Nous devons nous serrer les coudes
Dans un contexte économique préoccupant Unia Transjurane se dote de nouvelles têtes

Le 14 avril, une assemblée des délégués d'Unia Transjurane a élu Dominique Gassmann président du comité régional et Pierluigi Fedele secrétaire régional. Ils succèdent respectivement à Eric Rufi et Emilie Moeschler.

Changement de têtes à la direction d'Unia Transjurane. Le 14 avril à Moutier, une assemblée des délégués du syndicat a désigné un nouveau secrétaire régional et s'est choisie un nouveau président. Secrétaire régionale d'Unia Transjurane depuis 2013, Emilie Moeschler quitte la région jurassienne pour s'installer avec sa famille à Lausanne, où elle assumera la responsabilité de la Maison de quartier de Chailly. De son côté, en raison de son départ à la retraite, l'horloger prototypiste Eric Rufi remettait aussi son mandat de président de région. Invitée à l'assemblée, la présidente d'Unia, Vania Alleva, a tenu à remercier la cinquantaine de délégués et de secrétaires présents pour leur travail. «En tant qu'organisation syndicale, nous sommes toujours plus sollicités et nous sommes confrontés à une situation très difficile, comme nous n'en avons pas connu depuis trente ans; mais nous sommes la force qui fait la différence», a déclaré la dirigeante du syndicat, avant de louer l'engagement d'Eric Rufi, «qui a beaucoup donné à notre mouvement», et regretter le départ d'Emilie Moeschler, «alors que nous n'avons déjà pas beaucoup de femmes qui occupent le poste de secrétaire régionale». C'est également des remerciements qu'Emilie Moeschler a adressés à l'assistance: «J'ai beaucoup appris durant ces années passées avec vous. Evidemment, je vais continuer à militer et j'espère qu'on pourra se retrouver dans des manifs ou ailleurs!» Pour sa part, Eric Rufi a tiré les leçons de 40 ans d'affiliation au syndicat et de 35 ans de travail militant: «Il ne faut pas croire que tout seul on peut arriver à quelque chose, non, et en plus il faut toujours se battre!»

La perle rare
Le président en est ensuite venu à la nomination d'un nouveau secrétaire régional: «Lorsqu'Emilie nous a informé de la nouvelle orientation qu'elle donnait à sa carrière professionnelle et à sa vie familiale, il nous fallait réagir vite. Nous avons trouvé la perle rare en la personne de Pierluigi Fedele.» Membre du comité directeur d'Unia, en charge notamment de l'industrie et de l'horlogerie pour la Suisse romande, le Delémontain avait déjà occupé ce poste de 2008 à 2013 avant qu'Emilie Moeschler ne lui succède. «Le Pierre-Lou», comme l'appellent les militants jurassiens, aimerait aujourd'hui quitter ses fonctions à Berne pour revenir dans sa région. Elu à l'unanimité par les délégués, il pourra se défaire de ses responsabilités nationales à la fin de l'année et assumer dès à présent la fonction de secrétaire régional. Le nouveau chef de file d'Unia Transjurane a tenu à dire quelques mots à propos d'Emilie Moeschler, «qui a accompli sa tâche avec compétence et brio», et d'Eric Rufi, «qui a montré un engagement sans faille pour le syndicat». «J'ai une fierté énorme à travailler et militer dans cette organisation», a-t-il dit, avant d'avertir les militants: «On va vivre des périodes troublées au niveau économique. Nous devons nous serrer les coudes et nous mobiliser, il est important de travailler de concert. Sans votre engagement dans les entreprises, notre travail ne vaut pas grand-chose.»

Une personne d'expérience
«Pour succéder à Eric, il nous fallait une personne d'expérience. Dominique Gassmann est militant depuis plus de vingt ans», a expliqué Pierluigi Fedele pour présenter le candidat proposé par le comité régional et élu là aussi par l'ensemble des délégués. Ce mécanicien de précision a longtemps présidé la commission du personnel de Busch en Ajoie, où il travaille depuis 1981. «Je vais continuer dans les traces d'Eric, même si ce ne sera pas facile», nous a-t-il confié à l'issue de la réunion, en formant le vœu de «trouver de nouvelles personnes pour étoffer notre comité, en particulier des jeunes».
Après cette partie statutaire, les participants ont discuté des propositions des groupes locaux. Parmi celles-ci, relevons la limitation du personnel intérimaire à 10% des effectifs des entreprises, la participation des représentants des travailleurs dans les conseils d'administration des caisses de pension et la formation à cette tâche ou encore la création d'une structure destinée à la souffrance au travail et aux pathologies psychosociales, qui offrirait en particulier un soutien aux victimes de mobbing. Ces propositions seront étudiées par un groupe de travail avant d'être éventuellement soumises au congrès d'Unia.
Dominique Gassmann a conclu la soirée en appelant à venir nombreux et nombreuses au 1er Mai interjurassien. Cette année la manifestation se déroulera dans la cité prévôtoise. Rendez-vous dimanche 1er mai à 10h45 devant la gare de Moutier.


Jérôme Béguin

 

Low cost contre hyperconnectés : les salariés face à la révolution numérique

Le nouveau secrétaire régional n'a pas dérogé à ce qui est devenu une tradition d'Unia Transjurane, chaque assemblée étant en effet ponctuée d'une discussion autour d'une thématique. Et Pierluigi Fedele s'est même collé à présenter le sujet du débat: le monde du travail face à la révolution numérique. «L'usine que l'on connaît aujourd'hui ne sera plus la même dans 5 ou 10 ans», a prévenu le responsable pour la Suisse romande du secteur industrie d'Unia, en décrivant une nouvelle organisation des moyens de production et de distribution qui va maximiser les processus. L'industrie 4.0 et la numérisation dans d'autres secteurs vont provoquer une perte massive d'emplois et la division du monde du travail. A l'avenir, il y aura selon Pierluigi Fedele trois catégories de travailleurs: les «low cost», les «hyperconnectés» et les «non-employables». Le stress, l'effacement des limites entre travail et vie privée, les risques économiques reportés sur le salarié deviendront la norme, alors que les syndicats seront en perte d'influence, affaiblis par de nouveaux usages professionnels non encadrés comme le télétravail. «Un monde du travail atomisé ne permet pas de mener des combats syndicaux.» Pour le secrétaire syndical, il est donc important qu'Unia empoigne cette problématique et que soit lancé et mené un vaste débat de société.
Succédant à cette présentation, les discussions ont abordé la question du revenu de base inconditionnel. Si plusieurs intervenants ont estimé que l'initiative soumise en votation le 5 juin prochain est une solution adaptée à la perte massive d'emplois décrite par Pierluigi Fedele, pour d'autres elle met en danger les assurances sociales, des acquis auxquels les travailleurs sont attachés. Les militants s'accordant par contre sur la nécessité d'une réforme de la fiscalité des entreprises et le partage du travail. «Je n'imagine pas qu'on puisse bâtir une stratégie sans réduction du temps de travail», a ainsi dit Jean-Claude Rennwald, ancien dirigeant syndical et conseiller national partisan de la semaine de quatre jours. «Je regrette que depuis trop longtemps le mouvement syndical ait délaissé ce projet.»
JB

 

Edition n° 17 du 27 avril 2016

 
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