Le raz-le-bol des travailleurs grandit de jour en jour
Une assemblée a réuni quelque 150 employés de Zwahlen & Mayr à Aigle. Ils ont refusé les mesures drastiques imposées

Depuis début septembre, 25 licenciements ont été prononcés et plus de 70 suppressions d'emplois seraient prévues d'ici l'été 2016. Une restructuration drastique qui s'accompagne de mesures qui, depuis le 1er juillet, dégradent déjà les conditions de travail du personnel.

C'est dans la cantine bondée de l'entreprise, à Aigle, que l'assemblée des travailleurs de Zwahlen & Mayr s'est déroulée jeudi dernier à l'appel de la commission du personnel et d'Unia. Seule une petite dizaine d'employés ont accepté les mesures d'économie proposées par la direction, alors que quelque 140 autres ont suivi la décision de leurs délégués et du syndicat de les refuser. Une décision qui sera transmise à la direction qui avait, en début d'assemblée, rappelé la position de la société. Le nouveau CEO, Luigi Mion, a annoncé plus d'une septantaine de suppressions d'emplois sous forme de réduction du temps de travail échelonnée jusqu'en été 2016, en plus des 25 prononcées à ce jour, et le maintien des mesures, jugées illégales par Unia et refusées déjà deux fois par le personnel. Pour rappel, ces mesures appliquées depuis le 1er juillet consistent notamment en l'augmentation du temps hebdomadaire à 45h sans contrepartie salariale et à la réduction d'une semaine de vacances pour le secteur des tubes inox, une diminution des salaires de 5% pour les secteurs de la construction métallique et de l'administration (lire aussi L'ES du 14 octobre). Des mesures que la société explique, dans un communiqué, par «la faiblesse endémique des prix pratiqués sur les marchés français et suisse dans le domaine de la construction métallique affectant fortement notre compétitivité et notre profitabilité».

Propositions du Conseil d'Etat
La semaine dernière, une ultime tentative de conciliation de la part du conseiller d'Etat en charge de l'économie Philippe Leuba a échoué. «En début de semaine dernière pourtant, Philippe Leuba avait proposé de soutenir l'école de formation (quinze apprentis) de l'entreprise et de faire appel au chômage partiel pour éviter les licenciements», explique Jean Kunz, secrétaire syndical d'Unia. «En contrepartie, la direction devait renoncer au licenciement collectif jusqu'à fin juillet 2017, et revenir sur les mesures imposées au personnel depuis le 1er juillet. Or la direction a imposé ses conditions. Nous ne pouvions donc pas entériner un accord comportant des mesures illégales, ni cautionner le licenciement des collègues», relève Jean Kunz. «J'ai le sentiment que depuis le début, on nous mène en bateau!» Même sentiment du côté du président de la commission du personnel (CP), Angelo Ferace, qui relève aussi à l'issue de l'assemblée: «Nous avons déjà vécu des crises, mais jamais comme celle-là. Les employés n'ont plus confiance en leur direction.» Peu à peu, la grogne monte face à ces dirigeants qui n'ont pas tenu compte des propositions alternatives, pour baisser les coûts de production de l'entreprise de construction métallique, faites par le groupe de travail constitué de membres de la commission du personnel, d'Unia et de l'Etat de Vaud, cet été.
«On nous a imposé ces mesures pour sauver les emplois, mais plus de 70 nouveaux licenciements sont déjà prévus», s'insurge Cédric Silvestri, membre de la CP. «On n'arrête pas de nous faire comprendre que nos salaires suisses ne sont pas concurrentiels avec l'Italie ou la Slovaquie! Il y a une grande démotivation, un gros ras-le-bol dans la boîte...»
Une plainte collective va être déposée auprès de l'Office vaudois de conciliation par l'entremise d'Unia concernant les modifications des contrats de travail. Sur le terrain, les luttes à venir dépendront de la réponse du groupe italien Cimolai, propriétaire de Zwahlen & Mayr.

Aline Andrey

 

 

Edition n° 45 du 4 novembre 2015

 
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