Les chômeurs ont toute leur place à Unia
Unia Neuchâtel veut rappeler l'importance de rester syndiqué lorsque l'on perd son emploi

Avec un taux de chômage de 6,4%, Neuchâtel est le canton le plus frappé par le chômage. Unia Neuchâtel souligne l'utilité, tant personnelle que collective, de rester affilié au syndicat lorsqu'on est demandeur d'emploi.

«Il est important de rester syndiqué quand on perd son boulot», recommande Sylvain Schwab, secrétaire syndical d'Unia Neuchâtel. Dans le canton le plus frappé par le chômage, avec 6,4% de la population active sans travail, Unia veut rappeler l'utilité pour les demandeurs d'emploi de rester membre du syndicat.
«La cotisation est réduite de 50% et nous offrons une protection juridique, un soutien dans les demandes à la caisse de chômage, une aide à la recherche d'emploi, des conseils pour les assurances sociales, des bilans de compétence, ainsi que des formations en langues, en informatique et dans d'autres matières au travers de l'institut Movendo», détaille Sylvain Schwab. Quant aux résidents français, ils obtiennent l'attestation PD U1 nécessaire pour toucher leurs indemnités et sont affiliés gratuitement au Groupement transfrontalier européen (GTE). «Le syndicat, c'est aussi des personnes qui sont sensibles à la situation des camarades au chômage. Il n'y a rien de pire que de ne pas avoir de main tendue, je le sais, j'ai été moi-même une année au chômage. Pour nous, un chômeur est certes un ancien travailleur, mais surtout un futur travailleur. Le chômeur syndiqué ne se trouve pas en marge, il peut faire partie de comités et de commissions.»
C'est le cas de José Moreno qui, bien que privé d'emploi depuis mai 2015, siège au comité horloger. «Après 10 ans de boîte, j'ai été licencié du jour au lendemain pour raison économique», explique cet horloger-rhabilleur âgé de 54 ans. «Lorsque l'on est licencié, on peut aller au syndicat pour vérifier que nos droits sont respectés, ça c'est vraiment super parce que l'Office régional de placement (ORP) s'en fiche pas mal», témoigne le Chaux-de-Fonnier. «De plus, pour se donner toutes les chances de retrouver un emploi, il nous faut élargir notre réseau de connaissances et le syndicat, ça fait connaître des gens.» Dans cette idée, José Moreno estime qu'Unia pourrait mettre sur pied des permanences: «Le syndicat devrait mettre des salles à disposition pour que les chômeurs puissent se retrouver et boire un café.»
José Moreno aimerait aussi qu'Unia intervienne pour améliorer les droits des demandeurs d'emploi. «Les indemnités ne se montent qu'à 70% du salaire. Il y a aussi un délai de carence de dix jours, c'est scandaleux, le premier mois de chômage on ne reçoit presque rien et il est difficile de payer ses factures», souligne-t-il. «Ceux qui ont des enfants perçoivent 80%, mais avec des jeunes aux études ce n'est pas facile», ajoute Sylvain Schwab. «La Loi sur le chômage s'est durcie depuis 2011, notamment pour les jeunes à qui on ne fait pas de cadeau. Le chômeur ressemble à un bouc émissaire. On ne peut l'accepter.»

«Un travailleur comme un autre»
«Dans la région neuchâteloise, du boulot, il n'y en a pas», explique José Moreno. «Il y a quelques annonces qui paraissent dans la presse, mais les boîtes d'horlogerie demandent des demi-dieux, il faut avoir 15 ans de tourbillon* et c'est très difficile, même avec un bon bagage, de rentrer dans cette élite très fermée. Pour le moment, je n'ai réussi qu'à décrocher deux entretiens, l'un pour un travail de courte durée et l'autre pour un travail trop éloigné de mon domicile.» L'horloger, qui souhaite retravailler au plus vite, ne désespère pourtant pas de retrouver prochainement un emploi.
En attendant, avec les autres syndiqués sans emploi, il est, aux yeux de Sylvain Schwab, «un travailleur comme un autre, faisant partie intégrante de la lutte sociale». «Le chômeur syndiqué est utile car il aide le syndicat à maintenir des conditions de travail correctes. Par exemple, le salaire minimum de la CCT neuchâteloise de l'horlogerie est de 3700 francs. Cela paraît peu, mais il y a des gens, dans des entreprises non conventionnées, qui ne gagnent que 2500 francs», relève le secrétaire syndical du secteur industrie. «C'est pourquoi les chômeurs comme les travailleurs ne doivent rien lâcher, sinon on va laisser le champ libre à la finance et à la xénophobie. Unia est un vecteur qui essaye de faire barrage et d'améliorer le quotidien. Tout le monde y a sa place.»

Jérôme Béguin

* Mécanisme compensant les effets de la gravitation terrestre sur la marche du mouvement.

 


 

 

Edition n° 7/8 du 17 février 2016

 
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