Construction les maçons haussent le ton
Sans garantie de la retraite à 60 ans il n'y aura pas d'accord sur une nouvelle Convention nationale dans la construction

Alors que les négociations en vue du renouvellement de la Convention nationale du secteur principal de la construction n'ont pas encore commencé, Unia et Syna ont annoncé un automne potentiellement chaud sur les chantiers. Essentiellement en cause, la pérennité de la retraite anticipée à 60 ans. Un acquis arraché de haute lutte pour lequel les maçons sont déterminés à se battre. Au moyen de pauses de protestation et de grèves si nécessaires.


Climat social tendu dans le secteur de la construction. Le 29 septembre dernier, à la veille de l'assemblée des délégués de la Société suisse des entrepreneurs (SSE), Unia et Syna ont relayé la colère et les craintes des maçons, alors que leur Convention nationale (CN) arrivera à échéance à la fin de l'année, et que les discussions en vue de son renouvellement n'ont pas encore été entamées, retardées, dénoncent les syndicats, par les patrons. Ces derniers refusaient d'ouvrir les négociations pour différents motifs, proposant de prolonger d'une année la CN existante... De quoi fâcher les maçons aussi particulièrement inquiets sur la pérennité, en l'état, des possibilités de retraite anticipée à 60 ans. Un acquis «sacré», arraché de haute lutte, pour lequel, préviennent Unia et Syna, ils sont, comme pour la CN, déterminés à se battre. Plus de 1500 maçons ont déjà participé à des actions, notamment en Suisse allemande. En Suisse romande, une mobilisation importante avec 200 maçons a eu lieu jeudi passé à La Chaux-de-Fonds (voir article ci-dessous).

Conséquence du baby-boom...
«Les entrepreneurs attaquent la retraite à 60 ans, en prenant la hausse temporaire du nombre d'ayants droit comme prétexte pour relever l'âge de la retraite et pour réduire le niveau des rentes. C'est exclu pour les syndicats. Sans garantie de la retraite à 60 ans, il n'y aura pas d'accord sur une nouvelle CN», martèle Nico Lutz, membre du comité directeur d'Unia, responsable du secteur de la construction. Le sujet énerve d'autant plus le syndicaliste que la problématique était déjà connue - à noter toutefois qu'elle ne concerne pas la plupart des entreprises du canton de Vaud, disposant de leur propre système. «Depuis deux ans on sait que la Fondation FAR - qui finance la retraite anticipée sur les chantiers - aura, pour une période transitoire, besoin de cotisations un peu plus importantes.» La raison? Elle est directement liée à l'arrivée, ces dix prochaines années, d'un nombre important de rentiers, issus de la génération des baby-boomers. Phénomène qui devrait ensuite à nouveau se stabiliser, selon l'étude mandatée sur le sujet. «Dans ce contexte, les spécialistes ont recommandé de majorer légèrement les cotisations. Les syndicats étaient d'accord mais la SSE a refusé. Résultat: le taux de couverture de la Fondation a chuté et, en 2016, un découvert menace.» Et Nico Lutz de reprocher aux patrons d'être restés les bras croisés, préférant analyser différents scénarios en élevant l'âge de la retraite à 61 ou 62 ans ou en diminuant les rentes de 18%. «Soit, pour un maçon qualifié, une réduction mensuelle de 800 francs. Qui peut vivre avec 3650 francs ? Il faudrait dès lors travailler plus longtemps», poursuit le représentant d'Unia, précisant encore que les maçons se sont, pour leur part, montrés disposés à participer aux coûts supplémentaires.

Davantage de protection
Les syndicats ont aussi annoncé qu'ils se mobiliseraient pour une convention offrant davantage de protection aux travailleurs, notamment sur la question des intempéries. «Chaque année, un maçon sur cinq est victime d'un accident professionnel, soit trois fois plus que le risque d'accident moyen en Suisse. D'où la nécessité d'améliorations dans la nouvelle CN, pour ne plus sacrifier la santé des ouvriers sur l'autel du profit.» Unia et Syna réclament par ailleurs des mesures plus efficaces contre le dumping salarial qui sévit sur les chantiers. «Si nous ne parvenons pas à faire respecter les salaires suisses dans la branche, il y aura des conséquences politiques: la majorité des citoyens ne voudra plus de la libre circulation des personnes.»
Et les syndicats de conclure qu'une obstination de la SSE dans sa voie conduirait à un dur conflit social. «Les travailleurs lutteront pour la retraite à 60 ans et leur CN. Par l'arme de la grève s'il le faut.» Message entendu? Au terme de l'assemblée des délégués de la SSE, le 30 septembre dernier, les syndicats ont eu un contact avec la Fédération patronale. «Elle a enfin annoncé être disposée à discuter sur la question de la retraite anticipée et celle des salaires. Nous avons déjà perdu beaucoup de temps et nous voulons des solutions concrètes rapidement. En plus, les patrons continuent à refuser des négociations sur une CN améliorée», commente Nico Lutz.

Sonya Mermoud

 

 

Edition n° 41 du 7 octobre 2015

 
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