La retraite anticipée des maçons est bétonnée
Un accord a été conclu permettant de pérenniser la retraite à 60 ans et de renouveler la Convention nationale

La mobilisation des maçons depuis des mois n'aura pas été vaine. Les syndicats Unia et Syna ont pu obtenir de la Société suisse des entrepreneurs la pérennisation du régime de retraite anticipée par une augmentation des cotisations qui sera assumée aux trois quarts par les employeurs. Par ailleurs, la Convention nationale du secteur principal de la construction, qui arrivait à échéance à la fin de l'année, a été renouvelée pour trois ans. Le résultat des négociations, adopté par les travailleurs samedi passé, devra encore être validé par l'assemblée des délégués patronaux le 13 janvier prochain.

Annoncée le jour de l'élection du Conseil fédéral, la nouvelle est passée un peu inaperçue. Elle n'en est pas moins importante dans la mesure où elle démontre l'utilité de la mobilisation et de la grève. Après la grande manifestation en juin à Zurich, de multiples actions cet automne et des débrayages sur les chantiers, auxquels ont participé 10000 ouvriers en novembre, la Société suisse des entrepreneurs (SSE) avait enfin accepté d'entrer en discussion sur l'avenir de la retraite anticipée à 60 ans et le renouvellement de la Convention nationale du secteur principal de la construction (CN) qui arrivait à échéance à la fin de l'année. Le 8 décembre, à l'issue d'une quatrième réunion, un accord a pu être trouvé entre la Société suisse des entrepreneurs (SSE) et les syndicats Unia et Syna. Pour obtenir ce résultat, les deux parties ont dû toutefois mettre un peu d'eau dans leur vin.

Les patrons payeront les trois quarts
En premier lieu la SSE, qui ne voulait pas entendre parler de hausse des cotisations pour pérenniser le régime de retraite. Ce qui aurait conduit à un relèvement de l'âge de la retraite ou à une baisse des rentes, la Fondation pour la retraite anticipée (FAR) étant menacée de déficit à court terme en raison de l'arrivée de rentiers de la génération des «papy-boomers». La retraite sera finalement maintenue à 60 ans sans baisse de prestation et la FAR pourra poursuivre sa mission à la faveur d'une augmentation des contributions de 2% sur les salaires. Les employeurs prendront en charge 1,5% et les salariés 0,5%. Voilà un succès indéniable et aussi un réel soulagement pour les travailleurs compte tenu de la pénibilité de cette profession.

La CN reconduite jusqu'à fin 2018
Pour parvenir à cet accord, les représentants syndicaux ont, de leur côté, lâché un peu de lest sur les revendications conventionnelles. La SSE proposait de renouveler telle quelle la CN pour une année, tandis que les syndicats exigeaient des améliorations, comme une protection contre les intempéries, des garanties pour les travailleurs âgés, la limitation du travail temporaire et la lutte contre le dumping salarial, ainsi qu'une hausse des rémunérations pour 2016. La délégation syndicale a décidé de ne pas faire de ce dernier point un motif de blocage au vu du renchérissement négatif (-1,1%) et de la contribution supplémentaire des employeurs à la retraite anticipée. Des négociations salariales débuteront à l'automne 2016. Il est déjà prévu que l'indemnité pour le repas de midi progresse d'un franc dès le 1er janvier 2017, passant de 15 à 16 francs. Autre mesure décidée, il ne sera plus possible de verser les salaires en espèces, ceci afin de limiter la sous-enchère, en particulier de la part des sous-traitants. Enfin, la SSE s'engage à négocier les autres points ouverts d'ici à la mi-2017. Si le résultat des négociations ne les satisfait pas, les syndicats auront une possibilité de résiliation extraordinaire pour le 30 septembre 2017, dans le cas contraire la nouvelle CN déploiera ses effets jusqu'à fin 2018.

«Une bonne solution»
«Pour les maçons, la retraite, sans baisse de prestations, était la question la plus importante. Il s'agit donc d'une bonne solution pour les travailleurs et même pour toute la branche», commente Nico Lutz, membre du comité directeur d'Unia et responsable du secteur construction. «Nous avons aussi pu éviter un vide conventionnel, il n'y a plus de refus total de négocier de la part de la SSE et le versement des salaires sur un compte bancaire constitue un pas en avant pour combattre le dumping.»

