Journaliste clown et éboueur du lac
Journaliste Thierry Grünig pratique aussi la plongée. Par plaisir. Et pour une bonne cause

Thierry Grünig n'est pas homme à faire les choses à moitié. Même s'il doit pour cela se dépasser. Vaincre ses peurs. Comme lorsqu'il s'est lancé dans la plongée, en 2010. «J'avais alors pourtant deux phobies: l'eau et les poissons», raconte, amusé, le Neuchâtelois de 30 ans avant d'expliquer les événements qui l'ont conduit à se jeter à l'eau. «Dans le cadre de mon travail comme journaliste à la télévision de l'Arc jurassien Canal Alpha, j'ai été appelé à couvrir le Festival d'images sous-marines (Festisub). J'ai vu un film sur les requins qui m'a beaucoup touché. J'ai aussi fait la connaissance de défenseurs de dauphins et baleines de l'ONG Sea Shepherd.» Ces rencontres sensibilisent le reporter d'images à la protection du milieu et des animaux marins. Il décide, lui aussi, de s'investir dans le domaine et devient membre actif de l'association militante. «Mais pour servir au mieux la cause, j'estimais qu'il fallait, malgré mes angoisses, découvrir ce monde et m'initier à la plongée.» Défi relevé... Si la première immersion de Thierry Grünig, à Boudry, se passe bien, elle le confronte néanmoins à un spectacle aquatique désolant, entaché de déchets. Choqué, le jeune homme mobilise les bonnes volontés et crée en 2011 l'association Purlac qui a pour mission de recruter des plongeurs et de procéder, une fois par année, au nettoyage du lac de Neuchâtel.

Poubelle hétéroclite
«La prochaine opération, sixième du genre, aura lieu le 28 août, aux Jeunes-Rives*», précise Thierry Grünig, notant que l'initiative regroupe en moyenne une centaine de plongeurs. Une démarche menée avec l'aide de la ville de Neuchâtel qui y participe en mettant notamment à disposition un bateau pour ramener les gros déchets sur la rive et des bennes. «On en remplit environ deux et demie. La nature des déchets repêchés? Il y a de tout. Des vélos, des caddies, des canapés, des écrans d'ordinateur, des chaises, des tables, des matelas... De quoi meubler, parfois, tout un appartement. On trouve aussi des cannettes, des bouteilles, des portefeuilles, des armes, des coffres-forts», poursuit l'éboueur du lac non sans relever que les détritus nuisant le plus à l'environnement sont néanmoins les filtres de cigarettes et les piles. «Un mégot peut polluer un mètre cube d'eau pendant un siècle; une pile, 40 ans.» Malgré la régularité du nettoyage, les plongeurs ramènent toujours du «butin». «On croit que le lac est propre mais on trouve sans cesse de nouveaux trucs. On ignore qui sont les personnes qui jettent des choses dans le lac. Il y a en tout cas beaucoup d'objets volés.» Mais pas seulement... Au rang des pollueurs, des pique-niqueurs qui abandonnent des montagnes d'immondices tout près de la rive - «un coup de vent et les trois quarts terminent dans le lac» -, des fêtards qui jettent leurs cannettes... Pas de quoi toutefois détourner Thierry Grünig de sa passion.

Multitalents...
«C'est planant de plonger. On ressent beaucoup de calme, de sérénité. Tout se fait lentement. Les premières secondes sous l'eau, on change d'état de conscience. Le matériel de 35 kilos sur le dos ne pèse plus rien. J'aime ces moments où je m'arrête pour écouter le silence, au milieu des bulles, des poissons. Cette activité me détend, me ressource», s'enthousiasme l'homme-grenouille bardé de brevets en la matière - résultante de son côté jusqu'au-boutiste - qui profite de ce sport pour prendre des images sous-marines, explorer des vestiges de villages lacustres, des épaves, et bien sûr chasser les déchets... Un hobby que Thierry Grünig partage avec d'autres centres d'intérêt. Comédien - le journaliste joue avec la troupe professionnelle Utopik Family de Saint-Imier -, Thierry Grünig s'investit aussi dans la revue satirique Saintimania. Il incarne également, dans un duo humoristique, le personnage de Tiver, au côté de Tifou où interviennent mimes, pantomimes et acrobaties. «Je ne m'ennuie jamais» sourit cet ancien danseur de rock acrobatique, qui s'adonne encore au dessin et à la peinture. Un foisonnement d'activités pour un écologiste multitalents qui trouve son origine dans une étape de vie douloureuse.

Amusez-vous!
A l'âge de 11 ans, Thierry Grünig, atteint d'un cancer, affronte une année de lourds traitements. «A ma guérison, j'ai voulu tout faire», sourit celui qui vendra alors ses tableaux au profit d'enfants souffrants. «J'ai toujours ressenti le besoin de me rendre utile. Purlac a aussi été fondé dans cet esprit», note le trentenaire qui confie, outre sa crainte des poissons aujourd'hui jugulée, avoir peur d'être abandonné par ses proches. Traumatisme hérité de sa maladie qui l'a coupé de ses camarades de classe... Mais trêve de souvenirs tristounets. Thierry Grünig est un optimiste débordant d'énergie. Un clown qui cultive l'humour depuis son plus jeune âge - son meilleur atout dans la vie. Et un père comblé. «Je suis papa d'un garçon de neuf mois. C'est aujourd'hui le rôle que je préfère» affirme ce sympathique hyperactif, croquant la vie à pleines dents. Et Thierry Grünig de conclure l'entretien par un entraînant «amusez-vous!». Un mot d'ordre terminant toujours ses journaux télévisés, véhiculé avec une joie et une bonne humeur contagieuses, et qu'il a fait sien, conscient peut-être plus qu'un autre de la fragilité et de la valeur de la vie...

Sonya Mermoud

* Informations et inscriptions: www.purlac.ch

 

 

Edition n° 34/35 du 24 août 2016

 
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