EgoKiefer vers une dizaine d'emplois préservés
A la suite de la mobilisation du personnel un plan social a été signé

L'annonce de la fermeture du site de production d'EgoKiefer à Villeneuve avait mis en colère le personnel, à qui la direction avait promis, deux ans auparavant, le maintien et le développement du site. Une pétition a été lancée, mais le groupe n'a pas fait marche arrière et un plan social a été négocié pour les 90 salariés perdant leur emploi. Une dizaine d'entre eux devraient être replacés.

«Stupeur et incompréhension.» «Véritable choc.» Tels sont les mots utilisés par la commission du personnel d'EgoKiefer à Villeneuve pour qualifier ce que les travailleurs ont ressenti, le 13 août dernier, à l'annonce de l'arrêt de la production de fenêtres en PVC et de sa délocalisation dans l'usine de Pravenec en Slovaquie. Or deux ans auparavant, des garanties avaient été données sur le maintien du site et des investissements avaient été réalisés, permettant de doubler la production. La décision du groupe thurgovien AFG Arbonia-Forster, propriétaire d'EgoKiefer, a été prise sous couvert de «résultat opérationnel» décevant et de baisse du chiffre d'affaires, alors qu'il avait renoué avec les chiffres noirs en 2014. A Villeneuve, 90 emplois fixes étaient ainsi condamnés, plus une soixantaine de postes de temporaires, actifs du printemps à l'automne.
Ce jour-là, le groupe AFG annonçait aussi la délocalisation en Allemagne des fenêtres en bois-alu produites à l'usine d'EgoKiefer à Altstätten (SG), liquidant 160 postes. Plus d'une centaine d'emplois y ont déjà été supprimés après le transfert en Slovaquie de la fabrication des fenêtres en PVC.
Dès l'annonce de la nouvelle, Unia et le personnel de Villeneuve, dont la majorité est syndiquée, l'entreprise étant par ailleurs soumise à la Convention collective de travail (CCT) romande du second œuvre, ont vivement réagi. Une pétition pour l'abandon du projet de fermeture et le maintien des 90 emplois a été lancée, puis une commission du personnel a été constituée. Le 24 septembre, cette dernière, accompagnée d'Unia, remettait 1700 signatures au nouveau directeur du site, Not-Duri Barth, un spécialiste en fermetures d'entreprises. Au total, la pétition a recueilli près de 2000 paraphes, récoltés essentiellement par le personnel.

Salaires les plus bas d'Europe
Durant la période de consultation, la commission du personnel a tenté d'obtenir de la direction des informations chiffrées, convaincue que l'entreprise, tournant à plein régime, était rentable. Mais ces chiffres ne lui sont jamais parvenus. Pour la commission, il est clair que la délocalisation vise à augmenter le bénéfice du groupe en diminuant les coûts de production.
«Les salaires sont de 500 euros en Slovaquie, ce sont les plus bas d'Europe. C'est 10 fois moins que nous», explique André Vuadens, agent de production et membre de la commission du personnel, en précisant qu'ici, un ouvrier sans CFC et avec 3 ans d'expérience touche au minimum 4700 francs brut. «On nous a dit que produire en Slovaquie représentait une diminution de 27% des coûts», poursuit le représentant du personnel. «Le groupe s'est engagé dans une baisse des prix terrible, pour être le plus compétitif et écraser les autres. Des erreurs ont aussi été commises lors de la délocalisation d'Altstätten en Slovaquie. Aujourd'hui, c'est nous qui payons.» Et le travailleur frontalier de 56 ans de constater: «Nous n'allons pas vers le mieux avec cette Europe libérale et économique qui a été construite.»
Malgré la résistance du personnel, le groupe n'est pas revenu sur sa décision de délocaliser. André Vuadens doute qu'en haussant davantage le ton, cela aurait été possible. «Je ne suis pas sûr que tout le monde aurait suivi. Quant à la direction, le mot de production a été banni de son vocabulaire. C'était hors de question de la maintenir.

Plan social acceptable pour tous

Mais nous avons pu obtenir des engagements pour le replacement de certains travailleurs et un plan social bien meilleur que ce qu'elle voulait nous donner. Nous sommes partis de presque rien et avons obtenu un bon accord, pour tous les collègues, y compris ceux qui trouveront un emploi avant la fermeture. C'était important pour nous que les jeunes aient aussi droit à quelque chose, comme ceux qui ont des enfants. Et les plus anciens pourront se retourner, car dans le coin, ce ne sera pas facile de trouver du travail», souligne le représentant du personnel, estimant que la moitié des personnes concernées a plus de 50 ans. «Je pense qu'on a assez bien réussi et obtenu quelque chose d'acceptable pour tout le monde», dit-il, même s'il regrette, comme Jean Kunz, secrétaire syndical d'Unia ayant accompagné le personnel durant sa lutte, qu'il n'a pas été possible de mener le combat avec les travailleurs d'Altstätten.
Le plan social a été adopté à l'unanimité des 81 travailleurs présents lors d'une assemblée le 10 décembre. Quant aux emplois sauvegardés, ils concernent une dizaine de salariés qui devraient être replacés dans le groupe en Suisse romande, pour le service après-vente ou la pose sur les chantiers. Un autre projet pourrait être développé au printemps, une fois l'affectation du site connue. Il pourrait s'agir d'un service de dépannage express ou de production de fenêtres à la demande. Des options qui pourraient générer une dizaine d'emplois supplémentaires, espère André Vuadens, satisfait également du report de la date des licenciements, initialement prévus fin juin 2016, à fin novembre.
Jean Kunz salue la mobilisation exemplaire du personnel durant ces quatre mois d'incertitude. «Les salariés ont exprimé la volonté de tout faire pour maintenir les emplois. En quelques semaines, ils ont récolté près de 2000 signatures. Puis nous avons pu négocier un plan social correct, alors que la proposition venue d'Altstätten était misérable.»

Sylviane Herranz

 

 

Edition n° 1/2 du 13 janvier 2016

 
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