Quand l'Hospice général doit demander la charité
Le personnel de l'institution sociale genevoise soutenu par les syndicats SIT et SSP a remis une pétition au Conseil d'Etat

A Genève, les demandes de prestations d'aide sociale et d'asile explosent. A l'inverse, l'enveloppe budgétaire cantonale allouée à l'Hospice général n'a pas bougé depuis dix ans, prévoyant un déficit structurel de 10 millions de francs pour l'année 2016. Face à l'incapacité de prendre en charge correctement les bénéficiaires, le personnel de l'institution demande plus de moyens, financiers et humains, afin de répondre aux besoins de la population. Une vente symbolique de pâtisseries pour renflouer les caisses de l'Hospice général a eu lieu.

L'Hospice général se trouve dans une situation critique. L'établissement public en charge de l'action sociale à Genève affichera, selon sa direction, un déficit de 10 millions de francs à la fin de l'année 2016. Inquiet, le personnel a décidé de se mobiliser pour dénoncer la surcharge de travail qu'il subit au quotidien mais aussi pour empêcher des suppressions de postes probables. «Nous allons remettre une pétition signée par 650 travailleurs de l'Hospice général (sur 1000 au total) au Conseil d'Etat ainsi qu'au Grand Conseil», a informé Françoise Weber, secrétaire syndicale du SIT lors d'une conférence de presse le 23 mars dernier. S'en est suivi une vente symbolique de pâtisseries dans les rues pour «tenter de renflouer les caisses» de l'institution. «La situation financière très problématique de l'Hospice perdure et s'aggrave, relève la syndicaliste. En dix ans, il n'y a pas eu d'augmentation de la subvention cantonale allouée à l'institution.»

Prise en charge
A l'inverse, la charge de travail explose. Les demandes de prestations d'aide sociale ont augmenté de 62% en cinq ans et 1300 demandes d'asile supplémentaires ont été enregistrées en 2015. Le personnel estime qu'à la fin 2015, il manquait 88 postes aux services de l'Action sociale et de l'Aide aux migrants afin de répondre aux besoins d'encadrement et de suivi des situations. A cela s'ajoutent les 80 postes équivalant au 10 millions de francs de déficit, et les mesures d'austérité annoncées au niveau de la fonction publique... «Notre charge de travail s'est fortement accrue, témoigne une déléguée du personnel. Les assistants sociaux ont chacun 75 dossiers à gérer à l'Action sociale, et environ 100 à l'Aide aux migrants. Les assistants administratifs de ce dernier service se retrouvent avec 200 dossiers à traiter au lieu de 130. Ce n'est plus tenable en l'état et on ne peut imaginer des suppressions de postes en plus.» Et un de ses collègues d'ajouter : «Dans certains services, il y a deux mois d'attente pour faire accéder les bénéficiaires à des prestations. On est contraint de trier les demandes et de prioriser les urgences. On ne peut donc plus garantir la stabilité de ceux qui ont le moins besoin de suivi. Notre travail d'anticipation et de prévention repose maintenant sur les associations et les communes, qui sont aussi surchargées. Nous avons besoin de plus de moyens pour remplir notre mission correctement.»

Travailleurs sociaux débordés
«Nous sommes arrivés à un seuil incompressible, insiste Filipa Chinarro», secrétaire syndicale au SSP, qui rappelle que près de 60 postes ont déjà été biffés il y a quelques années. «Les subventions doivent être revues et adaptées à la valeur du travail effectué. A chaque fois qu'on suggère aux élus une hausse de la fiscalité des grosses fortunes et des entreprises, on nous dit que ça va les faire partir: mais le climat social et la paupérisation de la population genevoise ne risquent-ils pas de les faire fuir aussi?»
Les conséquences de la surcharge de travail sur le personnel sont préoccupantes: stress, burn-out, mal-être au travail. «Sur sept employés d'une des unités de l'Aide aux migrants, quatre sont en arrêt maladie de longue durée», confie une des travailleuses.

Avenir incertain
A ce jour, tout reste encore flou. Les suppressions de postes semblent inévitables mais rien n'a encore été officiellement annoncé. «Pour l'instant, il y a des restructurations internes mais rien de très clair, note Françoise Weber. On a aussi entendu que des services entiers, donc des prestations à la population, pourraient être supprimés.» Une situation jugée très grave par les employés qui refusent de payer les pots cassés d'une telle politique sociale. «D'autres solutions doivent être trouvées!»

Manon Todesco

 

 

Edition n° 14 du 6 avril 2016

 
Imprimer l'article
 
Haut de la page