué. Daniel Lampart, premier secrétaire de l'USS parle même de «reprise de la conjoncture mondiale» et indique que «le chômage baisse, ce qui a une influence positive sur la consommation privée et la construction».
Si Vania Alleva, présidente du syndicat Unia, relève que «le franc fort est certes un casse-tête pour certaines branches», elle signale aussi que «les prix de l'énergie ont diminué, le crédit est meilleur marché et l'achat de biens et de matériel, en provenance de la zone euro notamment, coûte bien moins cher». «Selon la branche, le poste "achats" oscille entre 40 et 60% des coûts totaux. Par conséquent, un recul du chiffre d'affaires n'implique pas une absence de bénéfices», souligne-t-elle encore.
Dans le secteur de la construction par exemple, les résultats sont au beau fixe, à en croire l'analyse des résultats comptables des entreprises publiée chaque année, mais aussi des enquêtes réalisées par le Centre de recherches conjoncturelles de l'Ecole polytechnique de Zurich. «Or les salaires horaires sur les chantiers ont stagné, voire diminué ces dernières années», dénonce Vania Alleva. «En 2014 déjà, les employeurs avaient refusé d'accorder une hausse générale des salaires malgré la bonne marche des affaires.» Cette année, Unia demande donc une augmentation salariale pour les travailleurs de la construction de 1,5%.

De l'inégalité des hausses salariales
De manière globale, l'USS relève que des augmentations des salaires se justifient, de surcroît, par la hausse probable des coûts de l'assurance maladie l'année prochaine et des loyers toujours élevés. Sans hausse salariale, 2016 signifiera concrètement une diminution du pouvoir d'achat... Ce que vivent déjà bon nombre d'employés.
Les travailleurs ayant de l'ancienneté, et ceux au bénéfice d'un CFC sont les grands perdants de ces dernières années en termes d'augmentations salariales. Se basant sur les chiffres de l'Office fédéral de la statistique (OFS), l'USS relève que la croissance des revenus de 1996 à 2012 est de 7,3% pour l'ensemble des travailleurs. En moyenne seulement. Car si la hausse est de 12% pour les cadres supérieurs, elle n'est que de 3% seulement pour les employés avec CFC, et de 2,7% pour les travailleurs qui ont plus de 20 ans d'ancienneté.
Daniel Lampart relève encore, dans son analyse, que la productivité des travailleurs a crû de 11% lors de ces dix dernières années. Soit davantage que les salaires.
Pour Vania Alleva, l'essor du second œuvre, par exemple, «est dû pour beaucoup aux employés qui travaillent dur, font de nombreuses heures supplémentaires et subissent de fortes pressions au rendement». Le syndicat demande donc une augmentation générale de 1%.
Dans l'industrie chimicopharmaceutique, Unia sollicite 120 francs par mois supplémentaires, et 80 francs dans l'industrie des machines, des équipements électriques et des métaux (MEM) ainsi que dans l'industrie alimentaire. Le syndicat revendique également le réexamen des salaires féminins et la transparence salariale, et des rémunérations de référence pour les apprentis (700 francs en 1re année, 900 francs en 2e, 1100 francs en 3e et 1300 francs en 4e) ainsi qu'un 13e salaire.
Dans le commerce de détail, le syndicat estime qu'une hausse de la masse salariale de 1% est nécessaire, avec des augmentations ciblées pour la main-d'œuvre formée et expérimentée. Il rappelle que les bas salaires concernent, selon les chiffres du Seco, un tiers de la main-d'œuvre du secteur. Soit 105000 personnes, surtout des femmes avec souvent un CFC et une vaste expérience professionnelle.
Si certaines branches et certaines entreprises ont déjà fixé les salaires 2016 qui oscillent entre 0,6 et 2,15% d'augmentation, dont La Poste (+0,6% et un versement unique de 400 francs en avril 2016) et les CFF (+0,8% dans le cadre des négociations CCT 2014), pour les autres, les négociations risquent d'être acharnées...

Aline Andrey

 

 

Aperçu général des revendications salariales formulées dans les branches d'Unia

Construction: +1,5% d'augmentation générale.
Second œuvre: +1% d'augmentation générale, adaptée au besoin de rattrapage de chaque branche.
Industrie:
- Chimie et pharma: +120 francs par mois d'augmentation générale.
- MEM et industrie alimentaire: +80 francs par mois d'augmentation générale.
Salaires de référence et 13e salaire pour les apprentis, réexamen des salaires féminins et instauration de la transparence salariale.
Commerce de détail: +1% de la masse salariale, avec des hausses ciblées pour le personnel qualifié et expérimenté.
Sécurité privée: +1% de hausse des salaires minimum pour la main-d'œuvre à temps partiel et le personnel auxiliaire avec trois ans d'expérience, hausse des suppléments.
Transport: +1% d'augmentation générale.

 

 

 

Edition n° 37 du 9 septembre 2015

 
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