Chantier de La Poste des ouvriers payés 8 euros de l'heure
Unia a dénoncé un nouveau cas de dumping salarial touchant 70 travailleurs italiens sur le site du PostParc à Berne

 

C'est la seconde fois qu'Unia dénonce du dumping salarial sur le chantier de l'ancienne Schanzenpost. Sur ce site, Poste Immobilier SA, filiale de l'ancienne régie publique, a investi près de 250 millions de francs dans un projet baptisé PostParc. Le complexe, qui sera inauguré en février 2016, accueillera 30000 m2 de bureaux et 10000 m2 dédiés aux commerces et à la restauration au cœur de Berne.

C'est un nouveau cas de dumping salarial pour le moins symbolique puisqu'il a eu lieu à deux pas du Palais fédéral et, qui plus est, sur un chantier de La Poste. Maître d'ouvrage, le géant jaune devient d'ailleurs coutumier du fait. L'année dernière, une commission de surveillance du canton de Soleure avait constaté qu'une douzaine d'ouvriers employés pour l'agrandissement du centre de tri de Härkingen par des entreprises sous-traitantes d'Allemagne, de Pologne et de Slovénie n'avaient touché qu'entre 7 et 10 francs de l'heure au lieu des 20,40 francs prévus par la convention collective. Trois ans plus tôt, Unia avait été averti que 14 travailleurs slovaques œuvrant à la démolition de la Schanzenpost à Berne percevaient un tarif horaire compris entre 5 et 10 euros seulement et étaient contraints de surcroît de loger sur le chantier, dans un sous-sol. Depuis, ce chantier de la Schanzenpost a bien avancé, trois bâtiments se sont élevés sur ce site et sur celui de l'ancienne Postbahnhof bordant la gare de la capitale fédérale. Baptisé PostParc, le complexe, qui sera inauguré en février 2016, doit accueillir 30000 m2 de bureaux et 10000 m2 dédiés aux commerces et à la restauration. On y trouvera un office de poste, une filiale de PostFinance et une gare de cars postaux, mais aussi Migros, Coop, McDonald's, etc.

Sous-traitance en cascade
Poste Immobilier Management et Services SA, filiale de l'ancienne régie publique, a investi près de 250 millions de francs dans ce projet. Un montant important qui n'a pas empêché un dumping éhonté dénoncé le 8 septembre par Unia, qui a investi l'endroit avec banderole et mégaphone. Selon le syndicat, du fait d'un système de sous-traitance en cascade, une septantaine d'Italiens se sont retrouvés à réaliser des travaux d'isolation et de ferronnerie pour un salaire horaire de 8 euros. «Je gagnais 8 euros de l'heure et travaillais souvent 10 heures par jour», a confirmé l'un des ouvriers au Bund. D'après l'enquête du quotidien bernois, l'entreprise générale de construction Steiner a mandaté une société qui a elle-même fait appel à au moins cinq sous-traitants italiens. La production de faux certificats de salaire, mentionnant des rémunérations de 22 et 27,50 francs de l'heure, rendait inopérantes les inspections sur le chantier. En outre, deux salariés ont été licenciés pour avoir semble-t-il discuté avec des secrétaires syndicaux.
Unia exige le paiement des arriérés de salaire; à cette fin le syndicat demande qu'une somme adéquate soit bloquée sur un compte. Mais Steiner fait la sourde oreille et a dénoncé une «invasion illégale» de son chantier par la vingtaine de syndicalistes d'Unia. Prévenue du dumping, La Poste, de son côté, ne s'estime pas responsable. L'entreprise postale avait pourtant fini par régler leur dû aux quatorze Slovaques.

Jérôme Béguin

 

 

 

Les chauffeurs de La Poste se mobilisent contre la privatisation du transport des envois

La direction de La Poste souhaite renoncer à partir de 2017 à sa flotte de camions de plus de 3,5 tonnes et faire appel à des entreprises de transport privées. Dans un communiqué, le géant jaune se plaint d'être soumis à «une pression de plus en plus forte en ce qui concerne la concurrence et les prix» et entend par cette mesure «renforcer la compétitivité». Pourtant, la régie publique transformée en société anonyme en 2013 a réalisé près de 400 millions de francs de bénéfice au premier semestre 2015. 187 postes de chauffeurs étant menacés par cette privatisation, Syndicom a convoqué une assemblée du personnel le 6 septembre. Selon le syndicat des médias, de la communication et de la logistique, quelque 80 conducteurs de poids lourd ont participé à cette réunion et une «majorité très claire» a refusé le plan social que fait miroiter la direction et décidé de s'opposer à cette externalisation. Les conditions d'embauche et de salaire de la branche des transports sont en effet nettement inférieures à celles de La Poste et c'est bien sur le dos des travailleurs que l'entreprise compte consolider sa «compétitivité». Un comité d'action a été constitué et une campagne syndicale va être prochainement lancée.
JB

 

 

Edition n° 38/39 du 16 septembre 2015

 
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