Mission : sauver les chevaux maltraités
Le refuge de Darwyn recueille depuis 15 ans des chevaux victimes de mauvais traitements

C'est le premier centre d'accueil pour chevaux maltraités en Suisse. Après quinze ans d'expérience, le Refuge de Darwyn a su se faire un nom et travaille en étroite collaboration avec les vétérinaires cantonaux sur les cas de séquestre. Depuis 2000, plus de 360 chevaux sont passés par le refuge. Son but: les remettre sur pied pour ensuite pouvoir les confier à des familles d'accueil. Rencontre avec Nadja, bénévole passionnée et dévouée du refuge depuis dix ans.

Au cœur de la campagne genevoise, à Sézenove, au milieu des champs et avec le Salève pour vue, se niche le refuge de Darwyn. Fin août, lors de notre venue, tout le monde s'active à la «SPA» du cheval pour préparer les festivités du week-end organisées à l'occasion de ses 15 ans. Association à but non lucratif, le Refuge de Darwyn a pour mission de venir en aide aux équidés victimes de maltraitance et/ou d'abandon. Dans les cas où les chevaux, poneys et autres ânes sont recueillis au refuge, son action consiste à leur redonner du poil de la bête afin de pouvoir, à terme, les confier à des familles d'accueil. Un travail quotidien de longue haleine qui peut s'avérer compliqué selon le passé, parfois très lourd, de l'animal. Les symptômes de mauvais traitements détectés sont la maigreur, le manque de soins apportés aux dents, les sabots déformés, mais aussi le non-respect des dispositions légales qui exigent une certaine taille pour le parc de l'animal ou encore l'obligation de lui mettre à disposition un abri au sec.
Nadja, bénévole depuis dix ans au sein de l'association et propriétaire d'un cheval du refuge, nous explique le processus. «Souvent, les dénonciations nous parviennent directement; nous allons donc sur les lieux pour constater les cas. Si ces derniers sont avérés, nous engageons dans un premier temps le dialogue avec les propriétaires. En général, en discutant et en leur apportant un peu d'aide, les situations sont assez vite résolues. Nous leur donnons un préavis au bout duquel nous revenons pour nous assurer que les changements de pratique ont bien été appliqués.» Dans ces cas, simples, les équidés restent donc chez eux. Oui, mais, tout ne se passe pas toujours aussi bien... «Lorsque les propriétaires refusent le dialogue, voire nous agressent, ou quand les changements imposés n'ont pas été respectés, nous sommes contraints de faire intervenir les services vétérinaires cantonaux, avec qui nous sommes en étroite collaboration, qui ont l'autorité pour prononcer un séquestre.» C'est là que le refuge se transforme en foyer d'accueil pour les animaux sauvés.

Détresse animale... et humaine
«Ces cas de maltraitance vont souvent avec des situations de détresse humaine, continue Nadja. Nous sommes confrontés à des personnes qui ont de gros problèmes financiers ou psychologiques. Lors des procès, notre intention n'est pas de les détruire mais d'obtenir l'interdiction de détenir des animaux.» De même, la crise de 2008 a eu un impact considérable. «Beaucoup n'ont plus les moyens d'entretenir leurs bêtes et nous appellent de plus en plus pour nous demander de les récupérer, mais on ne peut malheureusement pas tous les prendre! Notre rôle est de cibler les cas de maltraitance et le sauvetage de chevaux appartenant à des personnes qui n'ont plus l'aptitude à s'en occuper, à savoir dans des cas de soucis de santé ou de décès.» Pour les autres, l'équipe du refuge essaie de responsabiliser les propriétaires en les invitant à trouver d'autres solutions pour pouvoir continuer à assumer l'entretien de leur animal, mais aussi à sensibiliser les petits et les plus grands sur l'investissement matériel et personnel qu'engage l'acquisition d'un cheval. Faute de place, le Refuge de Darwyn a aussi dû cesser de récupérer les chevaux destinés à l'abattoir.

Priorité au bien-être des chevaux
Aujourd'hui, une cinquantaine d'équidés se partagent 15 hectares de terrain, un manège et un rond de longe. «Nos chevaux sont le plus possible au pré, avec d'autres chevaux; c'est notre volonté», souligne Nadja. Les chevaux recueillis côtoient les chevaux de propriétaires en pension, l'apport financier des seconds permettant la prise en charge des soins quotidiens des premiers. A savoir que l'association est financée en grande partie par des fondations privées, les activités organisées et les membres. Jour après jour, le travail consiste à les remettre en selle: leur faire reprendre du poids, les rééduquer et leur redonner confiance en l'homme. Employés et bénévoles se chargent des soins courants, tandis que les interventions plus pointues sont confiées à des professionnels (débourrage, etc.) Les cas les plus lourds où les canassons les plus vieux éliront domicile au refuge à vie. C'est le cas de Tzigane, vieille monture de 35 ans, édentée, qui nécessite des repas spécifiques six fois par jour. Et de son voisin, Saratoga, de quatre ans son cadet, aveugle et qui dispose d'un box totalement sécurisé pour éviter qu'il ne se blesse. Des poneys restent également sur place et sont réquisitionnés lors des activités organisées pour les enfants. Reste à trouver un lieu de vie pour tous les autres chevaux sauvés, difficilement «plaçables» en familles d'accueil: le Refuge de Darwyn paie pour ceux-ci une pension dans un lieu de confiance. Hors de question de lésiner sur la sécurité et sur la qualité de l'accueil. Une exigence que l'on retrouve dans le suivi des chevaux placés: ils restent propriété du refuge afin de faciliter un retour en cas de problème, et une visite leur est faite chaque année.
Face à des demandes toujours plus nombreuses mais des moyens qui ne suivent pas, certains défis s'imposent pour le refuge. «Nous devons gérer l'ampleur sans nous faire déborder, résume Nadja. Notre priorité est de rester fidèle à notre ligne de conduite et continuer à bien faire notre travail, sans le bâcler.»

Manon Todesco

Plus d'infos sur www.refugedarwyn.ch


Depuis 15 ans, le Refuge de Darwyn c'est:

500 plaintes traitées
364 chevaux accueillis
200 propriétaires soutenus
600 chevaux placés par l'intermédiaire du refuge

Aujourd'hui c'est:
50 équidés sur place
180 placés en familles d'accueil
Environ 60 en pension
Plus de 1800 membres
40 à 50 bénévoles
4 employés
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En deux mots
En 2000, Anouk Thibaud fonde le Refuge de Darwyn, nom donné en hommage à son cheval décédé brutalement après un problème de santé. Passionnée par les chevaux depuis toujours mais abattue par cet événement, elle n'a, au départ, pas vraiment d'ambition mais la protection des chevaux maltraités lui apparaît comme une vocation. Elle en fait son cheval de bataille depuis quinze ans...
MT

 

 

Edition n° 37 du 9 septembre 2015

 
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