Les syndicats sonnent l'alarme des rentes
Le 1er septembre à Neuchâtel comme dans une vingtaine de villes les militants ont attiré l'attention de la population

Le 1er septembre, les syndicats et la gauche ont, au travers d'actions bruyantes, dénoncé la baisse des rentes du 2e pilier et le projet de relever l'âge de la retraite à 67 ans, en invitant à participer à la manifestation du 10 septembre à Berne «Halte à la baisse des rentes - renforçons l'AVS» et à voter le 25 septembre en faveur de l'initiative AVSplus.

Le 1er septembre à 13h, une «alarme des rentes» a retenti dans une vingtaine de villes suisses. Usant de sirènes, tambours et mégaphones, les militants des syndicats et de la gauche ont attiré dans les rues et sur les places l'attention de la population sur la baisse des rentes du 2e pilier et le projet parlementaire de relever l'âge de la retraite à 67 ans. Des tracts ont été distribués, invitant à participer à la manifestation du 10 septembre à Berne «Halte à la baisse des rentes - renforçons l'AVS» et à voter le 25 septembre en faveur d'AVSplus. Cette initiative propose une augmentation des rentes AVS de 10% financée par une hausse des cotisations de 0,8 % répartie à part égale entre salariés et employeurs.

Casser les préjugés
A Neuchâtel, l'action bruyante sur la place Pury a été suivie d'un «goûter intergénérationnel». Encouragée par le beau temps, une foule s'est pressée autour des stands dressés à la place des Halles par le comité neuchâtelois «Oui à AVSplus». Cette dynamique coalition des syndicats et de la gauche - qui s'est donnée comme logo un tandem, symbole de la solidarité entre les générations - est présidée par Amanda Ioset. «Ce qu'il y a de positif à Neuchâtel, c'est que nous menons notre propre campagne cantonale», se félicite cette militante du Parti ouvrier et populaire (POP). «Avec ce qu'on nous prépare, il est très important de montrer qu'il existe des alternatives, comme celle représentée par AVSplus. Nous essayons de casser cette idée que l'AVS ne serait pas viable. Et il faut briser cette opposition entre les jeunes et les vieux: nous nous battons pour notre AVS, mais aussi celle de nos parents», insiste la jeune femme.
«La solidarité intergénérationnelle est fondamentale», appuie Francine, fringante retraitée présente au rassemblement. «Je ne suis pas sûre que les jeunes soient conscients des enjeux, beaucoup d'entre eux se disent "on n'aura plus rien". Il faut qu'on leur démontre qu'en se mobilisant, ils obtiendront au contraire quelque chose», estime cette ancienne employée d'un grand distributeur et militante d'Unia.
Agé de 32 ans, David a lui, les idées claires: «Augmenter l'âge de la retraite est tout bonnement impensable! AVSplus est la bonne solution. Payer un peu plus chaque mois pour assurer une retraite digne, ce n'est pas le bout du monde, cela ne va pas ruiner les gens. Si on explique cela aux jeunes et aux travailleurs, ils ne peuvent que se rendre compte que la solution est intéressante», considère ce chauffeur-livreur membre d'Unia.

Donner un signal
«AVSplus est aussi une initiative particulièrement importante pour les femmes», relève de son côté Marianne Ebel sur le stand de la Marche mondiale des femmes. Près de 40% des retraitées ne disposent en effet pas de 2e pilier et doivent se contenter de la seule AVS. «AVSplus corrige un peu cette situation», souligne l'ancienne députée. «En renforçant l'AVS, on montre aussi dans quelle direction il faut aller, un système plus solide et solidaire que la LPP. On espère donc gagner le 25 septembre, cela constituerait un signal au Parlement qui prend une tout autre direction.»
En attendant, le rendez-vous est donné pour le 10 septembre à Berne. Une manifestation que ne ratera pas Marguerite Stähli. «Quand ils font des c..., il faut quand même montrer qu'on est là», explique tranquillement la présidente de la section Val-de-Travers de l'Avivo, l'association de défense des retraités, qui en est persuadée: «Ils ne peuvent pas faire ce qu'ils veulent s'ils voient qu'on se mobilise.»

