Mes cours c'est tout un voyage
Professeur de danse afro-contemporaine Marie-France Jankow a développé sa propre pratique du mouvement

«Je préfère danser que parler.» D'entrée de cause, Marie-France Jankow annonce la couleur même si elle se prêtera volontiers au jeu de l'interview. Une entrevue où il sera essentiellement question de sa passion, qui plante ses racines dans l'enfance. Tout commence alors qu'elle assiste, à l'âge de 8 ans, à un spectacle de danse indienne à Lausanne. «J'ai été fascinée par les artistes, leur prestation, leurs costumes chatoyants, l'exotisme...», se remémore Marie-France Jankow qui demande alors à ses parents de pouvoir s'initier à cet art. Durant 10 ans, la jeune élève va apprendre les techniques du ballet classique. «J'y prenais plaisir, la pratique étant en phase avec mon idéal de petite fille - les tutus, les pointes... - et avant que je ne découvre aussi d'autres styles où ne primait plus l'esthétique mais le mouvement et une forme de spiritualité.» Danses balinaises, contemporaines, soufisme, yoga, shiatsu... Marie-France Jankow rompt avec les «exigences monacales du ballet» et s'essaie à différents modes d'expression. Sa maturité en langues modernes en poche, elle s'installe à Paris et se frotte également à la danse africaine. Une révélation...

Dans le verger du curé...
«Tout le corps bouge, générant un sentiment de liberté complète même si la danse africaine s'appuie aussi sur une technique, des codes...» s'enthousiasme Marie-France Jankow, qui séjournera en Afrique de l'Ouest pour affiner son art avant de revenir en Suisse où elle décide, à l'âge de 25 ans, d'ouvrir son école. Et de mettre au point sa propre méthode, elle qui avait déjà enseigné par le passé. «Je me suis couchée par terre, interrogeant mon corps sur ses attentes. Je l'ai laissé s'exprimer. Au-delà du mental. Développant une conscience corporelle.» Une recherche qui intègre aussi des exercices de relaxation coréenne, basée sur une forme de massages. Cette pratique plurielle, inspirée par des références multiples entre continent noir et Asie, favorise la mobilité, contribue à éliminer les tensions et à tonifier la musculature. Elle s'inscrit aussi dans la quête d'une dimension spirituelle. L'appartenance à un tout. «Mes cours, c'est tout un voyage. On commence par habiter son corps avant d'entrer dans la danse et tout en laissant une place à l'improvisation. Les mouvements effectués ne sont que jeux de liquides, vagues, ondulations, générateurs de bien-être et de sérénité.» Une approche globale que Marie-France Jankow partage depuis 1986 avec ses élèves, de tous les âges, dans son studio au lieu dit Inkourao, à Fiaugères, et alors qu'elle donne aussi des cours à Lausanne, Fribourg et Bulle. «La signification de ce nom? Il veut dire, en patois fribourgeois, "Le verger du curé". Je l'ai conservé en raison de sa consonance africaine et aussi parce que les missionnaires interdisaient la pratique de la danse. Un clin d'œil...»

Au nom du partage
A 57 ans, mère de deux grands enfants, Marie-France Jankow - physique de liane et passion intacte - ne regrette pas l'orientation professionnelle choisie quand bien même elle avait suffisamment de talent pour se produire en spectacles. «J'en ai fait quelques-uns mais j'ai préféré, à l'anonymat d'un public, un rapport personnalisé avec mes élèves. C'est aussi un monde dur, rongé par les jalousies. Je suis trop sensible pour cela et je n'ai jamais eu l'esprit de compétition. La danse doit être un plaisir, un échange, un partage.» Plus que des mots dans la bouche de cette quinquagénaire qui continue à explorer de nouveaux outils pour contrer d'éventuelles douleurs liées à l'âge et favoriser dans ses classes harmonie et bien-être. «Mon plus beau cadeau? Quand les personnes sortent de mes cours avec le sourire.»

Du bon pied
Se ressourçant dans la nature, guère encline à la colère - et, si jamais elle la saisissait, la danse du guerrier se chargerait de lui tordre le cou - Marie-France Jankow associe le bonheur à «un sentiment de paix avec elle-même et les autres». Un état qu'elle connaît souvent, précise-t-elle. Ses nombreux voyages de par le monde ont concouru et concourent encore à enrichir son existence alors qu'elle s'apprête à passer les fêtes de fin d'année à Bobo-Dioulasso, au Burkina Faso, où elle animera, avec d'autres professeurs, des ateliers de danse. Une manière d'entrer dans la nouvelle année du bon pied. Avec le naturel et l'enthousiasme d'une personne à l'aise dans son corps et dans sa vie, et ravie de renouer une nouvelle fois avec cette Afrique de l'Ouest qui la touche tant. «Il émane une véritable force de cette terre. J'ai l'impression qu'elle vibre sous mes pieds.» De quoi titiller doublement le besoin vital de Marie-France Jankow de danser, transcendée par son art...

Sonya Mermoud

Plus d'informations: www.inkourao.ch

 

Edition n° 50 du 9 décembre 2015

 
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