L'homme qui voyageait sans corps
Nicolas Fraisse vit des états modifiés de conscience depuis son enfance. Un livre décrit son parcours, ses capacités hors normes

Ce qu'il vit défie les esprits les plus imaginatifs et les meilleurs films de science-fiction. Entre autres facultés, il sort de son corps, lit dans les pensées et voit à distance. Et pourtant Nicolas Fraisse est cartésien, matérialiste, et ne cesse de chercher à vérifier la véracité de ses expériences. Il est ainsi devenu le virtuose des OBE (Out of body experience - sorties hors du corps) de l'Institut des sciences noétiques (Issnoe) à Genève. Où, suivant un protocole très précis, la docteure en biologie moléculaire, directrice d'Issnoe, Sylvie Dethiollaz, et son collègue psychothérapeute Claude Charles Fourrier s'appliquent à démontrer scientifiquement que la conscience est indépendante du corps. Une démarche révolutionnaire.
«C'est l'aventure scientifique du 21e siècle. La conscience est le continent inexploré, car les scientifiques ont peur de lâcher leur dogme actuel. A savoir que la conscience est inscrite dans le cerveau et l'OBE une hallucination...», a souligné le philosophe Frédéric Lenoir présent à Genève lors du vernissage du livre sur le «cas» Nicolas Fraisse, «Voyage aux confins de la conscience»* et de la conférence tenue au Théâtre de la Madeleine par les quatre protagonistes, le 30 septembre, devant plus de 200 personnes.
Peu avant, Nicolas Fraisse acceptait de nous rencontrer, généreux, chaleureux et drôle, malgré le stress précédent sa rencontre avec le public. «Au début de la semaine, dans une librairie, je suis passé devant le rayon ésotérique, et je suis tombé sur le livre. J'espérais le trouver dans les ouvrages scientifiques», raconte-t-il, déçu, mais sans perdre le sourire. «Au moins il n'y a pas d'arc-en-ciel ou de licorne sur sa couverture!»

Depuis enfant
Depuis qu'il se souvient, Nicolas Fraisse a toujours vécu des sorties de corps. «Je pensais que tout le monde en faisait», explique-t-il. Enfant, quand il s'ennuyait à l'école, son esprit partait voir ses parents ou sa grand-mère. «Ma grand-mère qui avait aussi des expériences de ce type m'a toujours encouragé. Pour mes parents, c'est resté un sujet tabou. Je crois que je suis déjà assez marginal pour eux en étant homosexuel», rit-il.
Peu à peu en voyant les réactions de ses camarades qui le prenaient pour un doux rêveur, il a préféré taire ses facultés, même s'il est convaincu aujourd'hui que chaque être humain les porte en lui. D'ailleurs, lors de la conférence, à la question de Frédéric Lenoir: «Qui a déjà vécu une OBE?», pas moins d'une trentaine de mains se sont levées.
«Si tous ceux qui vivent ces phénomènes pouvaient faire leur coming out, je pense que ça pourrait vraiment faire avancer la science et les mentalités», estime Nicolas Fraisse, qui n'a personnellement rien à prouver et dont les proches, à force de le tester au quotidien, ne doutent plus de ses capacités.
Au fil des années, grâce aussi au soutien d'Issnoe, il a réussi à affiner et approfondir ses aptitudes. Il arrive ainsi aujourd'hui à sortir de son corps, quasi sur demande. Et explique l'impensable, avec des mots qui ne peuvent traduire l'intensité de l'expérience: «Je sens mon corps se décaler un peu vers l'avant, puis une sorte de vortex et un éclat de lumière, comme un flash. Je me retrouve alors ailleurs. Je vois à 360°, je communie avec tout ce qui est présent, je suis toute la scène.»
Le jour, il peut utiliser ses facultés pour des détails très concrets, comme aller voir le menu de la cafétéria. La nuit, avant de s'endormir, il fait des voyages fabuleux dans le cosmos, entre planètes et étoiles, avec une fascination particulière pour une nébuleuse d'un bleu profond.

De comptable à infirmier
De nature optimiste avec une propension à s'émerveiller de tout, Nicolas Fraisse a toutefois vécu des expériences particulièrement angoissantes, tel ce moment où il s'est retrouvé coincé dans une obscurité totale et oppressante, ou dans le corps d'un autre homme, qui buvait sa bière devant un match de foot...
Des phénomènes qu'il arrive aujourd'hui à maîtriser, voire à sublimer, en incorporant des animaux notamment, du poisson à l'oiseau en passant par la biche et la panthère...
Il s'est aussi découvert des facultés de vision à distance, de télépathie et de médiumnité. Soucieux de respecter un cadre éthique, il freine sa curiosité d'aller voir ce que font ou pensent ses proches.
Ces dernières années, le comptable qu'il était est devenu infirmier. «J'avais besoin d'être en lien avec les humains et de les aider dans leurs souffrances, en restant dans un métier technique», raconte celui qui tient à garder les pieds sur terre, et vient d'être engagé dans un hôpital, dans le service de réanimation...
Face à ces différents niveaux d'être au monde, qui est-il finalement? «Je me sens un peu comme une poupée russe. L'identité la plus petite est celle qui parle maintenant. En sortie de corps, je suis une poupée plus large... Au début, j'avais l'impression que mon corps était une prison pour ma conscience. Avec le temps, j'ai plutôt l'impression que c'est la conscience qui a créé mon corps, pour se voir elle-même. Comme l'homme a créé le miroir. En OBE, ma conscience semble être en expansion, dans une fréquence de vibration différente.» Une vision qui fait écho à la physique quantique et aux conclusions du livre. A lire absolument...

Aline Andrey


* «Voyage aux confins de la conscience. Dix années d'exploration scientifique des sorties hors du corps. Le cas Nicolas Fraisse», Sylvie Dethiollaz et Claude Charles Fourrier. Guy Trédaniel éditeur, septembre 2016.

 

 

Edition n° 41/42 du 12 octobre 2016

 
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