Mobilisation massive des taxis contre Uber
Près de 800 chauffeurs ont défilé dans les rues de Berne. Ils exigent une interdiction d'Uber sur tout le territoire helvétique

La présence d'Uber dans les grandes villes de Suisse a des conséquences ravageuses pour les chauffeurs de taxi officiels qui perdent entre 30 et 50% de leur revenu. Pour stopper cette entreprise aux pratiques souvent illégales, Unia et les chauffeurs de taxi de toute la Suisse ont organisé une grande manifestation dans la capitale afin de sensibiliser les autorités à ce fléau. A Genève, malgré l'interdiction en vigueur, les chauffeurs Uber continuent d'exercer en masse.

Le 29 février dernier était une journée historique pour les chauffeurs de taxis suisses. Près de 800 d'entre eux ont répondu à l'appel de l'Union nationale des taxis suisses et d'Unia à l'occasion de cette journée de mobilisation contre l'entreprise américaine Uber. Après avoir défilé avec leur véhicule dans les rues de Berne, les présidents des différentes régions ont remis au Conseil fédéral une lettre ouverte contenant une analyse de la situation ainsi qu'une liste de revendications, dont la plus importante, l'interdiction pour Uber d'opérer sur tout le territoire suisse.
Pour rappel, Uber, selon Wikipédia, c'est cette entreprise qui développe des applications mobiles mettant en contact des utilisateurs avec des conducteurs réalisant des services de transport. Créée en 2009, elle pèse en 2015 plus de 50 milliards de dollars. Là où elle crée la polémique, c'est dans ses pratiques. Se revendiquant de l'économie de partage, de la libre concurrence et d'utilité publique, Uber pose en réalité plusieurs problèmes. Ses «employés» ne sont inscrits sur aucun registre, ils ne bénéficient d'aucune assurance professionnelle, ils échappent aux réglementations en vigueur ainsi qu'aux taxes et autres impôts. A ce jour, la société s'est vu interdire d'exercer son activité dans plusieurs régions du monde.

Pratiques illégales
En Suisse, les chauffeurs de taxi exigent qu'il en soit de même et qu'Uber soit poursuivi en justice. Venus de Genève, de Lausanne, de Bâle et de Zurich, mais aussi de Berne et de Lucerne, ils ont rappelé les conséquences de la présence d'Uber sur le marché. «Pour les chauffeurs de taxi, cela représente une baisse de 30 à 50% du chiffre d'affaires les week-ends», expose Roman Künzler, responsable des taxis bâlois chez Unia ayant également contribué à la création de l'Union des taxis suisses. «Il faut savoir qu'avant Uber, les revenus étaient déjà très bas...»
Mis à part l'aspect financier, l'autre souci réside dans les conditions de travail. «C'est une nouvelle forme d'exploitation des travailleurs, continue le syndicaliste. Uber ne garantit aucun salaire, ne paie aucune assurance sociale, et pas de TVA ni d'impôts en Suisse. C'est un modèle de business qui délocalise tout, y compris les responsabilités.» On peut dire qu'Uber baigne dans l'illégalité à plusieurs niveaux, notamment par rapport au non-respect des lois sur le transport du personnel et des choses et à l'absence de carte de transport. «Ils recrutent les chauffeurs, les clients, ils font les itinéraires, ils licencient: en gros ils ont toutes les fonctions d'un employeur sans en avoir aucune charge courante!»

Chauffeurs pas contents!
A Berne, les chauffeurs étaient très fâchés. «Beaucoup ont montré leur volonté de manifester plus agressivement pour faire bouger les choses, rapporte Roman Künzler. Ils luttent pour leur travail et leur existence: beaucoup sont endettés. Les prix des taxis sont réglementés par les cantons, et ces mêmes gouvernements se laissent détruire par une entreprise agressive et illégale, c'est incompréhensible.» Si la pression politique augmente, le Conseil fédéral n'a pas encore réagi de son côté.

Taxis genevois lésés
A Genève, où l'interdiction pour Uber d'exercer est effective, dans les faits, il n'en est rien. «Uber a fait plusieurs fois recours auprès de la justice contre cette interdiction mais a été débouté à chaque fois, explique Marc Derveaux, chauffeur depuis 21 ans et président du Collectif des taxis genevois. Et pourtant, depuis le début de l'interdiction, Uber continue bel et bien d'opérer illégalement à Genève, et ce, en toute impunité.» A Genève, Uber ampute les revenus des taxis officiels d'environ une moitié. «Nous continuerons nos actions jusqu'à ce que nous obtenions un minimum de justice.»

Manon Todesco

 

 

Edition n° 10 du 9 mars 2016

 
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