Passeuse de mots
Ecrivain public Patricia Méan prête sa plume aux personnes mal à l'aise avec la rédaction. Elle nous en touche un mot

De la lettre personnelle à celle administrative en passant par la composition de poésies: Patricia Méan a fait de l'écriture sa profession. Depuis 2010, cette Lausannoise de bientôt 55 ans prête en effet sa plume aux personnes mal à l'aise avec la rédaction. Ou désirant simplement se décharger d'une tâche. Une activité que cette ancienne employée de commerce motive par son intérêt pour le droit, elle qui a travaillé de nombreuses années dans une étude de notaire et un cabinet d'avocat. Mais aussi par son amour du français. «J'ai toujours aimé écrire. Je rédige aussi pour mon plaisir des contes et des poèmes», confie l'écrivain public qui s'est lancée dans ce créneau en autodidacte. «Il n'y a pas d'école particulière en Suisse. On se forme à celle de la vie. Mais je pense qu'il est très important de bénéficier d'une expérience professionnelle au préalable et, évidemment, de bien maîtriser la langue et l'orthographe.» Au registre de ses commandes, des écrits les plus divers... Mais pas encore, note-t-elle, de demandes pour rédiger des déclarations d'amour alors qu'elle relève, au chapitre des requêtes désagréables, une lettre d'insultes. « J'y ai mis des limites. Je me suis alors surtout bornée à la corriger.»

La clef, l'authenticité
Parmi les mandats les plus fréquents confiés à Patricia Méan, les lettres de motivation en vue de décrocher un emploi et les CV. «Je me renseigne alors toujours sur l'entreprise. Souligne les qualités et caractéristiques du postulant. Je personnalise un maximum. La clef d'une bonne lettre? Son authenticité», explique Patricia Méan ravie d'apprendre parfois que le commanditaire a obtenu la place convoitée. Les démarches juridiques entrent aussi dans les compétences de cette femme passionnée par son travail même si elles n'ont évidemment pas le poids d'une procédure intentée par un avocat. «Des exemples? Un litige avec des voisins, un problème en matière de copropriété, un conflit dans le cadre d'une construction...», poursuit la quinquagénaire aussi appelée à relire, corriger des mémoires et conseiller leurs auteurs - surtout des étudiants d'origine étrangère, sans soutien familial. Ou encore à rédiger des discours, hommages pour des événements particuliers lors de fêtes, mariages...

Dans l'intimité de l'autre
«Il faut alors instaurer un climat de confiance, de partage, entrer dans l'intimité de la personne. L'écoute est essentielle.» Une exigence naturelle pour cette passeuse de mots qui, aimant les gens, sait faire preuve de beaucoup d'empathie.
«Mon but général? Permettre à chacun de s'exprimer. De se défendre au besoin. Eviter que certains y renoncent parce qu'ils n'y parviennent pas. Ou qu'ils n'ont pas le temps. J'agis comme une courroie de transmission. Propose cette liberté qu'offrent les mots», relève encore la Lausannoise qui ne connaît pas les affres de la page blanche. «Après un temps de réflexion, le texte sort. Je ne suis jamais ou presque en panne d'inspiration.» Une aptitude peut-être aussi nourrie par son goût pour les livres, elle qui propose également ses talents de lectrice aux intéressés. «J'interviens par exemple lors d'anniversaires ou pour animer des parties récréatives après des assemblées générales. J'aimerais bien élargir cette activité auprès de malades et de personnes âgées», note l'écrivain public qui compte au rang de ses loisirs le théâtre - elle joue dans une troupe amateur, de préférence les femmes fortes... - et le chant, participant à un atelier vocal. Autant de cordes à son arc propres à la ressourcer et la nourrir, même si elle précise que l'écriture reste le mode d'expression lui correspondant le mieux. Elle projette d'ailleurs de publier ses textes.

Le feu à sa maison
«Je n'ai pas encore essayé par pudeur. Parce que ce n'était pas le moment. Mais aujourd'hui, je l'envisage. D'autant plus que mon entourage se dit souvent ému par mes écrits.» Un pas qui lui permettrait peut-être aussi de lutter contre une de ses craintes... «J'ai peur d'être inexistante. Transparente. De ne pas être reconnue dans ce que je suis. Il ne s'agit pas de vouloir plaire» confie Patricia Méan qui ne se laisse pas pour autant paralyser pas cette inquiétude. «Je suis une battante. Et refuse qu'on me marche sur les pieds. Même si j'agis en douceur.» Irritée par l'injustice et par les personnes suffisantes, arrogantes, très soucieuse d'équité, l'écrivain public estime toutefois que la colère, une fois le soufflet retombé, peut être constructive, efficace et servir de moteur. «A ne pas confondre néanmoins avec la haine, destructrice, qui s'apparente alors à mettre le feu à sa propre maison», image joliment Patricia Méan, associant l'enfer à toutes formes de violence alors que le bonheur se conjugue, selon elle, à la capacité à être en harmonie avec soi. «Ça m'arrive... En tout cas j'y tends», sourit cette femme qui a perdu son époux il y a quatre ans et trouve dans sa nature curieuse, sa soif de connaissance un moteur à l'existence. Et, dans l'écriture, une manière d'aider les autres. Ou de se raconter. Un récit que l'écrivain du quotidien d'autrui n'a pas encore rendu public...

Sonya Mermoud

Plus d'informations: www.la-liberte-par-les-mots.ch

 

Edition n° 28/29 du 13 juillet 2016

 
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