Les maçons vaudois se mobilisent massivement
Unia avait invité les travailleurs de la construction à un grand rassemblement pour leur Convention

691 maçons du canton de Vaud se sont rassemblés à Lausanne vendredi pour faire le point sur la question du renouvellement de la Convention nationale, la retraite à 60 ans et les avancées obtenues localement. Leur présence massive a témoigné de leur détermination à vouloir défendre leurs acquis et en conquérir d'autres.

Les maçons vaudois tiennent à leur Convention nationale et à leur retraite anticipée. Ils l'ont démontré avec force en répondant massivement à l'appel d'Unia les invitant, vendredi dernier, à un «Rassemblement pour la convention» tenu au Palais de Beaulieu à Lausanne. 691 travailleurs de la construction ont débarqué de tous les coins du canton pour cette grande assemblée à laquelle participait également le syndicat Syna.
«Nous avons des décisions importantes à prendre ce soir», a lancé Pietro Carobbio, cosecrétaire régional d'Unia Vaud, avant de faire le tour de la situation: la Convention nationale (CN) arrivant à échéance fin 2015, le refus de la direction de la Société suisse des entrepreneurs (SSE) de négocier, leur opération de pétition et d'affiches sur les chantiers pour discréditer Unia, les menaces sur la retraite à 60 ans pour les entreprises soumises à la FAR (Fondation pour la retraite anticipée), menaces ne concernant, dans le canton, que très peu d'entreprises et les temporaires. «Notre système cantonal est viable. Cet acquis n'est pour le moment pas en danger. Mais nous devons être solidaires de nos collègues ailleurs en Suisse; il est important de trouver une solution, sinon l'autorité de surveillance imposera une hausse de l'âge de la retraite ou une diminution des prestations, et ça, nous ne pouvons pas l'accepter», a lancé le syndicaliste, avant de recevoir une salve d'applaudissements.

Fonds santé et sécurité
Partant des revendications nationales - meilleure protection lors d'intempéries, mesures contre le dumping salarial, pouvoir d'achat et défense de la retraite à 60 ans - Pietro Carobbio a présenté la situation spécifique du canton de Vaud, avec les contreparties obtenues en partie dans le cadre de la réforme de la fiscalité des entreprises. «Qu'est-ce que ça a à voir avec notre CN?» a-t-il questionné, en présentant les grandes lignes de la réforme prévoyant une baisse de l'imposition du bénéfice des entreprises provoquant une perte d'environ 392 millions. «Bien sûr, nous disons que ce n'est pas bien de baisser l'impôt des entreprises, mais des compensations ont été obtenues, au niveau des allocations familiales et des déductions pour l'assurance maladie. Il y a aussi des contreparties pour les travailleurs de la construction, et c'est ce qui nous concerne ce soir, avec le versement par l'Etat de 4,5 millions pour un Fonds santé et sécurité, qu'il faudra encore concrétiser», souligne-t-il, en détaillant ce qu'offrirait ce fonds, adopté 10 jours auparavant par le Grand Conseil: possibilité d'anticiper la retraite anticipée pour les cas de rigueur et financement de mesures de protection de la santé.

Mandat
Mettant en regard les exigences nationales et les points en discussion dans le canton de Vaud, Pietro Carobbio a demandé un mandat aux maçons présents pour poursuivre les négociations. Ces points sont l'application du Fonds santé et sécurité, la mise en place de mesures contre le dumping, notamment de la carte professionnelle à rendre obligatoire pour qu'elle soit efficace et la possibilité d'arrêter les travaux en cas de sous-enchère avérée. Sur le pouvoir d'achat, le cosecrétaire régional rappelle la limitation de l'assurance maladie à 10% du revenu et l'exigence d'une hausse des indemnités repas dans la convention locale.
Le mandat sollicité se décline en trois points: la poursuite des négociations pour la concrétisation de ces revendications dans la Convention collective de travail locale d'ici à la fin de l'année, le soutien au mouvement au niveau national, et la grève au printemps s'il n'y a pas d'accord en fin d'année ni de nouvelle CN. «Il y a une ouverture chez nous. Qu'on nous donne le mandat de discuter, on verra ce qu'on peut obtenir et si ça ne va pas, on partira en guerre!» lance Pietro Carobbio.
Responsable de Syna Vaud, Thierry Lambelet soutient son collègue: «Il y a une opportunité de faire avancer les choses dans le canton. Mais il faut aussi soutenir la lutte au niveau national, la CN est le pilier, notre base commune. Il est clair qu'il y a une volonté de la SSE à Zurich de nous diviser. Syna n'a pas voulu signer seul la CN. Tous ensemble nous sommes arrivés jusqu'ici, tous ensemble nous continuerons!»

Ne pas avoir peur des patrons
«Ne perdons pas ce qui nous a donné beaucoup de travail à acquérir, surtout la retraite à 60 ans», lance un maçon au moment de la discussion. «Dans le canton de Vaud, nous avons fait beaucoup de choses. Nous allons soutenir nos collègues au niveau national, mais il faut aussi qu'ils se bougent», lance un autre. «Il ne faut plus se laisser dire qu'on doit aller travailler par tous les temps, c'est à nous de décider», ajoute un grutier. Un autre travailleur rappelle que depuis 15 ans qu'il est sur les chantiers et syndiqué, rien n'a été obtenu pour les intempéries. «La seule chose qu'on a eue quand il neige, c'est la pelle pour la déblayer! Le Fonds santé et sécurité vaudois est une chance. Il ne faut pas penser qu'on lâche le reste de la Suisse, au contraire, on peut être un exemple pour nos collègues.»
«Nous ne devons pas avoir peur des patrons, unis, on gagne toujours, c'est notre force!», ajoute un maçon, avant que le mandat soit adopté à l'unanimité. «Nous passerons sur les chantiers pour vous tenir au courant, conclut Pietro Carobbio. Nous ferons le point en fin d'année lors de nouvelles assemblées et déciderons de la suite.»

Sylviane Herranz

 

 

Edition n° 42/43 du 14 octobre 2015

 
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