La fille de saisonnier brigue un siège à l'exécutif
Arrivée clandestinement en Suisse en 1972 Maria Belo se présente au Conseil communal de La Chaux-de-Fonds

«Cela fait 40 ans que j'habite ici», nous apprend Maria Belo en nous accueillant dans son appartement de la vieille ville de La Chaux-de-Fonds. «A l'époque, nous ne payions que 68 francs de loyer, mais il n'y avait ni toilette ni salle de bain. Les immigrants vivaient dans la vieille ville car les logements y étaient moins chers», raconte-t-elle de sa voix posée.

Clandestinité
«Mon père est venu du Portugal pour travailler comme saisonnier chez Bernasconi (construction). Ma mère, ma sœur, mon frère et moi l'avons rejoint clandestinement durant l'été 1972. J'avais 16 ans et j'ai trouvé un premier emploi au noir», poursuit Maria Belo. L'année suivante, l'adolescente est engagée à la cafétéria de l'hôpital et bénéficie d'un permis. Son jeune frère, par contre, doit passer ses journées à la maison quand les autres enfants sont à l'école. Comme lui, des milliers d'«enfants du placard» d'Italie, d'Espagne, du Portugal et d'ex-Yougoslavie grandirent cachés jusqu'à l'abolition du statut de saisonnier en 2002. «Dénoncés, ma mère, ma sœur et mon frère ont été obligés de rentrer au Portugal. Je suis restée seule avec mon père, cela a été très dur pour nous d'être séparés et cet épisode a contribué à faire de moi une militante.» C'est l'époque de la révolution des œillets. «C'était difficile d'être éloignée, de n'avoir que peu d'informations, mais c'était merveilleux d'assister à la fin de la dictature.» Elle rentre dans son pays d'origine en 1976, se marie, met au monde le premier de ses deux enfants et adhère dans la foulée au Parti communiste portugais.

36 ans chez Cartier
En 1980, Maria Belo est de retour dans les Montagnes neuchâteloises. Elle est embauchée chez Cartier, elle y travaillera durant 36 ans, jusqu'à tout récemment. Dans le contexte de la restructuration du groupe Richemont, qui a touché 300 postes de travail en Suisse, elle a en effet choisi de partir. «A 60 ans, je me suis dit que je devais laisser la place à un jeune qui a une famille.» Ne laissant transparaître aucune amertume, son regard s'illumine lorsqu'elle évoque cet emploi d'opératrice en horlogerie au service après-vente de la marque de luxe: «C'était un travail magnifique, très enrichissant, pas du tout monotone, nous recevions des montres du monde entier et aucune pièce n'était pareille.»
Durant cette carrière chez Cartier, elle fut toujours syndiquée, d'abord de la FTMH puis de l'organisation qui lui succéda, Unia. «A l'époque, les travailleurs n'avaient pas peur de se syndiquer, maintenant il est très difficile de les faire adhérer. Ils ont peur de se montrer et de défendre leurs droits», regrette-t-elle. «Cela ne changera que lorsqu'ils en ressentiront la nécessité, touchés par la crise.»

Salut l'étrangère!
Parallèlement à son activité professionnelle, Maria Belo œuvre pour l'intégration de la communauté portugaise. «J'ai été plusieurs fois présidente de l'association des Portugais de La Chaux-de-Fonds, nous avons créé un groupe folklorique, monté des pièces de théâtre, fondé une école...» Dans les années 1990, elle siège à la commission cantonale d'intégration des étrangers et se voit décerner le prix «Salut l'étranger!», qui distingue à Neuchâtel les personnes favorisant le respect de l'autre et de la diversité des cultures. En outre, elle rejoint les rangs du Parti ouvrier et populaire (POP). Le canton de Neuchâtel octroyant le droit d'éligibilité des d'étrangers sur le plan communal, elle entre au Conseil général (législatif) de La Chaux-de-Fonds en 1998. Et en 2015 elle obtient sa naturalisation: «Je voulais voter sur le plan fédéral sur des sujets importants.»

Défendre la classe ouvrière
Depuis quelques semaines, Maria Belo est engagée dans la campagne pour les élections communales qui auront lieu ce 5 juin. Elle occupe la troisième place de la liste du POP au Conseil général et brigue même, avec quatre camarades, un siège au Conseil communal (exécutif) de la Métropole horlogère. Conseiller communal depuis 2005, en charge du Dicastère de la culture, des sports et de la jeunesse, le popiste Jean-Pierre Veya ne se représente pas. «Notre ville rencontre des problèmes financiers en raison de la mauvaise gestion d'un ancien conseiller communal PLR, d'une péréquation qui nous défavorise et des orientations cantonales qui font de Neuchâtel un canton où les riches deviennent plus riches. Les trois conseillers d'Etat socialistes ne défendent pas les intérêts des travailleurs», déplore-t-elle. «Avec la crise économique dans l'horlogerie, qui va aussi avoir des conséquences sur d'autres secteurs, nous allons percevoir moins de rentrées fiscales. Il faut donc élire des personnes capables et qui défendent la classe ouvrière», estime-t-elle. Et elle en est convaincue: «Le POP est un parti qui défend les ouvriers et notre ville.» Ouvrière, engagée socialement, la candidate représente bien la «politique autrement» et «proche des gens» qu'entend incarner son parti. Et si d'aventure elle était élue ce dimanche à l'exécutif? «Je suivrais la voie tracée par Jean-Pierre Veya, défendrais notre hôpital, la politique culturelle et me battrais pour que notre ville résolve ses problèmes financiers!»

Jérôme Béguin

 

 

Edition n° 22 du 1 juin 2016

 
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