Le coworking compromis idéal pour les indépendants
Rompre l'isolement et favoriser l'échange telle est l'ambition des espaces de coworking qui bourgeonnent partout dans le monde

Les espaces de coworking proposent à des personnes, travaillant habituellement chez elles sur des ordinateurs, de partager des places de travail afin de sortir de l'isolement mais aussi de créer des liens et de développer un réseau professionnel. Né en 2005, le «travail collaboratif» s'implante officiellement en Suisse en 2008 avec l'Eclau à Lausanne. Face au succès de cette nouvelle organisation du travail et à une forte demande, les initiatives se multiplient en Suisse romande, notamment à Genève. Très différents dans leur mode de fonctionnement, ces espaces conservent néanmoins tous des valeurs communes: partage, entraide et ouverture d'esprit.

«La plupart des coworkers de l'Eclau atterrissent ici car ils en ont ras-le-bol de travailler chez eux, soit à cause de l'isolement, soit parce qu'ils n'arrivent pas à être tranquilles à la maison», expose Stephanie Booth, gérante de l'espace lausannois et indépendante dans les médias sociaux. Inspirée par le concept américain, et notamment par le «citizen space», premier espace de coworking fondé en 2005 à San Francisco, elle se lance dans l'aventure en 2008. Pionnier dans le domaine en Suisse, l'Eclau se veut un endroit calme où l'on peut être productif dans son travail tout en voyant du monde. C'est aussi un lieu d'échange et d'entraide où les coworkers viennent chercher des conseils et des tuyaux. «Nos domaines d'activité ont beau être très variés, en tant qu'indépendants nous sommes tous confrontés aux mêmes problématiques, et c'est intéressant de pouvoir partager nos expériences», ajoute Stephanie Booth. Situé dans une zone résidentielle, l'Eclau met à disposition une quinzaine de places de travail, en open space. On retrouve également un coin café, un coin lecture/détente et une salle de réunion fermée où les coworkers peuvent recevoir des clients ou dispenser des formations. «Ce qui m'importe c'est que les gens se sentent ici chez eux.»

Ambiance studieuse et conviviale pour 180 francs
Pour faire partie de la bande, les coworkers s'engagent sur minimum six mois et paient la modique somme de 180 francs par mois (120 pour les étudiants et les chômeurs) garantissant leur accès à l'Eclau quand ils le souhaitent. «Je cherche des travailleurs indépendants déjà établis et autonomes. Plus les coworkers restent, mieux c'est!» précise la gérante. Aujourd'hui, l'Eclau compte une dizaine de membres, certains plus assidus que d'autres, mais au quotidien, ils sont entre 2 et 5 à se partager les bureaux. «Ce sont des gens qui partagent leur temps de travail entre l'Eclau, la maison et leurs clients, explique Stephanie Booth. Il y a des phases: un coworker peut très bien être là du lundi au vendredi pendant deux mois et ensuite ne faire que des apparitions épisodiques, il n'y a pas de règle...»
En novembre, l'espace fêtera ses 7 ans. La gérante tire un bilan positif. «Pour moi, le critère de succès d'un espace comme celui-ci est l'atmosphère. A l'Eclau, il y a une bonne entente entre les coworkers, une ambiance positive et propice au travail. Je ne demande pas mieux! Enfin si, l'idéal serait de recruter 1 ou 2 coworkers de plus.» Et au niveau financier, tout roule aussi. «Je rentre dans mes frais, c'est tout ce qui compte. Le projet n'a jamais été de faire de l'argent avec cet espace. Mon leitmotiv est de mettre la priorité sur la communauté, pas sur les bénéfices qu'on peut en tirer. L'important c'est de faire partie d'un groupe.»

