AVS en danger non répondent les syndicats
Les comptes 2015 de l'AVS ont été présentés. Les déficits à venir peuvent être facilement maîtrisés estiment les syndicats

Les effets de la génération des baby-boomers commencent à se faire sentir, mais l'AVS reste le système le plus sûr de notre prévoyance vieillesse. Un financement additionnel permettrait de combler les déficits, alors que patronat et partis bourgeois réclament un relèvement de l'âge de la retraite jusqu'à 67 ans pour faire face au pic de nouveaux retraités et au vieillissement de la population.

«L'AVS plonge dans les chiffres rouges.» «Inquiétudes autour de l'AVS.» A l'alarmisme ambiant traduit dans ces titres parus dans la presse la semaine dernière, l'Alliance pour une AVS forte et le syndicat Unia ont riposté en affirmant qu'il n'y avait aucune raison de paniquer face aux résultats de l'AVS présentés le 29 mars par l'Office fédéral des assurances sociales. Ces chiffres montrent que l'AVS a clos son exercice 2015 sur un résultat négatif, les dépenses (paiement des rentes) ayant été plus élevées que les recettes (cotisations et contributions publiques) pour un montant de 579 millions. A cela s'est ajoutée une perte au niveau des placements sur les marchés financiers de 237 millions, venant plomber le résultat d'exploitation. Ce dernier est pour la première fois depuis longtemps dans le rouge (voir le tableau), alors qu'en 2014, les intérêts des placements avaient pu compenser le déficit.
Après la publication de ces chiffres, les associations patronales ont appelé à combler les déficits futurs en accélérant la réforme Prévoyance vieillesse 2020, notamment en augmentant l'âge de la retraite des femmes à 65 ans et en introduisant une hausse progressive jusqu'à 67 ans pour tous en cas de déficit, un mécanisme proposé par des élus de droite à la Commission du Conseil national qui planche actuellement sur la réforme.

Résultats attendus
Du côté de l'Alliance pour une AVS forte, constituée par l'Union syndicale suisse (USS) et regroupant 25 organisations, dont Unia et d'autres syndicats, ainsi que le PS, la JS, les Verts, l'Avivo et la Fares, la réaction a été vive. Dans un communiqué, l'Alliance rappelle que ces résultats étaient attendus en raison de l'arrivée à la retraite de la génération des baby-boomers. Une hausse du nombre des retraités à couvrir jusqu'en 2030 environ. Le déficit de l'AVS «peut être rapidement épongé, sans trop solliciter l'économie et la population», indique l'Alliance qui estime que «les décisions prises par le Conseil des Etats à propos de Prévoyance vieillesse 2020 ouvrent ici des perspectives». Elle cite notamment le 1% d'augmentation de la TVA qui permettrait de compenser immédiatement le pic des baby-boomers. Unia ajoute, dans un communiqué, que «l'intégration des baby-boomers dans l'AVS se fera sans problème, moyennant un financement additionnel intelligent».

Caisses de pension exposées
Face à la panique que tentent de semer le patronat et la droite, l'Alliance rappelle que le modèle de financement de l'AVS est solide. «L'AVS a toujours prouvé qu'elle était en mesure de faire face au vieillissement démographique. Depuis 1975, le nombre des retraités AVS est passé de 960000 à 2,2 millions, il a donc plus que doublé. Mais les cotisations salariales n'ont jamais été relevées ces 40 dernières années. Seul 1% de TVA a été introduit il y a bientôt 20 ans» (voir aussi l'encadré). L'Alliance invite donc à développer l'AVS, comme le demande l'initiative AVSplus qui prévoit une hausse des rentes de 10% et qui sera soumise en votation probablement cet automne. Un renforcement nécessaire «d'autant plus qu'à cause de la situation difficile dans laquelle se trouvent les marchés financiers, les futures rentes du 2e pilier vont diminuer comme peau de chagrin. Avec seulement 33 milliards de francs placés, l'AVS est beaucoup moins exposée aux turbulences de ces marchés que le 2e pilier qui gère une fortune de 890 milliards.»
Un avis partagé par Unia qui plaide pour l'initiative: «Dans le 2e pilier, nous payons toujours plus de cotisations et recevons des rentes toujours moins élevées. AVSplus renverse cette tendance: nous payons un peu plus pour l'AVS, afin d'obtenir enfin de meilleures rentes.»

Sylviane Herranz


Nous vivons toujours plus longtemps: est-ce un problème pour l'AVS?
Non, car c'est le progrès économique qui finance l'AVS. Comme les personnes professionnellement actives produisent aujourd'hui plus pendant un même laps de temps que par le passé, elles gagnent par conséquent plus. En conséquence, les recettes de l'AVS augmentent malgré des taux de cotisation inchangés. Grâce à des revenus plus élevés, l'AVS amortit automatiquement depuis plus de 65 ans les coûts induits par la société vieillissante.
Oui, l'espérance de vie a augmenté depuis la création de l'AVS en 1948. Elle est passée de 67,3 ans à 82,7 ans. Pendant le même laps de temps, le taux de natalité a baissé, passant de 2,5 enfants par femme à 1,5 enfant. Le nombre de personnes actives par retraité a baissé, passant de 6,5 à 3,4 personnes pour 1 retraité.
Même les dépenses de l'AVS n'ont pas explosé. En 1975, la part des dépenses de l'AVS au Produit intérieur brut (PIB) était de 5%. Pour chaque franc de valeur produite, 5 centimes allaient à l'AVS. En 2013, c'était 6 centimes. La part des dépenses de l'AVS au PIB est donc restée pratiquement la même depuis 40 ans, malgré le vieillissement démocratique.
Extrait de L'ABC des finances de l'AVS sur le site www.initiative-avs.ch

 

 

 

Edition n° 14 du 6 avril 2016

 
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