Jérôme Béguin

 

 


A Genève, les travailleurs obtiennent l'ouverture de négociations locales

Sous la menace d'une grève reconductible, les organisations patronales acceptent de discuter des améliorations à apporter à la convention collective locale

Ce 10 décembre, au lendemain de l'annonce de la conclusion d'un accord avec la Société suisse des entrepreneurs (SSE), près d'un millier de maçons se sont rassemblés au petit matin sur la place des 22-Cantons. «La bonne nouvelle, c'est que nous avons pu sauver la retraite anticipée. C'est une très grande victoire, le résultat direct de votre grève et vous pouvez en être fiers! Pour le reste, il est important de maintenir votre mobilisation», a lancé à la foule des ouvriers rassemblés le secrétaire régional d'Unia Genève, Alessandro Pelizzari. Indépendamment des tractations avec la SSE, les travailleurs se préparaient à une grève reconductible afin obtenir l'ouverture de négociations avec les organisations patronales genevoises sur les améliorations à apporter à la convention collective locale. Craignant sans doute une répétition de la grève du 11 novembre sur plusieurs jours, l'antenne locale de la SSE et le Groupement genevois d'entreprises du bâtiment et du génie civil (GGE) ont accepté la veille du mouvement de signer une «Déclaration de principe» avec les syndicats Unia, Sit et Syna. Le texte engage les signataires à ouvrir des discussions afin de mettre en œuvre d'ici au 31 janvier prochain des outils supplémentaires contre la sous-enchère. Il s'agit notamment d'améliorer les conditions de délivrance du badge de contrôle et de déterminer les critères d'obtention d'une attestation de conformité conventionnelle. Au 30 avril, les parties devront avoir trouvé des dispositions conventionnelles permettant de limiter le travail temporaire, ainsi que de protéger les travailleurs âgés et les délégués syndicaux des licenciements. Enfin, la décision d'instaurer un fonds intempéries devra être prise d'ici à la fin 2016. «C'est une victoire d'étape. Nous allons pouvoir négocier sur l'entier de vos revendications. Et si nous n'obtenons pas satisfaction, nous reprendrons la lutte», a déclaré Yves Mugny, responsable du secteur construction d'Unia Genève, aux ouvriers. A l'unanimité, ils ont alors voté une résolution saluant «l'attitude constructive de la part des employeurs» et leur demandant de «permettre aux délégués syndicaux de participer à ces négociations et, à leur issue, d'autoriser une assemblée générale de l'ensemble du secteur sur le temps de travail. Les travailleurs s'en sont ensuite allés en cortège porter la résolution aux sièges des deux organisations patronales, en bloquant au passage durant une heure le pont du Mont-Blanc, avant de terminer cette journée de débrayage par un repas au parc des Bastions.

«S'il le faut, on refera grève»
«Il faut poursuivre la mobilisation», soutient José, maçon et délégué syndical. «Il y a un bon accord sur les retraites, mais sinon c'est insuffisant. Nous n'avons obtenu qu'un franc pour le panier-repas et encore seulement à partir de 2017. Pour 2016, nous n'aurons rien, alors que cela fait des années que nous n'avons pas eu d'augmentations salariales et c'est pour cela que nous menons la lutte. En outre, nous devons obtenir des résultats sur les abus en matière de travail temporaire et de licenciements de travailleurs âgés. Il y a beaucoup trop d'intérimaires sur les chantiers et les plus de 50 ans sont trop facilement licenciés», explique l'ouvrier employé sur le chantier du Ceva. «Et travailler sous la pluie battante, ce n'est pas tenable, on n'est pas des robots», ajoute un collègue. «On en fait déjà beaucoup, alors on aimerait que le patronat fasse un geste», poursuit le travailleur. «J'espère que ça va changer. S'il faut faire grève, on la refera, même si cela doit nous coûter de l'argent, c'est pour notre avenir et celui de nos enfants.»
JB

 

Edition n° 51/52 du 16 décembre 2015

 
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