Lésés et manipulés les employés de Sier et Fenêtres SA exigent réparation
Les travailleurs, dans une situation financière et psychologique préoccupante ont suspendu leur prestation de travail

Salaires impayés, conventions violées, charges sociales jamais réglées: les employés de Sier et Fenêtres SA à Genève, également victimes au quotidien de pressions et de manipulation, ont sollicité le syndicat Unia pour leur venir en aide. Face à cette situation scandaleuse, les quelque quinze travailleurs réclament la régularisation de leur cas avant le 11 mars, sans quoi des procédures judiciaires seront intentées. Le personnel est en partie soulagé.

L'histoire est tellement aberrante qu'elle paraît incroyable. A Genève, la quinzaine d'employés de l'entreprise Sier et Fenêtres SA ont décidé de suspendre leur prestation de travail au sens de l'article 323 du Code des obligations et d'exiger, d'ici au 11 mars, la régularisation de leur situation. Ils sont commerciaux, téléphonistes, techniciens ou encore actifs dans l'administration. Ce qu'ils reprochent à leur employeur: le non-paiement de leur salaire depuis deux, trois, voire quatre mois; le non-paiement de leur treizième salaire; la non-conformité de leur salaire avec les conventions qui régissent les secteurs; et enfin, le non-paiement des assurances sociales (AVS, 2e pilier, impôts à la source) depuis toujours, pourtant bel et bien prélevées sur les salaires. Si la société Sier et Fenêtres SA refuse de coopérer, des plaintes pénales seront déposées auprès du procureur.
Afin de dénoncer publiquement cette affaire, le syndicat Unia a convié les médias le 1er mars devant l'entreprise, à Vernier. Ce qui a fortement déplu à la directrice et administratrice de Sier et Fenêtres SA, qui s'est invitée au milieu de la conférence de presse, son téléphone à la main et son avocat au bout du fil en haut-parleur. «Vous allez tous avoir des problèmes, vous le savez?» a-t-elle menacé certains de ses employés, avant de claquer la porte et de disparaître dans sa voiture. Cela n'a guère étonné ni les employés ni les syndicalistes. «Quand nous nous sommes présentés hier, elle s'est tout de suite montrée agressive, elle nous a insulté et elle a menacé le personnel» rapporte Blaise Ortega, secrétaire syndical. «Le dialogue était impossible.»

Faillites multiples
Il semblerait que cette dame et son conjoint n'en sont pas à leur coup d'essai. «En faisant des recherches, nous avons découvert que le couple avait déjà mis au moins quatre sociétés en faillite depuis 2010 dans le canton, laissant sur le carreau des employés avec de nombreux salaires impayés», informe Blaise Ortega. Sans parler d'autres entités situées dans le canton de Vaud. Au total, le couple posséderait au moins six entreprises. «C'est l'histoire qui se répète, poursuit son collègue Yves Mugny. On est dans un processus de faillites frauduleuses: les patrons s'enrichissent sur le dos de leurs clients et de leurs employés, disparaissent dans la nature puis ouvrent une nouvelle entreprise.»
Le conjoint de la directrice de Sier et Fenêtres SA a d'ailleurs été incarcéré après que plusieurs plaintes de clients pour escroquerie, menaces et abus de confiance aient été déposées. Active dans la pose de fenêtres, l'entreprise aurait profité de l'obligation pour les propriétaires du canton d'assainir leurs anciennes installations pour les contraindre à faire ces travaux de rénovation, même quand cela n'était pas nécessaire. Plus loin que ce démarchage commercial abusif, le personnel confie que des acomptes étaient pris aux clients mais que les prestations n'étaient jamais honorées. L'affaire est actuellement aux mains de la justice.

Témoignages écœurants
Les employés, presque tous présents lors de cette action, ont préféré conserver leur anonymat. Apeurés, usés par la situation, ils sont souvent dans des situations financière et psychologique préoccupantes. Certains sont interdits bancaires, d'autres sont en arrêt de travail pour dépression. Deux d'entre eux osent prendre la parole, et là, les langues se délient. «Les salaires sont systématiquement payés avec un à quatre mois de retard.» «On travaille dans un climat de crainte et de suspicion en permanence, avec des menaces, du chantage et des pressions de la part de notre directrice et de son conjoint.» «Lorsque notre patron a été arrêté, sa conjointe nous a obligés à dissimuler tous les documents en relation avec Sier SA qui venait de faire faillite.» «On exige de nous d'obtenir six rendez-vous par jour et par téléphoniste sans quoi nous serons mis à la porte sur-le-champ.» «Ils nous ont menacés de nous filmer et de nous mettre sur écoute.» «La stagiaire n'a jamais été payée.» «On nous menace continuellement de licenciement: je n'en dormais plus, je ne parlais que de ça.» «Le 30 décembre, après avoir insisté toute la journée auprès de ma directrice, j'ai réussi à obtenir une partie de mon salaire de novembre, que j'ai dû récupérer à la douane...»
Les témoignages sont tous plus effarants les uns que les autres. Entre menaces physiques, insultes, et manipulation psychologique, le couple a fait des ravages. «Ma demande de prêt immobilier a été acceptée mais je ne vais pas pouvoir l'honorer, raconte encore une employée. Mon couple souffre de cette situation.» Justement, il est intéressant de constater que tous les employés de Sier et Fenêtres SA sont des frontaliers français, ayant des enfants à charge. «C'est une manière d'avoir une emprise sur nous: ils savent très bien que nous avons des enfants à nourrir et que nous ne démissionnerons pas car il nous serait impossible de toucher le chômage en France.» Stressés, encore apeurés, les employés se sentent toutefois soulagés de dénoncer enfin leur calvaire.
Malgré de multiples sollicitations, L'Evénement syndical n'a pas réussi à joindre la directrice de Sier et Fenêtres SA.

Manon Todesco

 

Edition n° 10 du 9 mars 2016

 
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