Important cas de dumping sur le site de Syngenta
Des salaires inférieurs aux usages et des retenues abusives pour des travailleurs italiens employés à Monthey

Unia a découvert des travailleurs italiens au bénéfice d'un permis frontalier, dont certains venus du fin fond de la Botte, employés pour des travaux de tuyauterie industrielle menés sur le site de Syngenta à Monthey. Engagés par le groupe italien Sices, ces ouvriers sont payés en dessous des usages de la branche et sont victimes de retenues salariales indues. Unia pointe la responsabilité de Syngenta en tant que maître d'œuvre et demande un renforcement des mesures d'accompagnement.

Unia Valais a révélé en début de semaine un considérable cas de dumping salarial sur le site de Syngenta à Monthey. La multinationale spécialisée dans la chimie et l'agroalimentaire a mandaté le groupe italien Sices pour y mener des travaux de tuyauterie industrielle. Actif dans la fourniture, la fabrication et la construction d'installations industrielles, Sices emploie un millier de salariés et possède une antenne à Chiasso. Pour ce mandat de Syngenta, la société a engagé, depuis octobre 2015, 67 travailleurs transalpins au bénéfice d'un permis G de frontalier, selon Unia. Le syndicat a pu mettre la main sur les contrats de travail et les fiches de paie d'une dizaine de ces ouvriers.

Une frontière très éloignée
Première surprise syndicale: la moitié des travailleurs habitent à plus de 300 km de Monthey, soit bien loin du Chablais, et jusque dans les Pouilles ou en Sicile à 1700 km de là! «Les travailleurs frontaliers doivent pourtant pouvoir rentrer une fois par semaine chez eux», rappelle Blaise Carron, secrétaire régional d'Unia Valais. Plus grave, «ils sont payés en dessous du minimum de la profession, ils n'ont pas autant de vacances qu'ils en ont droit, les allocations familiales ne sont pas versées et Sices opère en plus sur leurs salaires des retenues abusives, comme une déduction pour le logement qui est à la charge de l'employeur». L'émission «Cash investigation» sur France 2 a d'ailleurs épinglé au printemps le groupe italien pour des retenues illégales pratiquées en France. Le secrétaire syndical évalue «à la louche» à 70000 francs au total le préjudice pour ces dix travailleurs, soit 50000 de salaires impayés et 20000 francs de retenues indues. «Si cet échantillon est représentatif ¬- et nous avons de fortes présomptions -, on arrive en extrapolant à la somme d'environ 500000 francs dus à l'ensemble des salariés.»


La responsabilité de Syngenta
«Nous avons demandé à Sices de nous fournir les informations concernant tous les salariés. Nous avons aussi écrit à la direction de Syngenta pour qu'elle appuie cette démarche et provisionne la somme de 500000 francs comme caution des salaires dus», explique Blaise Carron. «Syngenta porte une importante responsabilité dans ce dossier en ayant pris le risque de se priver de compétences locales sans placer de garde-fous. Les contrats de travail et les fiches des salaires auraient dû être vérifiés pour s'assurer que les usages de la branche soient respectés.» Unia souhaite aussi que Syngenta l'aide à vérifier le temps de travail effectif, certains salariés prétendant effectuer plus d'heures que le nombre inscrit sur leur fiche de paye. Sices emploie encore 25 travailleurs dans les bâtiments de Syngenta.
«Ce dossier montre la nécessité de renforcer les mesures d'accompagnement et, notamment, de rendre directement responsable le maître d'œuvre du respect des usages de branche», conclut le secrétaire régional.

Jérôme Béguin

 

 

Edition n° 37/38 du 14 septembre 2016

 
Imprimer l'article
 
Haut de la page