Canicule protégeons les ouvriers du bâtiment
Une enquête menée à Genève relève de grosses lacunes en matière de protection des salariés sur les chantiers

Les patrons du bâtiment ne protègent pas les salariés en période de canicule, dénonce Unia Genève. Ce constat s'appuie sur les résultats d'un questionnaire rempli par 139 ouvriers: pas d'information aux salariés, pas de mesure de contrôle, pas d'aménagement du temps de travail, pas de pauses supplémentaires, pas de matériel de protection et rarement de l'eau potable mise à disposition. Alors que les employeurs assurent avoir fait le nécessaire, le syndicat tire la sonnette d'alarme et exige un renforcement des dispositifs conventionnels afin de protéger efficacement les salariés.

Les travailleurs du bâtiment, fortement exposés en période de grosses chaleurs, ne sont pas assez protégés. La région genevoise du syndicat Unia tire la sonnette d'alarme après avoir mené une enquête sur les chantiers en août dernier. «La situation est très grave, constate Umberto Bandiera, coresponsable du gros œuvre. En dépit des garanties données par les patrons, la réalité sur le terrain est toute autre.»
Le questionnaire, composé de 18 questions, a été rempli par 139 participants sur une quinzaine de chantiers différents: privés, publics, de grande ou petite taille et d'entreprises diverses. «Dans la grande majorité des cas, il n'y a pas d'aménagement des horaires de travail, pas de pauses supplémentaires, le lieu de travail n'est pas conçu pour réduire l'exposition aux risques liés à la chaleur et les moyens de protection individuels ne sont presque jamais fournis», résume le secrétaire syndical.

Ouvriers négligés
Plus en détail, entre 100 et 135 ouvriers sur 139 affirment que leur employeur ne fournit ni lunettes, ni crème solaire, ni vêtements légers pour se protéger des rayons ultraviolets. Environ 105 d'entre eux disent ne pas avoir reçu d'information sur la manière de se protéger et ne savent pas quoi faire si un collègue se sent mal. En l'absence de zones d'ombre naturelles, seulement 5 ouvriers déclarent que des aires ombragées ont été créées artificiellement. Et dans moins d'un tiers des cas, l'employeur met à disposition de l'eau potable fraîche. Enfin, la quasi-totalité des travailleurs interrogés ignore l'existence de l'indemnité en cas d'intempéries, versée lorsqu'une forte chaleur rend le travail impossible...
Pourtant, en début d'été, le syndicat avait rappelé aux représentants des employeurs de bien mettre en application les mesures de protection qui s'imposent, à savoir la directive du Secrétariat à l'économie (Seco) en matière de sécurité au travail et de protection de la santé. La section genevoise de la Société suisse des entrepreneurs (SSE) avait répondu que l'information à ses membres avait été faite. «Il y a un fossé entre ce que la SSE nous dit et la réalité sur les chantiers, regrette Umberto Bandiera. Les risques encourus par les employés sont largement sous-estimés.» Les contrôles, insuffisants, n'améliorent pas la situation.

Pour un dispositif conventionnel plus efficace
«Il faut un cadre plus contraignant afin que la santé des travailleurs soit enfin respectée, ajoute Yves Mugny, responsable du secteur de la construction. Pour ce faire, nous appelons notre partenaire social à négocier des mesures de protection pour chaque intempérie au sein même de la convention afin que tout soit clair et que les contrôles soient plus efficaces.» Unia réclame à ce titre la création d'un fonds intempéries qui permettrait aux employeurs de financer les mesures nécessaires, l'achat de matériel et, surtout, d'indemniser les arrêts de travail lorsque les conditions météorologiques mettent en danger la santé des travailleurs. A l'heure actuelle, en cas d'arrêt de chantier, l'assurance chômage prend en charge l'indemnisation des travailleurs seulement au bout du troisième jour, les deux premiers étant à la charge de l'employeur, mais en réalité, les ouvriers doivent souvent rattraper les jours non travaillés sur leurs heures supplémentaires ou sur leurs congés. Unia propose de s'inspirer des dispositifs qui existent déjà en Europe, notamment en Autriche. «Plus près, au Tessin, il existe un accord qui stipule qu'au-delà de 30 degrés, les travaux en cours sur les routes sont bloqués», précise Umberto Bandiera.
A l'heure du renouvellement de la Convention nationale de la construction, renforcer les dispositions conventionnelles en matière de protection des salariés est une revendication centrale. Mais au vu du refus de la SSE de les améliorer, Unia Genève se concentre pour l'heure sur une solution cantonale et appelle la SSE genevoise à s'asseoir autour de la table des négociations. «On veut des résultats en matière de santé et de sécurité, c'est une exigence prioritaire sur laquelle on ne fera pas machine arrière dans un secteur où le danger règne en permanence», conclut Umberto Bandiera.

Manon Todesco

 


Violation de la CN et attaque contre la retraite à 60 ans
Hier, mardi 29 septembre, Unia et Syna ont convoqué la presse à Berne pour réagir à la violation de la Convention nationale de la construction (CN) par les entrepreneurs qui refusent d'entamer les négociations salariales qu'ils s'étaient engagés à mener jusqu'à fin septembre. Les syndicats devaient également dénoncer l'attaque menée par la Société suisse des entrepreneurs contre la retraite à 60 ans, et présenter la volonté des travailleurs de se battre pour une CN offrant davantage de protection. Le journal étant déjà sous presse au moment de la conférence de presse, nous reviendrons sur ces questions la semaine prochaine.
L'ES

 

 

 

Edition n° 40 du 30 septembre 2015

 
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