Si tu ne batailles pas t'as rien
La vendeuse Cathy Jusufoski déléguée syndicale d'Unia à Yverdon revient sur son parcours professionnel et son engagement

«Qui n'essaie rien n'a rien» pourrait être la devise de vie de Cathy Jusufoski, elle qui depuis quelques années ne craint pas de monter au front pour de meilleures conditions de travail dans la vente. Dernière action en date, la remise de la pétition contre l'extension des horaires jusqu'à 18h le samedi à Yverdon (restée jusqu'à présent sans réponse).
Rencontrée dans un café d'Yverdon, la déléguée syndicale a la chaleur et le tutoiement facile de son Valais natal. Cathy a grandi à Fully, dans une famille de trois enfants dont elle était l'aînée, de père ferblantier et de mère au foyer. Le métier de la vente, elle ne l'a pas vraiment choisi. «J'avais commencé un apprentissage comme assistante d'exploitation à La Poste, mais il y avait beaucoup de choses à apprendre par cœur et je n'assimilais pas assez vite. Au bout de 6 mois, on m'a mise à la porte.» Une baffe pour la jeune fille de 19 ans qui trouve toutefois la force de recommencer un autre apprentissage à la Coop de Saillon en 1989. «Je touchais à tout, on me faisait confiance, et c'était un défi pour moi que de réussir...», raconte celle qui sera récompensée de ses efforts en remportant le prix de la meilleure apprentie Coop du Valais. «Cela m'a redonné confiance en moi.»

Le travail pour s'oxygéner
Par amour, elle déménage dans le canton de Vaud, à Lausanne puis à Yverdon, travaille comme caissière, se marie et devient mère. «Avec trois enfants, c'était une chance de pouvoir rester à la maison. Mais après 9 ans, j'avais besoin de m'oxygéner, de retrouver le monde du travail...» Engagée chez Denner, elle devient adjointe-gérante, et cumule les heures supplémentaires lors de l'arrêt maladie de la gérante. «J'étais censée les reprendre en congé, mais c'était mission impossible.» S'ensuit une période particulièrement chamboulée pour Cathy qui quitte son mari et sa villa; et tombe amoureuse d'un Monsieur Jusufoski et, quelque temps plus tard, attend un heureux événement. «J'ai alors demandé un contrat à 50%. Mais on ne m'a accordé qu'un 50% sur appel, je ne pouvais pas accepter. J'ai alors demandé à ce que mes heures supplémentaires me soient payées. Ils ont refusé, et c'est là que j'ai eu mon premier contact avec Unia.» Elle obtiendra gain de cause.
A la fin de son congé maternité, en l'espace de deux semaines, Cathy trouve une place chez Coop à Neuchâtel. Un soulagement, car son mari, manutentionnaire, n'a que des emplois temporaires. «On vit avec le minimum vital depuis 8 ans. C'est pas facile, les loisirs sont rares, mais on est heureux», souligne Cathy qui travaille maintenant à Montagny-près-Yverdon.

Engagement syndical
Son engagement syndical naît à la faveur d'une assemblée nationale Coop. «Le secrétaire syndical Sébastien Schnyder m'a proposé de l'accompagner à Berne. Je me suis rendu compte que toutes les vendeuses avaient les mêmes difficultés. J'ai aimé pouvoir partager nos problèmes, parler de notre métier si mal payé et si mal reconnu. Ça a été le déclic pour moi.» Elle accepte de devenir déléguée syndicale. Sans crainte de dire ce qu'elle pense à ses supérieurs, elle soutient ses collègues, les renseigne, les aiguille vers le syndicat. «Au début, j'étais un peu la bête noire. Mais mon gérant actuel a compris que le syndicat n'était pas là pour l'embêter. En général, si quelque chose ne va pas, on discute.»
De son travail, elle énumère les quelques petites victoires syndicales, mais surtout l'accroissement des difficultés: la pression des supérieurs sur les employés «de moins en moins nombreux avec de plus en plus de tâches», le bruit, l'agressivité de certains clients surtout le samedi, les plateaux-repas «où l'on retrouve parfois n'importe quoi», avec toujours la consigne du «geste commercial», soit le poing dans la poche car «le client est roi, même s'il a tort».

Un métier en mutation
Sur l'évolution du métier, elle estime qu'une formation en sécurité serait importante, notamment à cause du self-scanning. «Une seule vendeuse doit surveiller 9 caisses. Comment réagir s'il y a une agression verbale, voire physique?», questionne celle qui relève qu'on fait travailler le client, poussé à utiliser ces nouvelles technologies (le nombre de caisses ouvertes n'étant pas suffisant). Sur les tentatives de vol, Cathy ne manque pas d'anecdotes démontrant que «l'habit ne fait pas le moine». «Il y a de tout: des retraités avec une plaque de chocolat dans la poche aux costards cravates en passant par les bandes de jeunes», explique-t-elle.
Quand elle va elle-même faire ses courses, jamais le samedi, elle avoue ne pas pouvoir s'empêcher d'analyser les conditions de travail. «J'aimerais revenir à la fin des années 80, quand j'ai commencé», lance-t-elle, nostalgique. «Il y avait assez de personnel, pas besoin de courir dans tous les sens. Aujourd'hui, je vois des collègues à deux doigts de péter un câble, démoralisés, en burn-out. Beaucoup pensent à changer de métier si les horaires étaient prolongés, car c'est déjà difficilement compatible avec une vie de famille, mais personne n'ose s'engager de peur de perdre son travail. Mais si tu ne batailles pas, t'as rien. Quand j'entends le patron de la Migros prôner une libéralisation totale des heures d'ouverture de 6h à 23h, je me dis vraiment qu'il faut se battre au maximum.»

Aline Andrey

 

Edition n° 17 du 27 avril 2016

 
Imprimer l'article
 
Haut de la page