Du jour au lendemain je n'étais plus rien
Nathalie raconte son licenciement à l'âge de 55 ans et les difficultés pour retrouver un emploi

Le taux de chômage de la tranche d'âge de 55 à 64 ans a progressé de 3% en 2013 à 3,9% en 2015, soit au-dessus de la moyenne de 3,3%. Ces travailleurs âgés privés d'emploi mettent plus de temps que les chômeurs plus jeunes à retourner sur le marché du travail.

Perdre brutalement son emploi et se retrouver au chômage, ça n'arrive pas qu'aux autres. Nathalie* en a fait l'amère expérience. En 2009, à l'âge de 55 ans, elle a été licenciée de l'entreprise horlogère qui l'employait suite à la crise que la branche a connue à cette époque. «J'ai fait des recherches d'emploi tout de suite, je me suis dit qu'avec toutes mes qualifications, j'allais trouver du travail rapidement. Mais on m'a vite dit: "Vous avez vu quel âge vous avez? Vous n'êtes plus dans la course!" Du jour au lendemain, je n'étais plus rien», raconte cette secrétaire administrative jurassienne. A l'Office régional de placement (ORP), son conseiller ne lui est d'aucun secours. «J'ai dû me battre pratiquement une année pour obtenir une formation continue, on me disait que ce n'était pas pour moi, mais pour les jeunes.» L'ORP finit par lui attribuer une formation à l'Espace formation emploi Jura. «Ces quatre mois ont été un bienfait, je reprenais confiance en moi.» Mais Nathalie arrive au bout de ses indemnités chômage, en fin de droit, elle change de statut et de conseiller en placement à l'ORP. «Je n'avais pas encore posé le pied dans son bureau qu'il m'a dit que j'avais assez profité du chômage... Il m'a rabaissée, il m'a massacrée!» Durant cinq mois, elle participe alors à un programme d'occupation cantonal (POC) en travaillant à plein temps à la Caisse de compensation pour un salaire horaire de 16,35 francs. Au début de l'année 2012, elle est obligée de frapper à la porte de l'aide sociale. Cette «situation dégradante» ne dure pas trop longtemps car la chance finit par lui sourire un peu, après avoir «remué ciel et terre durant trois ans pour trouver un job». Par l'intermédiaire de sa fille, elle trouve une place dans une société produisant des enseignes lumineuses, où elle est chargée de la comptabilité, de la facturation ou encore des relations avec la clientèle. «Tout de suite ce fut nickel. "On dirait que vous avez fait ça toute votre vie", m'a dit mon nouveau patron, en ne comprenant pas que je n'aie pas retrouvé de travail avant.»

«C'est dur à encaisser»
«Je peux dire que sans l'aide de mes trois enfants et d'amis, je ne sais pas ce que je serais devenue.» Aujourd'hui, Nathalie travaille à 30% dans cette entreprise. Une demi-journée par semaine, elle fait aussi la comptabilité d'une société informatique. Elle garde régulièrement trois de ses cinq petits enfants (le sixième devant arriver bientôt). Elle vit avec à peine 2000 francs par mois. C'est peu, mais au moins, indépendante, elle n'est plus forcée de solliciter l'aide sociale qui aura été pour elle un vrai chemin de croix. «Quand j'ai trouvé un travail, l'aide sociale a fait un décompte et m'a réclamé 1200 francs. C'est dur à encaisser, je vous le jure. Depuis toute jeune, j'ai dû me serrer la ceinture, j'ai élevé trois enfants toute seule, je n'ai jamais rien demandé», dit-elle avec son franc-parler.
Nathalie est syndiquée depuis l'âge de 16 ans. «J'essaye de pousser les jeunes à se syndiquer, je suis triste de voir que les ouvrières et ouvriers en activité ne le sont pas tous. Personnellement, j'ai eu de la chance quelques fois d'avoir le syndicat.» Elle pense que la LPP devrait être transformée «sur le modèle de l'AVS» et, «au lieu de toujours taper sur les gens qui sont en bas», elle estime qu'il faudrait déplafonner les cotisations AVS, «afin que des patrons comme celui des CFF, Andreas Meyer, qui gagne plus d'un million de francs par an, payent à la hauteur de leur salaire». En ce qui concerne le chômage des seniors, elle est entièrement d'accord avec l'Union syndicale suisse (USS), qui propose d'améliorer la protection contre les licenciements et de rendre obligatoire la publication des offres d'emploi dans les ORP (10000 seulement sont annoncées), et surtout, pour elle, «il faudrait que les mentalités changent dans les entreprises». Ce serait bénéfique pour tout le monde.

Jérôme Béguin


* Prénom d'emprunt.

 

 

Edition n° 25 du 22 juin 2016

 
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