Vers plus de flexibilité dans le second oeuvre
Unia a organisé une action pour informer les travailleurs de la volonté patronale de flexibiliser encore plus le travail

Une centaine de travailleurs du second œuvre d'un grand chantier lausannois se sont mobilisés vendredi lors d'un repas convivial pour faire le point sur les négociations en cours en vue du renouvellement de leur convention collective et prendre connaissance des revendications patronales. Ce premier mouvement pourrait être le prélude à d'autres actions.

Plâtriers-peintres, menuisiers, étancheurs, isoleurs de façade, parqueteurs, carreleurs, électriciens, plus de cent travailleurs du second œuvre et de l'artisanat se sont réunis vendredi dernier dans un garage fraîchement construit du chantier des Fiches Nord à Lausanne, près de Vennes. Un chantier d'ampleur où se bâtit un nouveau quartier qui accueillera 650 logements, certains subventionnés. Dans le sous-sol en béton, quelques néons éclairent deux longues tables où, par petits groupes, les ouvriers ont pris place sur le coup de midi. Rassemblés à l'appel d'Unia, après un inlassable travail de discussion et de mobilisation sur le chantier, les travailleurs se sont retrouvés pour faire le point sur l'avancée des négociations de renouvellement de la Convention collective romande du second œuvre. CCT arrivant à échéance à la fin de l'année et couvrant la plupart des métiers exercés par les ouvriers présents.
«Je connais bien la pénibilité, le stress sur les chantiers, j'y ai travaillé 16 ans comme menuisier. Nous devons voir aujourd'hui ce qu'il faut améliorer pour les prochaines années», a lancé Francisco Machado, secrétaire de branche du second œuvre vaudois, en guise d'ouverture. Lionel Roche, responsable de l'artisanat à Unia Vaud, les a ensuite informés de l'état des négociations, rappelant que deux séances ont déjà eu lieu. «Nous y avons présenté nos revendications: hausse de 120 francs pour tous sur les salaires effectifs, augmentation du panier pour les repas à 20 francs contre 17 aujourd'hui, et renforcement des mesures d'accompagnement pour lutter contre la sous-enchère salariale. En face, la partie patronale a aussi ses objectifs: ce qu'ils veulent, c'est plus de flexibilité sur votre temps de travail», indique le syndicaliste, informant qu'une troisième séance devait se tenir durant la journée du lundi 18 avril (jour où ce journal a été mis sous presse). Lionel Roche a rappelé que les employeurs peuvent aujourd'hui déjà jouer sur une variation de la semaine de travail de 32 à 45 heures, ces dernières étant utilisées surtout l'été, durant les beaux jours. «Mais ça ne leur suffit pas, les patrons réclament une flexibilité entre 30 et 50 heures! Et des facilités pour le travail du samedi. Car aujourd'hui, la planification des travaux se fait souvent sur 6 jours», précise-t-il. «Nous, nous tenons au maintien de l'autorisation pour le travail du samedi, qui peut être accordée pour des questions de sécurité ou autres, mais pas pour des retards dus à une mauvaise planification.»
«Il faut mettre un frein à cette flexibilisation afin de maintenir des horaires stables pour que vous puissiez organiser votre vie», a-t-il déclaré, avant d'appeler les ouvriers à se tenir prêts à de nouvelles actions, selon l'avancée des négociations. «Tout seul, le syndicat n'arrivera pas à faire des miracles. Ce qui compte, c'est que vous soyez derrière nous, prêts à défendre vos conditions de travail et les revendications que nous portons.» Et d'inviter les personnes présentes à suivre l'actualité syndicale, dans le journal ou sur le site internet d'Unia. «Restez informés, restez mobilisés, c'est important!» a-t-il conclu, avant qu'une volée d'applaudissements viennent confirmer les revendications et témoigner du soutien de tous les travailleurs présents à Unia.

Sylviane Herranz


Coup de sonde parmi les ouvriers
Dans l'assemblée, beaucoup de jeunes travailleurs. Parmi eux, Visar*, arrivé il y a 2 ans du Kosovo pour travailler comme «façadier». Les conditions de travail? «Elles sont très bien», répond-il. Et le salaire? «Je suis en stage de longue durée, de 6 mois», dit-il, lâchant ensuite qu'il touche 600 francs par mois. Plus loin, un travailleur, Portugais comme nombre de ses collègues, salue l'action menée par Unia. «C'est bien ce que dit Unia, le syndicat a raison et c'est important qu'il défende les ouvriers.» Lui travaille dans l'isolation du bâtiment depuis 12 ans. «C'est parfois le stress, mais j'ai de la chance, mon patron est très correct avec nous. Nous partons plus tôt le vendredi. Et s'il faut faire plus d'heures pour terminer un chantier, on les fait. S'il nous paie, ce n'est pas un problème.» Il ajoute que tant que les conditions de travail sont respectées, les travailleurs sont prêts à faire des efforts. «Mais c'est bien clair qu'il y a des entreprises où les gens sont mal traités. Là, ils doivent se battre.»
Antonio*, lui, après 30 ans de travail comme plâtrier-peintre, revendique haut et fort la retraite à 60 ans, comme les maçons. Car la retraite anticipée dans le second œuvre n'est qu'à 62 ans. «Pour moi, c'est la priorité. Pourquoi faire la différence avec les maçons? Nous sommes sur les mêmes chantiers, avec le froid en hiver, le chaud en été. La retraite à 60 ans devrait être valable pour tout le monde.» Comme d'autres, il fait remarquer que les patrons profitent de la crise pour faire pression sur les travailleurs, laissant entendre qu'il y a 50 postulants qui attendent derrière la porte. «Ils disent qu'il n'y a pas de boulot, mais c'est eux qui gagnent. Ils managent les ouvriers pour qu'ils se taisent. Et travaillent avec des sous-traitants qui cassent les prix et ne paient pas ce qu'ils doivent aux travailleurs. L'association patronale devrait contrôler beaucoup mieux les sous-traitants.» Antonio est clairement opposé à un accroissement de la flexibilisation: «Si le travail est bien organisé, avec des gens qui font ce qu'ils ont à faire, on peut respecter les délais.»
SH

*prénoms d'emprunt

 

 

 

 

 

 

Edition n° 16 du 20 avril 2016

 
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