Entre art et artisanat poétiques déclinaisons
Artiste atypique Jan Reymond consacre sa vie à la concéritsation de ses idées. Et elles fourmillent

Artisan, artiste ou encore entrepreneur, Jan Reymond cumule les casquettes professionnelles. Un fil rouge lie toutefois ses différentes activités: une grande créativité et le goût pour le travail bien fait. Rencontre avec une figure bien connue de Romainmôtier, pour ses sculptures composées de vieux livres, ses escaliers en colimaçon destinés aux chats ou encore son chapiteau abritant chaque été un festival, Les Scènes du Chapiteau, à l'orée du bourg médiéval.

Difficile de cataloguer Jan Reymond dans un registre professionnel ou artistique. Et pour cause. A 36 ans, l'homme compte à son actif une palette de réalisations hétéroclites, utiles ou seulement esthétiques, et se distingue également par ses talents d'entrepreneur et de chef de projet. A 36 ans, ce vétérinaire de formation au bénéfice aussi d'une licence dans l'aviation privée - il a volé pendant six ans - maîtrise le travail du bois qu'il a appris au côté de son père, menuisier-ébéniste. Une dernière activité qui est la sienne aujourd'hui, l'homme réalisant des meubles sur commande ou selon son inspiration, comme un joli escalier en colimaçon avec rambarde romantique... pour chat. Un ouvrage qui révèle son amour pour cet animal, et en particulier pour Eliott, le félin qui lui a soufflé l'idée, et son goût du travail bien fait. Cette création a été installée contre le mur de la maison qu'il habite, à Romainmôtier, donnant sur la cour du cloître, avant que n'intervienne le holà du président de la fondation éponyme... Non sans susciter l'indignation de nombre de résidents signant une pétition pour son maintien.

Créatif recyclage
«L'escalier est resté seulement dix jours, mais il a attiré de nombreux visiteurs, offrant au lieu une attraction supplémentaire. On a toutefois estimé que ce dernier prenait trop d'importance par rapport à l'abbatiale. Un manque d'ouverture, de respect pour les idées des autres», déplore Jan Reymond décidé à poursuivre la recherche du dialogue. Et alors qu'il a déjà vendu plusieurs de ces prototypes à des intéressés dont le plus élevé mesure 6 mètres...
Jan Reymond est aussi connu pour ses sculptures réalisées avec des livres destinés au recyclage à l'image d'un banc, d'une réplique d'un angle du cloître roman ou encore d'un divan... Des œuvres originales qui lui valent aujourd'hui de recevoir nombre de bouquins en vue de leur inventive transformation. «L'origine de cette idée? Travaillant chaque année à la foire aux livres de Romainmôtier, je me suis demandé que faire des invendus. Ainsi a démarré le projet», explique l'artiste aussi bien inspiré par des meubles de Le Corbusier que par les bâtisseurs d'antan qu'il admire. Et alors qu'il aime bien surprendre, émerveiller. «L'angle du cloître a été installé dans la cour de l'abbatiale durant la nuit, créant la surprise.»

Visées poétiques
Entrepreneur, l'artisan de Romainmôtier cherche en outre à commercialiser ses différentes réalisations comme l'échelle à chat, qu'il projette de faire en kit à monter soi-même, ou encore un chapiteau dont la première version a été conçue en 2009. «Cette année-là, je célébrais mes 30 ans. Pour marquer cet anniversaire, j'ai organisé une fête avec de la musique, danse, nourriture, construit un chapiteau, et invité mes amis.» L'événement rencontre un large succès et il est décidé de le reconduire annuellement en créant la rencontre des Scènes du Chapiteau. Dans la foulée, Jan Reymond réfléchit à la création d'un nouveau chapiteau mobile et s'entoure de personnes partageant ses visées poétiques d'une structure à l'esthétique d'antan, composée de bois et métal et dotée elle aussi d'un escalier en colimaçon conduisant à une vigie. «Il s'agit d'offrir une alternative à la tente, avec un projet où l'on accorde un soin tout particulier au matériau et au détail. Un espace qui éblouit et émerveille», explique Jan Reymond, en porte-à-faux avec une société qui privilégie la course au rendement, lui qui entend valoriser les techniques et l'esprit d'authenticité acquis auprès de son père. Tout comme il lui tient à cœur, dans un souci de partage, d'engager des requérants d'asile et des chômeurs pour monter ses installations. Une approche globale où la notion de plaisir demeure essentielle...

Tornade sur Yverdon
«Travailler m'amuse. Le chapiteau, je l'ai créé avec la même joie qui m'animait quand, enfant, je faisais des cabanes.» Une démarche qui nécessite une collaboration appréciée. «C'est stimulant de faire des projets en équipe, de profiter des connaissances des uns et des autres», note encore Jan Reymond qui vient d'œuvrer avec les artistes Sylvain Meyer et Tobias Metzger pour la création d'une tornade en sapin et saule, nécessitant toute une réflexion architecturale. Symbolisant le dérèglement climatique, cet impressionnant tourbillon de branches haut de 6 mètres a été présenté deux semaines durant au centre d'Yverdon, dans le cadre de l'agenda 21. Création qui vient toutefois d'être détrônée par le traditionnel sapin de Noël. «Dommage, s'exclame Jan Reymond. On aurait pu cette année faire une exception et la conserver plus longtemps. Comment va-t-on lutter contre le réchauffement climatique si l'on est incapable de changer de simples habitudes?»
Offerte à Pro Natura, la sculpture connaîtra toutefois une seconde vie où elle devrait se fondre sans heurts dans l'environnement. Hors du temps, quand bien même il y a urgence...

Sonya Mermoud

 

 

Edition n° 50 du 9 décembre 2015

 
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