Kheiron artiste libre ou rien
Dans son film Nous trois ou rien Kheiron rend hommage à ses parents ayant fui l'Iran dans les années 80

Dans son film, Nous trois ou rien, l'auteur-réalisateur et acteur français Kheiron rend hommage à ses parents ayant fui l'Iran dans les années 80. Emotion, tendresse et humour sont au rendez-vous

Kheiron, c'est typiquement le gars avec qui on aimerait être pote. Un pote avec qui on déconnerait pendant des heures. Un pote avec qui on referait le monde. Un pote dont les valeurs et le parcours de vie nous inspireraient. Avenant, souriant, simple, sympathique, l'auteur, réalisateur, acteur, humoriste et chanteur français nous reçoit dans un palace lausannois. «On se tutoie?», lance-t-il tout de suite. Celui dont la carrière est en train de décoller a su garder les pieds sur terre. Son premier film, Nous trois ou rien, frôle les 200000 entrées en France et a su toucher les spectateurs, qui l'ont élu second meilleur film français de tous les temps derrière Intouchables. Il y raconte le parcours de ses parents, Hibat et Fereshteh Tabib, respectivement joués par Kheiron et l'incroyable Leïla Bekhti, opposants politiques en Iran ayant fui le pays en 1984 avec leur bébé sous le bras pour rejoindre la Turquie puis la banlieue parisienne le temps que les choses se tassent. En fait, ils ne retourneront jamais en Iran. Ils éliront domicile à Stains où ils s'engageront tous les deux socialement et associativement. «Quand mes producteurs m'ont proposé de faire un film, j'ai tout de suite pensé à l'histoire de mes parents: elle est tellement incroyable qu'elle méritait un film.» Une magnifique leçon d'intégration, de vivre-ensemble et un hommage à l'amour, à la famille. Une histoire vraie, souvent tragique, que Kheiron a pourtant choisi de teinter d'humour. Nous trois ou rien nous fait pleurer et nous fait rire. «On peut tout dire avec humour, et le message a plus de portée. Ceux qui ont vécu des drames rigolent toujours, par survie. On a besoin de rire des choses qui nous font du mal pour les combattre.» Quel est ce message? «A travers ce film, je veux que les gens se disent: c'est possible de venir de loin, de vivre des choses dures et de réussir à surmonter cela tout en faisant le bien autour de soi.»

Touche-à-tout
Artiste aux multiples facettes, Manouchehr de son vrai prénom, 33 ans, rappe depuis qu'il a une dizaine d'années. Fasciné par la mythologie grecque, c'est à cette époque qu'il s'autosurnomme Kheiron. «Kheiron est le centaure qui représente l'alliance parfaite entre l'instinct et la raison, l'homme et le cheval. C'est un personnage sage, attaché aux lettres et aux arts.» Ce sera son nom de scène, son «blaze» comme on dit dans le monde du rap. Kheiron pressent très tôt qu'il se destinera à une carrière d'artiste. «A cinq ans, je disais que je voulais être clown...» Le besoin de raconter des histoires, d'émouvoir, de surprendre, de faire rire, d'être en contact avec le public est de plus en plus fort. Acharné, Kheiron bossera plus que les autres pour y arriver. Il passe de plateau en plateau, de scène en scène, avant de se faire remarquer. «C'était vital pour moi, je ne voulais pas d'une autre vie. Je préférais mourir plutôt que de ne pas vivre de ma passion.» Et puis le travail paie. En 2006, Jamel Debouzze lui donne sa chance au sein du Jamel Comedy Club. Il enchaîne deux ans plus tard avec un spectacle qui mêle stand up, slam et rap. Il ne quittera plus jamais la scène. Le grand public le découvrira dans la minisérie Bref diffusée sur Canal Plus, qui est un franc succès. Parallèlement, il continue à chanter et sort «Entre vos mains», un EP de rap en 2015. A ses débuts, ses parents ne l'ont pas soutenu. «Mon père a un Bac+9, ma mère un Bac+7 et moi un Bac-1... J'étais la honte de la famille! Ils étaient inquiets en tant que parents mais c'était compréhensible. Petit à petit, ils ont vu que ça marchait pour moi et que j'arrivais à gagner ma vie.»

La fibre de l'engagement
Kheiron, on pourrait l'écouter parler des heures. Sa façon de manier la langue de Molière, la sagesse de ses paroles, sa façon de citer Martin Luther King. Ses parents lui ont transmis l'engagement, politique, social et humain. «Si chaque être humain prenait à cœur une cause, le monde serait dingue! Moi, mon truc, c'est l'éducation. Je suis les traces de mon père, c'est ancré en moi.» Il y a aussi chez Kheiron cette admiration, cette fascination pour les femmes. «J'ai pris conscience très tôt que si elles le voulaient, les femmes pourraient faire ce qu'elles veulent de la planète...»

Artiste libre
Si Kheiron passe un cap avec Nous trois ou rien, ce film n'est pas un aboutissement pour autant: «J'ai hâte de proposer d'autres choses au public.» Comme terminer son album, remonter sur scène et se lancer dans d'autres films. L'important pour Kheiron, c'est de faire les choses bien. «Je veux que mon nom soit un label de qualité. Je ne veux pas de casseroles. Je suis extrêmement fier de tout ce que j'ai fait, et pour que cela dure, je ne ferai jamais rien pour l'argent. Je veux accorder du temps à mes projets pour faire les choses correctement et ne pas trahir le public.» Que peut-on lui souhaiter? «De continuer à être libre, c'est mon plus grand luxe sur Terre!»

Manon Todesco


Du tac au tac
Avec qui rêverais-tu de tourner?
Mes quatre films préférés sont Starbuck, Intouchables, Love actually et Forrest Gump. Je rêverais de collaborer avec n'importe qui de ces quatre équipes.
Et de chanter en duo?
Ah... Ahhhhhh...(silence) Goldman! Jean-Jacques Goldman!
Un voyage de rêve?
Le Japon! Je devais y aller mais ça tombait en même temps que la sortie du film en France. J'étais dégoûté!
Si tu pouvais avoir un superpouvoir?
La téléportation, sans aucune hésitation. Pour pouvoir aller partout. La téléportation offre la liberté et le temps, deux luxes.
Une soirée idéale, ça ressemble à quoi?
Une soirée sur scène, là où je me sens le mieux sur Terre...
MT

 

 

Edition n° 48 du 25 novembre 2015

 
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