Vent en poupe
Dix ans après le «citizen space», le concept du coworking devient de plus en plus attractif. Selon Deskmag, spécialiste de la tendance, en juillet 2013, il y avait plus de 3000 espaces de coworking dans le monde, dont 1160 en Europe. Ce qui séduit? C'est une façon de travailler qui combine les avantages d'un environnement professionnel stimulant avec l'autonomie et la liberté du travailleur indépendant, et ce en toute flexibilité.
En Suisse romande, l'Eclau a ouvert la brèche puisque depuis 2008, une quinzaine d'espaces de coworking ont ouvert leurs portes en Suisse romande. Pas de concurrence entre eux, au contraire, chacun se réjouit de voir que la sauce prend et que les espaces se multiplient pour répondre à la forte demande. Tarifs, ambiance, capacité d'accueil, ateliers, événements: chaque espace à ses formules et ses spécificités, mais tous prônent les valeurs de partage, de bien-être au travail et d'entraide.

Tour d'horizon genevois
A Genève, la Fondation Muse a été la première à proposer un espace de coworking en 2009. Aujourd'hui elle recense 40 membres, majoritairement des indépendants en phase de lancement qui ont donc besoin d'être soutenus et challengés. «La spécificité de la Muse, c'est que le lien et l'entraide y sont orchestrés, explique Claire Gadroit, manager de l'espace. Par exemple, le "Tous pour 1" est un format durant lequel un coworker peut solliciter la communauté pour se pencher sur sa problématique du moment pendant deux heures de temps.» La Fondation Muse, qui accueille également rezonance.ch, «le plus grand réseau professionnel de Suisse romande», s'efforce de mettre en place les conditions favorables pour accélérer le réseautage et donc de permettre aux coworkers de rencontrer les bonnes personnes pour faire progresser leur projet et gagner en visibilité. «La Muse a pour vocation d'être un cocon pour accueillir des projets en germe.» Si ces derniers se développent favorablement, les coworkers sont invités à libérer leur espace, afin de laisser leur place à un autre porteur de projet qui démarre. Un turnover habituel et souhaité: «En six ans, entre Genève et Lausanne, nous avons accueilli 400 coworkers», conclut Claire Gadroit.
Parallèlement à ce modèle d'espace de coworking public, en partie subventionné par la Ville de Genève, il existe des initiatives 100% privées, comme les Voisins qui ont créé deux espaces proposant au total 46 places en moins d'un an d'existence. Ce qui les différencie? Une grande souplesse avec des forfaits à l'heure, convoités par plus de 90% des membres, et un accès 24h sur 24. Entre la culture bureau et la culture café, les Voisins n'ont pas voulu trancher. Le café des Voisins, public, côtoie donc l'espace de coworking et invite à échanger sur le sujet. «Cela dit, on se sent plus proche du business center que du centre de loisirs, nuance Kaspar Danzeisen, gérant. On se focalise sur le bien-être au travail et la productivité: on travaille, et ensuite on réseaute!» Confiante, l'équipe pense déjà à ouvrir un nouvel espace d'ici à l'année prochaine. «L'idéal serait de pouvoir s'implanter dans tous les quartiers...» Le coworking a de beaux jours devant lui!

Manon Todesco


Témoignages
Valérie Hill, consultante en développement durable. Membre de l'Eclau depuis 4 ans.
«Avant je travaillais exclusivement chez moi. Je vis seule donc je n'étais pas dérangée mais je ne voyais pas grand monde. Ce que je recherchais c'était du contact humain mais surtout un endroit calme où je puisse me concentrer. On bosse bien la journée, et le midi on s'accorde une longue pause et on discute de tout et de rien! On est devenus collègues de travail, on se confie, on partage nos expériences, on se fait relire nos mails, on se donne des coups de main, c'est enrichissant.»

Vincent Petitpierre, ingénieur dans le développement informatique. Membre de l'Eclau depuis mars 2014.
«Mon collègue et moi avons monté notre start-up. Il nous fallait un espace et l'Eclau nous a semblé le plus adéquat. Lui est beaucoup chez le client, moi un peu plus assidu ici. Je travaillais aussi depuis chez moi mais j'étais soit confronté à l'isolement, soit au bruit et aux sollicitations du reste de la famille. L'Eclau offre une ambiance studieuse où on peut travailler tranquillement sans être dérangés.»

Propos recueillis par MT

Liens:
http://eclau.ch
http://www.la-muse.ch/coworking/geneve/
http://www.voisins.ch
http://coworking-romand.ch

 

 

Edition n° 44 du 28 octobre 2015

 
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