Nous appelons les patrons à la raison
300 travailleurs de la Vallée plébiscitent la poursuite des négociations pour le renouvellement de la CCT de l'horlogerie

Unia a convoqué le 23 juin une assemblée générale des travailleurs de l'horlogerie au Sentier pour faire le point sur les négociations pour le renouvellement de la Convention collective de travail (CCT). La Vallée de Joux, qui dénombre 5000 horlogers dont 1800 membres du syndicat, est l'un des berceaux de l'horlogerie haut de gamme et quasiment épargnée par les plans sociaux et réductions d'effectifs touchant la branche depuis quelques mois.

L'assemblée générale des travailleurs de l'horlogerie de la Vallée de Joux a donné mandat à ses délégués de poursuivre les discussions avec les représentants patronaux. Quelque 300 syndiqués ont répondu à l'appel d'Unia et sont venus ce 23 juin dans la grande cantine du Sentier s'informer sur les résultats intermédiaires des négociations pour le renouvellement de la Convention collective de travail (CCT) de l'horlogerie. Les tractations autour du nouveau contrat, qui débutera en 2017 pour une période de cinq ans, sont «très difficiles», a lancé d'emblée Catherine Arnaud, présidente de la commission du personnel d'Audemars Piguet et du comité horloger vaudois. «Mais ce que nous avons remporté de très important est la garantie de l'application des conditions de la CCT aux travailleurs temporaires», s'est-elle félicitée. «C'est en effet un point extrêmement positif. Unia pourra faire valoir dans les entreprises les droits des intérimaires en matière de salaire, temps de travail, vacances, heures supplémentaires et jours fériés», a souligné Noé Pelet. Le syndicat a aussi obtenu un délai de carence de 6 mois entre deux contrats à durée déterminée. Parmi les autres avancées détaillées par le secrétaire syndical, l'allongement du congé maternité de 16 à 18 semaines, ainsi que du congé paternité de 5 à 10 jours dès le second enfant ou en cas de naissance gémellaire. Les représentants des travailleurs ont aussi réussi à repousser deux demandes patronales: la compensation du premier jour d'absence en cas de maladie et une facilitation des licenciements économiques et collectifs, «qui nous aurait fait revenir au Code des obligations». En échange, un raccourcissement du délai de protection contre les licenciements la première année de service a été accepté.

Trois points de blocage
Reste trois points sur lesquels butent les négociateurs. D'abord la participation patronale à la caisse maladie pour les enfants dont sont privés les ménages non mariés. Les patrons souhaitent la transférer dans l'allocation complémentaire, ce qui entraînerait une perte nette de 7,5 francs (de 60 à 52,5 francs auxquels s'ajoute l'allocation complémentaire de 30 francs), mais ferait rentrer 7000 nouveaux bénéficiaires dans le système. En ce qui concerne la participation aux primes des adultes, qui se monte à 160 francs, la délégation patronale ne concède que 15 francs d'augmentation alors que les travailleurs en demandent 20. Enfin, les employeurs tiennent à inscrire dans la CCT la possibilité de ne pas inclure la part du treizième salaire dans le calcul des heures supplémentaires payées. «Ça fait neuf mois qu'on est en discussion avec le patronat et on est bloqué sur ces points», a déploré Noé Pelet. «Les patrons nous disent que si l'on ne trouve pas un accord en bloc là-dessus, ils annuleront tout et la CCT sera reconduite telle quelle. Ils savent bien qu'avec une différence de cinq francs, Unia aura de la peine à mobiliser ses membres. C'est extrêmement mesquin de leur part», a dit Noé Pelet.

«Bilan favorable aux travailleurs»
Dès lors, quelle marche à suivre pour les représentants des travailleurs aux négociations? Faut-il rester ouvert à la discussion ou, au contraire, rendre non négociables les revendications syndicales et refuser d'entrer en matière sur les demandes patronales? Sachant que ces résultats intermédiaires présentent, selon les termes du secrétaire syndical, un «bilan favorable aux travailleurs». C'est à la quasi-unanimité que l'assemblée a décidé de poursuivre les discussions avec les employeurs. «Nous les appelons à la raison», a conclu Noé Pelet.
Attablés entre collègues autour d'une assiette de rôti, les participants ont ensuite écouté Alexandre Martins présenter les tenants et les aboutissants de la réforme Prévoyance vieillesse 2020 et de l'initiative AVSplus, avant que ne sonne la fin de la pause de midi.
«Il y a deux ans, nous étions à peine 200 personnes, aujourd'hui, nous sommes plus de 300», se félicite Catherine Arnaud à l'issue de la manifestation. «Les gens ont compris qu'il fallait se mobiliser. On a quand même une des meilleures CCT de Suisse, si on lâche, on repartira en arrière.»

Jérôme Béguin

 

 

Edition n° 26/27 du 29 juin 2016

 
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