Une maison qui crée du lien
A Fribourg l'association La Red a ouvert un espace de rencontres et d'échanges entre migrants et locaux

C'est une maison blanche adossée à la colline, à la porte ouverte lorsqu'il y a des activités. Personne n'y vit, mais beaucoup s'y retrouvent pour parler, manger et suivre des cours de français ou de couture, du jardinage en permaculture ou des émissions radio... Tout y est gratuit, dans le mode égalitaire des échanges de savoir.

Autogéré, bénévole, horizontal, participatif, gratuit sont quelques-uns des adjectifs qui peuvent donner le ton de ce qui se passe dans une maison, qui pourrait être bleue, de la route de la Glâne à Fribourg. Le nom de l'association La Red, «le réseau» en espagnol, résume aussi à lui seul la couleur de ce lieu particulier qui permet les échanges entre locaux et migrants.
Tout a commencé par le rêve de deux amies de créer un espace ouvert pour faciliter l'émergence de projets, de cours, d'activités, afin de rendre possible les rencontres. «Une sorte de salon ouvert», souligne Salomé. C'est elle qui, l'année dernière, repère cette maison vide. S'ensuivent la création d'une association et la signature d'un contrat de confiance d'une année avec le propriétaire. En octobre 2015, les activités commencent à prendre forme. Depuis, les cours et les événements se multiplient dans cette maison ouverte à tous. Où chaque personne est la bienvenue pour proposer des activités, du cours de français à celui d'arabe ou d'allemand, de la couture à la radio, du jardinage à la cuisine...

Des cours de français
En ce 1er juin, une petite équipe met la main à la pâte, devant faire preuve de créativité en composant avec les invendus reçus par l'organisation Table Suisse, sans savoir combien de personnes seront présentes au repas. Nazir, arrivé en Suisse il y a 6 mois, relève en coupant des fruits: «Je viens pour apprendre le français. J'aime rencontrer les gens.» A l'instar de beaucoup d'autres jeunes migrants présents à La Red en ce mercredi après-midi, il parle déjà la langue de Molière étonnamment bien. Dilan, kurde de Syrie, étudiante en chimie dans son pays vient, quant à elle, pour la première fois. Elle souhaite parfaire son français et est avide de rencontres. Salomé lui fait visiter la maison, Flore et Angelina (toutes trois membres du comité de l'association qui compte encore une autre fille et deux garçons) lui expliquent la possibilité de s'inscrire pour un tandem. Soit de partager des moments avec une personne désireuse d'apprendre l'arabe, dans l'esprit d'un échange de savoir. Si la plupart des migrants suivent des cours dans leur foyer ou dans d'autres associations présentes à Fribourg, La Red leur offre une opportunité de plus d'étudier le français. Ali estime même que: «C'est mieux ici pour apprendre la langue.» L'affluence semble lui donner raison. Le baby-sitting est, de surcroît, inclus dans l'offre. Quatre petits garçons, dont les mamans prennent un cours, jouent dans le jardin avec deux baby-sitters bénévoles.

Une liberté créatrice d'échanges
Si les activités sont prévues dans un calendrier en ligne, la maison laisse une large part à l'improvisation. La bureaucratie y est quasi inexistante, et les inscriptions se limitent à ceux qui préparent les repas. Quelques règles simples semblent au fil des mois s'être imposées d'elles-mêmes: le respect des lieux, la liberté d'initiative, et la participation.
L'association paie le loyer modeste fixé par le propriétaire, grâce à des dons (crowfunding). Pour le reste, ses membres organisent deux réunions par mois ouvertes à tous. Le programme change tout le temps et toutes les propositions sont les bienvenues. «Le comité n'offre pas de programme, juste une coordination. Ce sont les gens de Fribourg, migrants ou non, qui viennent et proposent. Un principe: tout est gratuit. L'échange est horizontal. Chaque personne ici peut apprendre et enseigner», souligne Salomé. «On a une vue d'ensemble, mais on fait confiance», précise Flore. Et Angelina d'ajouter: «Les cours ne cherchent pas à atteindre un but. C'est plutôt l'occasion de partager notre temps libre ensemble, d'échanger des connaissances d'égal à égal. Nous ne sommes pas institutionnalisés, nous ne touchons pas de subventions, donc nous n'avons aucun compte à rendre.» Les échanges continuent au-delà de La Red. Entre mamans, entre jeunes qui jouent au foot, ou encore dans les tandems.
Tous les âges sont représentés, avec une moyenne de 25 ans environ. Une jeunesse qui a à cœur d'être en harmonie avec le voisinage et ne prolonge jamais ses événements au-delà de minuit. L'association espère que l'aventure se prolonge, ici ou ailleurs...

Aline Andrey


Toutes les informations: www.associationlared.ch

 

Edition n° 24 du 15 juin 2016

 
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