Sous la barbe du Père Noël
Depuis plus de 30 ans Jean-Pierre Baudin se glisse avec bonheur dans la peau de ce personnage féérique

Sous les habits rouges et la barbe blanche, Jean-Pierre Baudin a les yeux qui pétillent autant que ceux des enfants qui le croisent. En ce mercredi après-midi, c'est à La Tour-de-Peilz, que son traîneau s'est parqué le temps de prendre dans ses bras une centaine d'enfants accompagnés de leur maman de jour. Dans la cour du Musée du jeu, un petit garçon lui fait signe, un brin intimidé, avant de lui montrer ses nouvelles chaussures de neige. Au même instant, une fillette de 10 ans relève - heureusement pas trop fort! - que ce n'est pas le vrai Père Noël. Et pourquoi pas? «Il a pas les bonnes bottes», lance-t-elle, avant d'expliquer que l'original vit au pôle Nord. «Non! Aux Rochers-de-Naye», conteste un garçon, de quelques années son cadet. «Quand j'avais encore ma lolette, je l'ai vu», déclare-t-il, sûr de lui.
«En Laponie bien sûr!», déclare pour sa part, Jean-Pierre Baudin. Quand il incarne son personnage, il avoue devoir faire preuve d'imagination et être prompt à la répartie pour être crédible face à ces petits êtres qui ne vont pas par quatre chemins. Un jour, une petite fille avait insisté pour monter avec lui dans le ciel sur son traîneau, tiré par les rennes, auréolé de poudre blanche...

Un bonheur partagé
Dans la salle du Château, Tino Rossi en musique de fond, la magie opère. Une petite fée brune saute dans les bras du Père Noël, avec un immense sourire. «Ça, ça touche», murmure Jean-Pierre Baudin en frappant doucement son cœur de sa main gantée de blanc. C'est ce bonheur partagé qui lui fait dire que tant qu'il pourra, il endossera son costume rouge et blanc.
La première fois, c'était il y a plus de trente ans. Ses deux fils étaient encore petits. Le président du Ski-club du vallon de Villars, dont il était membre actif, lui avait demandé de faire le Père Noël. Le début d'une longue carrière le temps de l'avent, pour celui qui adore les enfants. Jusqu'à l'an dernier, il était encore moniteur de ski pour les débutants et animait des ateliers pour les enfants à l'Alimentarium, à Vevey. A presque 79 ans, il a décidé de lever le pied. Mais pas trop quand même, lui qui a toujours privilégié dans sa vie le contact humain et le service aux autres.

Une magie intergénérationnelle
Dans les années 60, le jeune Jean-Pierre quitte Yverdon, sa ville natale, pour l'Ecole hôtelière de Genève. Il veut devenir maître d'hôtel, se forme dans plusieurs établissements puis travaille en Angleterre et en Allemagne, avant de s'installer sur la Riviera et devenir conseiller culinaire dans une multinationale.
A sa retraite, il s'engage dans un EMS, fait le service à table et, bien sûr, le Père Noël. «Les personnes âgées ont le même émerveillement que les enfants!», lance-t-il en souriant. «Et ils font les mêmes crasses!»
L'évolution du «métier» de Père Noël? «Depuis quelques années, j'ai moins de mandats. Une école hôtelière ne m'a pas engagé cette année, pour des raisons budgétaires.» Alors que sa rétribution consistait en un simple repas dans ladite école. Ailleurs, une bouteille de vin, un bon ou de l'argent, font tout aussi bien l'affaire, à bien plaire. Via le bouche-à-oreille, il se rend parfois chez des privés. Consciencieux, il demande alors aux parents de remplir une petite fiche pour décrire les enfants présents et véhiculer ainsi à domicile la magie de Noël. «Les enfants se rendent compte bien sûr plus tard des bobards, mais je crois que personne n'est rancunier envers le Père Noël. Ce sont des mensonges sains, pour créer le merveilleux.»

«Etre un bon grand-père»
«Les qualités d'un Père Noël? Etre un bon grand-père, prendre le temps d'écouter les enfants, ne jamais les gronder, ne jamais insister s'ils ont peur», répond-il sans hésiter. Ce qu'il est, sans nul doute, à l'entendre parler avec tendresse de ses trois petits-enfants, de 4, 5 et 7 ans.
«Avec le temps, je trouve que les enfants sont beaucoup plus évolués. L'informatique prend beaucoup de place dans leur liste de cadeaux et ils sont très doués. Mais rares sont ceux qui me récitent une poésie ou chantent», relève-t-il un brin nostalgique. Même s'il avoue être allé voir le Père Noël dans son enfance yverdonnoise dans le seul but de recevoir un cornet de friandises. «J'ai peu de souvenirs. C'était lors du Noël du syndicat FOBB, dont mon père était membre», explique le fils d'ouvrier.
Le plus beau cadeau qu'il ait reçu de la vie: ses deux fils. Sa plus grande souffrance: la mort de l'un d'eux, à l'âge de 33 ans... Son regard s'assombrit un instant, puis le sourire revient, plus fort que tout. Si Jean-Pierre Baudin, protestant sur le papier, se dit non pratiquant, il croit en une force inhérente à la vie, qui fait pousser les fleurs et procréer...
Ce qu'il aimerait demander au Père Noël? «Que le monde s'améliore, que la méchanceté s'efface pour laisser place à davantage d'humanité.»

Aline Andrey

Ce samedi 19 décembre, le Père Noël sera de retour au Musée du jeu de La Tour-de-Peilz dans le cadre de la manifestation «Noël au Château», de 14h30 à 18h.

 

Edition n° 51/52 du 16 décembre 2015

 
Imprimer l'article
 
Haut de la page