Jérôme Béguin

 

Les inégalités entre femmes et hommes explosent à la retraite

Une retraitée touche en moyenne 1600 francs de moins par mois qu'un retraité. C'est ce que révèle une étude de l'Office fédéral des assurances sociales

Les inégalités salariales entre femmes et hommes sont toujours élevées en Suisse, entre 15 et 20%. Mais à l'heure de prendre leur retraite, les inégalités deviennent encore plus criantes.
Sur le montant des rentes vieillesses, 1er, 2e et 3e piliers inclus, les différences sont accablantes et ne dépendent qu'en partie de la discrimination salariale.
Selon l'étude de l'Office fédéral des assurances sociales (Ofas), rendue publique en juillet, les femmes touchent des rentes inférieures de 37% à celles des hommes. Et ce n'est qu'une moyenne car les différences varient fortement selon qu'il s'agisse des rentes AVS ou de celles du 2e pilier.

L'AVS, un système juste
Le montant des rentes AVS touché est presque identique pour les deux sexes, témoignant du système de répartition et de solidarité à l'œuvre dans le 1er pilier. La différence s'élève à 2,7%, soit 606 francs de moins par année ou 50 francs par mois. Les lacunes de cotisation durant la vie active, dues principalement à l'arrêt ou à la diminution de l'activité professionnelle pour s'occuper des enfants, sont largement compensées dans l'AVS par l'obligation d'être assuré, par le splitting et le bonus éducatif, et grâce à la règle selon laquelle la rente maximale n'est que deux fois plus élevée que la rente minimale.
C'est dans la prévoyance professionnelle (2e pilier) que l'écart des rentes entre femmes et hommes est astronomique puisqu'il s'élève à 63%, soit une différence de 18600 francs par an ou 1550 francs par mois. Des écarts qui, relèvent les auteurs de l'étude, s'expliquent «essentiellement par les parcours professionnels différents suivis par les femmes et les hommes», mais également parce que les femmes travaillent majoritairement à temps partiel et dans des métiers ou branches «aux rémunérations plutôt basses».
Pour ce qui concerne le 3e pilier, c'est-à-dire de l'épargne individuelle bénéficiant d'allégements fiscaux, la différence des rentes est de 54,4% (800 francs par an), mais cette différence a peu de répercussions, le 3e pilier ne représentant que 2,6% de la rente totale des hommes et 1,5% de celle des femmes. Par ailleurs, trois quarts des retraités et 86% des retraitées ne disposent pas d'un 3e pilier faute de revenu suffisant.

Le 2e pilier en question
Une des sources majeures des inégalités de rentes provient aussi des nombreuses femmes ne disposant pas d'un 2e pilier. Selon l'Ofas, seule un peu plus de la moitié des femmes touchent une rente de la prévoyance professionnelle, contre environ trois quarts des hommes. Cette différence découle du système du 2e pilier qui ne permet pas à une femme à temps partiel ou touchant un revenu trop bas de cotiser à une caisse de retraite.
Dans son communiqué, l'Ofas appelle à une augmentation des places d'accueil extrafamilial pour que les mères puissent accéder plus facilement à l'emploi et ainsi combler les écarts de rentes à l'heure de la retraite. Il salue aussi la réforme Prévoyance vieillesse 2020, bientôt en discussion au Conseil national, qui permettrait, selon l'Ofas, avec l'abaissement du seuil d'accès au 2e pilier et la suppression de la déduction de coordination, «d'améliorer le système actuel».
Ces deux mesures sont en effet prévues dans le projet de réforme du gouvernement. Cependant, avec la baisse massive des rentes programmée par la baisse du taux de conversion, les femmes aux petits revenus seront à nouveau pénalisées: elles cotiseront beaucoup plus durant leur vie active, et n'auront pas de rentes plus élevées au moment de la retraite... Comme en témoigne l'étude de l'Ofas, un renforcement de l'AVS serait bien plus à même de réduire les inégalités et d'améliorer le système!

Sylviane Herranz


 

 

Edition n° 36 du 7 septembre 2016

 
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