Chez Hyundai un travailleur meurt chaque mois
Deux syndicalistes coréens sont venus dénoncer devant l'Onu les accidents mortels chez le plus grand constructeur naval du monde

Deux syndicalistes coréens ont profité du Forum de l'Onu sur les entreprises et les droits de l'homme, tenu à Genève du 16 au 18 novembre, pour dénoncer le nombre croissant d'accidents mortels chez le plus grand constructeur naval du monde, Hyundai Heavy Industries (HHI). Depuis mars 2014, 16 ouvriers ont perdu la vie sur les chantiers d'Ulsan, en Corée du Sud, où chaque semaine est mis à flot un nouveau cargo. Ces ouvriers sont morts broyés, noyés ou encore étranglés par leur équipement. Tous étaient employés par des sous-traitants. Il faut relever qu'environ 80% des quelque 50000 travailleurs du site sont salariés par des sous-traitants, avec, qui plus est, des contrats à durée déterminée. Cette précarité des conditions d'embauche va de pair avec le manque de sécurité sur les lieux de travail. «Depuis 2012, nous avons surveillé à six reprises les hôpitaux de la ville durant une semaine et à chaque fois nous avons observé qu'entre 40 et 80 employés des sous-traitants y étaient admis pour des accidents du travail», assure Chang-min Ha, président du syndicat Hyundai Heavy Subcontractor Workers. «Ces accidents ne sont pas déclarés et les victimes ne bénéficient pas d'une couverture d'assurance.» Et, de crainte d'être pénalisés, les ouvriers accidentés se taisent. Chang-min Ha en est l'exemple. Il y a quelques années, il s'est cassé plusieurs côtes en chutant, n'a pas annoncé sa blessure et a continué son travail comme si de rien n'était. Aujourd'hui, en raison de son affiliation syndicale, l'homme n'a plus d'emploi sur les chantiers, son nom ayant rejoint une liste noire. «Le droit du travail n'est pas respecté. Le groupe Hyundai le sait, mais préfère fermer les yeux. C'est pour cette raison que nous sommes venus le dénoncer devant l'Onu. Seul Hyundai est en mesure d'améliorer les conditions de travail chez les sous-traitants. Tous les travailleurs devraient bénéficier des mêmes conditions que les salariés de HHI», souligne le syndicaliste.

«Inacceptable de mourir au travail»
La démarche du syndicat Hyundai Heavy Subcontractor Workers est soutenue par Industriall Global Union. «Nous allons nous mobiliser jusqu'à la victoire, jusqu'à ce que cesse cette situation, il est inacceptable de mourir au travail», explique Kemal Özkan, secrétaire général adjoint de la fédération syndicale internationale. Comment faire pression sur Hyundai, l'un de ces «chaebols», grands groupes dominant la vie économique de Corée du Sud? Le principal actionnaire de ce conglomérat n'est autre que Chung Mong-joon. Cet ancien vice-président de la Fifa espérait succéder à Sepp Blatter, mais la commission d'éthique de la Fédération internationale de foot a récemment écarté sa candidature en raison d'infractions dans le cadre de l'attribution des Mondiaux 2018 et 2022... Et c'est sur des questions éthiques encore qu'Industriall espère sensibiliser les principaux clients de HHI, tels que MSC (bateaux de croisière) ou Shell (plateformes pétrolières). Une stratégie qui a fonctionné pour l'industrie textile bangladaise, les marques étant contraintes de signer le Bangladesh Accord.

Jérôme Béguin

 

 

Edition n° 48 du 25 novembre 2015

 
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