Les hôteliers et restaurateurs refusent de négocier les salaires
A genève les syndicats Unia et SIT appellent les employeurs de la branche à négocier les conditions de travail

Face à l'indifférence des patrons de l'hôtellerie-restauration et à leur refus de revoir les conditions de travail à la hausse dans la branche, les syndicats Unia et SIT ont convoqué la presse à Genève pour l'informer de l'urgence d'agir. Avec 11% de travailleurs pauvres et un salaire minimum qui stagne à 3407 francs, les défenseurs des travailleurs exigent des représentants des employeurs qu'ils négocient des conditions de travail plus favorables. Ces derniers refusent. Les syndicats n'ont pas dit leur dernier mot.

«Les travailleurs de l'hôtellerie-restauration ne peuvent pas vivre dignement à Genève» dénonce Artur Bienko, secrétaire syndical à Unia. Selon lui, un quart d'entre eux toucherait le salaire minimum prévu par la Convention collective nationale de travail, à savoir 3407 francs, montant inchangé depuis 2008.
Afin de dénoncer cette situation, Unia et le syndicat SIT avaient lancé en mars dernier une pétition pour exiger la révision à la hausse des salaires à Genève ainsi que l'augmentation des contrôles dans un secteur où les violations conventionnelles sont courantes. Après avoir récolté 2000 signatures de travailleurs de la branche (sur 16700 travailleurs au total), la pétition a été adressée aux représentants des employeurs en juin qui ont fini par répondre qu'ils ne souhaitaient pas entrer en matière à ce sujet. «GastroSuisse bloque les questions de négociation salariale au niveau national, notre but est maintenant d'entrer en matière au niveau cantonal», explique le syndicaliste. Et sa consœur du SIT, Tania Zinoviev, d'ajouter: «Genève est une région en grande difficulté. Depuis 1996 et l'abrogation de la clause du besoin, le nombre d'établissements a doublé. Sans oublier que nous sommes dans une région particulièrement chère. Il y a un besoin urgent de réguler la branche et cela doit passer par l'amélioration des conditions de travail, dont le salaire fait partie.» Les syndicats revendiquent que les salaires soient adaptés au coût de la vie genevoise. «Pour nous, le minimum vital c'est 4000 francs, rappelle la secrétaire syndicale. Mais cela peut être progressif et se faire sur plusieurs années, nous voulons juste que les choses bougent enfin!»

Patrons fermés à la discussion
Le souci, c'est que les représentants des employeurs nationaux et locaux se renvoient la balle perpétuellement. Jean-Luc Piguet, vice-président de la Société des cafetiers, restaurateurs et hôteliers de Genève, fait irruption au moment de la conférence de presse pour échanger avec les syndicalistes. Pour lui, la priorité est que les travailleurs de la branche conservent leur emploi. «Pour le reste, c'est sur le plan national qu'il faut agir, nous ne voulons pas ouvrir de négociations à Genève.» Et les syndicalistes d'insister sur l'insuffisance des salaires actuellement en vigueur. «L'argent ne se trouve pas au bord des trottoirs, leur répond Jean-Luc Piguet. Ne vous attendez pas à des hausses de salaire à l'heure où les établissements ferment les uns après les autres.»
Pourtant, d'après Tania Zinoviev, le secteur se porte plutôt bien, avec une augmentation de 10% du nombre de nuitées à Genève entre les mois de juillet 2013 et juillet 2015, selon les chiffres de l'Office fédéral de la statistique (OFS). «Les patrons prétextent sans arrêt l'excuse du franc fort, complète Artur Bienko, mais ces huit dernières années, ce problème n'existait pas et pourtant ils se montraient tout aussi fermés à négocier.» Par contre, les employés, eux, voient leur situation se dégrader. Avec un taux de pauvreté dans la branche de plus de 11%, le plus élevé en Suisse. Selon l'OFS, entre 2010 et 2012, le salaire médian dans la branche a baissé pour se retrouver à 4287 francs, l'un des plus bas. Et les risques de sous-enchère sont quant à eux, sur la même période, passés de 8 à 19%.
Unia et SIT restent déterminés et ne lâcheront rien. Ils ont déposé le jour même une lettre à la Société des cafetiers pour les sommer de les recevoir avant le 15 novembre pour trouver des solutions paritaires aux problèmes de la branche, y compris les questions de salaire. La réaction immédiate est sans appel. «Ils ont dit qu'ils ne nous répondraient pas et que le partenariat social ne les intéressait pas», rapporte Emmanuelle Joz-Roland, du SIT. Partant, Unia et SIT assurent que d'autres actions auront lieu pour tenter de faire plier les employeurs.

Manon Todesco

 

 

Edition n° 41 du 7 octobre 2015

 
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