Les femmes en ont assez d'attendre leur part du gâteau
Des militantes ont mené des actions de sensibilisation à l'occasion du 14 juin

En ce 14 juin historique, les femmes se sont mobilisées dans plusieurs villes de Suisse pour exiger l'égalité salariale. En effet, aujourd'hui, les femmes continuent de gagner entre 15 et 20% de moins que les hommes, 20 ans après l'entrée en vigueur de la Loi sur l'égalité. Syndicats, partis de gauche et associations féministes exigent l'introduction de contrôles et de sanctions contre la discrimination salariale ou encore la mise en place d'un congé parental.

Cette année, le 14 juin a une saveur particulière. En 2016, on célèbre les 35 ans de l'introduction de l'égalité entre hommes et femmes dans la Constitution, les 25 ans de la grève des femmes et les 20 ans de la Loi sur l'égalité.
Cela dit, l'humeur n'est pas à la fête. Malgré tout cela, les femmes continuent aujourd'hui de toucher en moyenne entre 15 et 20% de moins que leurs collègues masculins à travail égal et à taux d'activité comparable.
Remontées à bloc, les femmes se sont mobilisées dans toute la Suisse pour réclamer, enfin, des mesures concrètes pour faire régner l'égalité et que celle-ci ne reste pas qu'une simple profession de foi. A Genève, une vingtaine de militantes de la Communauté genevoise d'action syndicale (CGAS), des partis de gauche et de l'association féministe et lesbienne Lestime ont profité de la pause déjeuner pour sensibiliser les passants à leurs revendications, mises en scène sur cinq cartons. Elles demandent dans un premier temps l'introduction de contrôles et de sanctions contre la discrimination salariale au sein des entreprises, plus de protection contre les licenciements au retour du congé maternité, la mise sur pied d'un congé parental à se partager entre les deux parents, et enfin, une politique active afin de créer davantage de places de crèche permettant aux mères de reprendre plus rapidement et plus sereinement une activité professionnelle.

Davantage touchées par la pauvreté
«L'inégalité salariale représente chaque année 7 milliards de francs économisés sur le dos des femmes», a dénoncé Valérie Buchs, du SIT, lors de l'action. Un argent qui leur manque toute leur vie, mais aussi à la retraite. «La dernière enquête de l'Office fédéral de la statistique démontre que le nombre de femmes devant demander des prestations complémentaires une fois arrivées à l'âge de la retraite est deux fois plus important que chez les hommes» pointe la syndicaliste. Une raison de plus pour la CGAS d'inviter à voter pour l'initiative AVSplus. «On augmente l'âge de la retraite des femmes pour des motifs soi-disant d'égalité, et de l'autre côté, on refuse cette révision de la LEg, cela nous fait doucement rire», dénonce Audrey Schmid, secrétaire syndicale chez Unia.

Maternité en jeu
Pour cette dernière, l'inégalité salariale est le reflet d'autres discriminations dont sont victimes les femmes au quotidien, comme les tâches domestiques. «Les femmes ont parfois plus de mal à s'investir dans leur job car elles savent déjà qu'elles seront discriminées à un moment ou un autre. Le décrochage intervient souvent lors du congé maternité.» Aujourd'hui, les licenciements au retour du congé maternité sont une réalité, dans tous les secteurs, malheureusement difficiles à chiffrer. «Très peu se défendent, et quand elles le font, les procédures sont longues et aboutissent rarement à leur avantage.»

Manon Todesco

 

 

questions/réponses

Nous ne resterons pas les bras croisés»
La révision de la Loi sur l'égalité prévoyait l'introduction de contrôles contre la discrimination salariale. Telle qu'elle était proposée, la mesure aurait permis de toucher seulement 2% des entreprises en Suisse (de plus de 50 employés). Malgré ces conditions, le Conseil National a voté en avril pour éjecter cette révision du programme de législature du Conseil fédéral.
Entretien avec Corinne Schärer, membre du comité directeur d'Unia en charge de l'égalité.

La révision de la LEg est-elle définitivement enterrée?
Non, le Conseil National a décidé de biffer cet objet, mais le Conseil des Etats vient de corriger cela: la révision de la LEg figure donc toujours sur le calendrier de l'actuelle législature. On espère qu'à la rentrée de septembre, le Conseil fédéral présentera son projet de loi au Parlement.

Que faire pour que l'égalité s'ancre dans les pratiques et devienne une réalité?
Notre rôle en tant que syndicat est très important car c'est nous qui avons insufflé cette révision de la loi et l'introduction de contrôles des salaires au sein des entreprises. Nous devons être impliqués dans ce processus, nous assurer que les contrôles ont lieu et enfin, une fois les résultats du contrôle obtenus, être intégrés aux discussions permettant de corriger les cas de discrimination. A l'heure actuelle, le Conseil fédéral ne prévoit pas de sanctions, et c'est une lacune. Nous revendiquons des sanctions financières assez hautes pour être dissuasives mais également la possibilité pour l'Etat de porter plainte contre des entreprises qui ne respecteraient pas la loi.

Faut-il une nouvelle grève des femmes pour faire réagir nos élus?
Si le Conseil fédéral ne s'engage pas sur cette révision de la LEg, il est clair qu'il faudra réagir par un mouvement visible, par des actions dans la rue ou réfléchir à d'autres moyens de pression. On ne peut clairement pas rester les bras croisés. Sur la forme, tout cela reste à déterminer au niveau de l'USS et des centrales syndicales.

Propos recueillis par MT

 

 

Edition n° 25 du 22 juin 2016

 
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