Il se met en faillite sans en informer ses employés
La société genevoise BPH Constructions laisse une vingtaine de travailleurs sur le carreau

Sur le marché depuis 1991, BPH Constructions a été officiellement liquidée le 17 décembre dernier, sans que les employés en soient informés. La vingtaine de maçons sera mise devant le fait accompli à la rentrée de janvier. Aucun salaire ni aucune indemnité ne leur ont été versés ce mois-ci. Les syndicats dénoncent la manière de faire, car une fois de plus, ce sera à la collectivité et aux employés d'assumer les conséquences de cette faillite. Témoignages.

En ce 28 janvier, les travailleurs de BPH Constructions à Genève, accompagnés de leurs syndicats, sont partagés entre le choc et la révolte. La raison? Leur patron a liquidé l'entreprise le 17 décembre dernier, et ce, sans les en informer. «On s'est réunis le 23 décembre pour notre traditionnel repas de fin d'année, avant les vacances, et on ne nous a rien dit», raconte Noël Lagrange, presque 60 ans. Si ce jour-là les maçons ont dû payer leur repas, alors qu'il était offert les années précédentes, ils ne se doutaient absolument pas de ce qui était en train de se tramer. Ils reprendront, comme si de rien n'était, à la rentrée de janvier sur les quatre chantiers en cours.
C'est seulement le 20 janvier que la réalité leur éclate à la figure, informés par un technicien que la société n'existe plus et qu'ils doivent rentrer chez eux. Sans plus d'explications.
Fortement sollicités, les syndicats de la construction Unia, Sit et Syna ont rassemblé les travailleurs pour leur expliquer leurs droits et les procédures administratives à suivre pour tenter de récupérer leur salaire. «Aujourd'hui, on dénonce l'attitude de certains patrons de la branche, dont fait partie BPH Constructions, qui déchargent leur responsabilité sur le dos des travailleurs et de la collectivité en faisant payer les pots cassés aux finances publiques», pointe Umberto Bandiera, coresponsable du gros œuvre à Unia. «Sans parler de la difficulté dans laquelle il a mis ses employés, qui n'ont touché aucun salaire en janvier.» Quatre d'entre eux étaient en arrêt maladie et n'ont pas vu la couleur de leurs indemnités. Quant au patron, il reste injoignable. «Nous avons essayé de le contacter plusieurs fois, explique le syndicaliste. En vain...»
Entre le salaire de janvier et les vacances, les créances représentent plusieurs milliers de francs par employé. «C'est l'Etat qui va devoir indemniser les travailleurs, rappelle Umberto Bandiera. Mais on ne sait pas quand ni à quelle hauteur.» Les syndicats espèrent une réponse rapide de la part des autorités cantonales.
Le fond de l'histoire reste, pour l'heure, un mystère. «La société avait sans doute des difficultés financières», confie le secrétaire syndical d'Unia. De quel ordre? Personne ne le sait. «C'est une société genevoise ancrée dans le marché depuis 1991 et sans problème apparent. La manière de procéder en est d'autant plus choquante!»

Manon Todesco


«Passé 50 ans, notre avenir est compromis»
Carlos Reis, 52 ans: «Apprendre la faillite de BPH a été une grosse déception. Cela faisait 24 ans que j'y travaillais. C'est le ciel qui m'est tombé sur la tête. On ne s'y attendait pas du tout! Le 23 décembre, on a touché notre salaire, le 13e, il y avait du boulot, des chantiers en cours. On était sereins. On a réussi à parler au patron, il ne s'est pas expliqué, ni excusé, il nous a juste dit qu'on pouvait s'estimer heureux qu'il nous ait payés correctement pendant 24 ans...»
Fernando Ferreira, 56 ans. «Pour moi le cauchemar a commencé plus tôt car le patron m'a annoncé qu'il me virait en septembre 2015 après 18 ans de boîte. En fait il a décidé de licencier les plus vieux qui approchaient de la retraite (Noël, cité dans le texte ci-dessus, est aussi concerné, ndlr) sans quoi il ferait faillite, nous a-t-il dit. Cela m'a fait beaucoup de mal. Nous sommes dans une situation délicate car nous n'avons pas eu de salaire pour le mois de janvier et les factures n'attendent pas. Quant à notre avenir, il s'annonce mal car passé 50 ans, il est très difficile de retrouver un emploi dans ce secteur.»
MT

 

Edition n° 5 du 3 février 2016

 
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