Les travailleurs de l'industrie lancent un appel au Conseil fédéral
les 500 participants à la journée de l'industrie d'Unia on adopté un Manifeste pour une Suisse industrielle

Le 17 juin, quelque 500 personnes ont participé à la journée de l'industrie 2016 d'Unia. A cette occasion, un «Manifeste pour une Suisse industrielle» a été adopté et déposé au Palais fédéral sous forme de pétition. Ce document liste les mesures concrètes pour mettre fin à la désindustrialisation, répondre aux défis de «l'industrie 4.0» et renforcer les droits du personnel.

«Je vous le demande mes chères et chers collègues: de qui se moque-t-on dans ce pays!?» Président de la branche MEM (industrie des machines, des équipements électriques et des métaux), Daniel Heizmann a pris à témoin les quelque 500 participants à la journée de l'industrie d'Unia réunis vendredi dernier au Theaterkubus de Berne. «Par sa politique, la Banque nationale provoque des milliers de licenciements, des milliers d'heures de travail gratuit, voire des diminutions de salaire, des délocalisations de production... Face à ce cataclysme que fait le politique? Avec un ancien chef d'entreprise au Conseil fédéral et surtout ancien président de Swissmen, nous pouvions avoir l'espoir d'une véritable force de frappe pour faire bouger les choses, mais malheureusement nous devons déchanter, car notre ministre de l'Economie, Monsieur Schneider-Ammann, regarde sans intervenir», a déclaré le travailleur de Tornos. «Que chacun en soit convaincu, nous ne nous laisserons pas faire, nous ne nous laisserons pas mettre à genou. Parce qu'il n'y a rien à perdre, la lutte doit nous mener vers des solutions fortes et efficaces pour la pérennité de l'industrie», a encore lancé le Jurassien. «Ensemble nous sommes forts, nous trouvons des solutions et développons de nouvelles idées», a ajouté la présidente d'Unia, Vania Alleva.

Contrôle sur la place financière
Le «Manifeste pour une Suisse industrielle», adopté par acclamation, liste les mesures concrètes pour mettre fin à la désindustrialisation, répondre aux défis de «l'industrie 4.0» et renforcer les droits du personnel. Les points principaux du document (consultable sur le site www.unia.ch) consistent au contrôle accru sur la place financière, à la création d'un fonds pour l'industrie et l'innovation, à l'institution d'un agenda de politique industrielle de la Confédération, ainsi qu'à l'amélioration des salaires et de la protection des travailleurs. «L'économie a besoin de vous, ce qui doit vous revenir, ce sont de bonnes conditions salariales et de travail et vous avez le droit de réclamer votre dû», a souligné Vania Alleva pour justifier ce dernier point. Le manifeste note que les évolutions technologiques ne sont pas responsables de la désindustrialisation, «elle est au contraire le résultat de décisions stratégiques, adoptées contre la production et les salariés». Pour les membres du secteur industrie d'Unia, il faut saisir les opportunités offertes par la reconversion écologique, par les biotechnologies et les sciences de la vie, les technologies de réseau et de transport, la numérisation, la robotique et tout ce que porte cette quatrième révolution industrielle en excluant ce qui ne contribue pas au bien-être collectif comme «l'uberisation».

Une politique industrielle est possible
Présentant la situation dans son canton, Yves Defferard, secrétaire régional d'Unia Vaud, a battu en brèche l'idée qu'une politique industrielle n'était ni possible ni souhaitable et qu'il faudrait laisser libre cours aux lois du marché. Le canton de Vaud, qui était déjà doté d'un fonds de 75 millions de francs dédié au soutien et à l'innovation, vient d'instituer un nouveau programme en faveur de l'industrie d'un montant de 17,5 millions dans le cadre de la réforme de l'imposition des entreprises. Ces aides publiques prennent la forme d'un cautionnement et de subventions directes. Entre février et avril, 29 entreprises ont ainsi déposé des dossiers pour un montant d'un peu plus de 15 millions, a expliqué Yves Defferard, en indiquant que «de toutes petites entreprises de l'industrie mécanique en profitent». Le secrétaire régional a terminé son intervention en interpellant le conseiller fédéral Schneider-Ammann: «Cessez de faire l'autiste!»

«Nous pouvons gagner»
«Une chose est claire: jamais Unia ne vous laissera tomber», a assuré à l'assistance le responsable national de l'industrie du syndicat, Corrado Pardini, en conclusion de la réunion. «Si nous perdons, nous perdrons ensemble. Mais nous pouvons gagner, il faut y croire!»
A l'issue de l'assemblée, les participants ont formé un cortège en direction du Palais fédéral. «L'industrie suisse est en danger. Pas seulement du fait du franc fort, mais aussi d'idées néolibérales», relève dans le défilé Dominique Gassmann, mécanicien de précision et président d'Unia Transjurane. «Il nous faut pourtant un tissu industriel. On en a besoin, notamment pour nos jeunes. Que deviendront-ils s'il n'y a plus d'emplois? Ils seront à leur tour des migrants. Nous, on fait déjà partie du passé, c'est pour la jeunesse que nous nous battons.» Nous rencontrons justement deux apprentis de Tornos ayant fait le déplacement à Berne. «Si l'industrie se casse la figure, on aura fait un apprentissage pour rien», redoute l'un d'eux. «Des salariés n'ont pas hésité à prendre congé pour venir à cette manifestation, c'est un signe», remarque Daniel Heizmann. «Cette journée est un très gros succès», se félicite Corrado Pardini. «Nous espérions 500 participants et 500 sont venus.»
Le manifeste a été déposé à la Chancellerie fédérale sous forme de pétition. La balle est maintenant dans le camp du Conseil fédéral et du Parlement.

Jérôme Béguin

 

 

Edition n° 25 du 22 juin 2016

 
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