A Rolle Nissan International signe son forfait fiscal
Le constructeur automobile délocalise sauvagement 92 postes de travail de son siège européen

Nissan International a annoncé à 92 employés de son siège européen de Rolle la délocalisation de leurs postes de travail à Paris. Mais selon Unia, Nissan n'a pas respecté la procédure de consultation en cas de licenciement collectif. Et la société se refuse à reconnaître le mandat collectif de représentation confié au syndicat par le personnel.

«On nous a dit, c'est très simple, vous acceptez de partir à Paris ou vous serez licencié et vous n'aurez rien.» Début septembre, Nissan International a annoncé à 92 employés de son siège européen de Rolle leur «délocalisation» à Montigny-le-Bretonneux. Le constructeur automobile japonais allié à Renault souhaite concentrer sur ce site de la région parisienne plusieurs départements. Démunis face à cette décision, les salariés ont pris contact avec Unia. Le syndicat a alors organisé une assemblée du personnel et obtenu un mandat collectif de représentation. Mais la société se refuse à le reconnaître, à autoriser l'accès à ses locaux et à prolonger le délai de la procédure de consultation prévue en cas de licenciement collectif.

Procédure de consultation non respectée
«C'est une entreprise antisyndicale qui ne veut pas du tout que les salariés s'organisent pour faire valoir leurs droits», a déclaré à la presse Komla Kpogli à l'occasion d'un rassemblement devant le siège de la société mardi dernier. Entouré d'une quarantaine d'employés et de syndicalistes, le secrétaire syndical d'Unia a indiqué que la procédure de consultation n'avait pas été respectée, que les employés n'avaient eu que neuf jours pour formuler des propositions et que leur droit à l'information avait été violé. «Nous demandons que le mandat collectif soit reconnu, la mise à disposition d'une logistique, du temps disponible sur les horaires de travail, ainsi que l'établissement d'un calendrier de négociation. Ces demandes ne sont ni excessives, ni extraordinaires, elles s'inscrivent dans le partenariat social que nous connaissons en Suisse.»

Tout quitter pour garder son emploi
Entre 30 à 40% des employés concernés seraient disposés à s'installer à Paris; pour les autres, Nissan vient de concéder, sans doute en raison de l'intervention d'Unia, une indemnité sous la forme d'un mois de salaire. «Après 15 ans de travail, on va se retrouver avec un mois de salaire en guise d'au revoir et de merci alors qu'on bosse beaucoup, on accumule les heures supplémentaires et pour certains le boulot le week-end», s'indigne une salariée, qui ne peut se résigner «à tout quitter». «C'est particulièrement difficile pour ceux qui ont une famille, il paraît impossible pour le conjoint de trouver un emploi dans la région parisienne», souligne un autre employé.
«On nous dit que c'est pour des raisons d'efficience, mais trois postes viennent d'être pourvus en appelant des personnes de Paris. J'en viens moi-même et on veut maintenant m'y renvoyer», explique un troisième travailleur. «On a l'impression que ce n'est qu'une première vague. Le management ne peut s'enfermer dans une tour d'ivoire loin des départements. A terme, ils vont fermer le site et ne conserver qu'une boîte aux lettres. D'ailleurs, le tax ruling obtenu il y a dix ans pour ne pas payer d'impôts se termine l'année prochaine.»

«Le Conseil d'Etat doit intervenir»
Nissan a en effet bénéficié de largesses fiscales octroyées par le canton de Vaud dans le cadre de l'arrêté Bonny. «Du moment où Nissan a bénéficié de privilèges fiscaux, le Conseil d'Etat vaudois doit intervenir afin d'obliger la direction à négocier avec Unia un plan social digne de ce nom à défaut de conserver les emplois», estime Eric Voruz, ancien secrétaire syndical d'Unia et conseiller national, venu témoigner de sa solidarité «au nom du groupe des retraités» du syndicat.
Autre soutien, celui de Cesla Amarelle, qui, dans un message, s'est prononcée pour un renforcement des sanctions pour non-respect des règles de consultation. La conseillère nationale a aussi dénoncé ce «diktat des délocalisations» qui soumet les salariés «à des conditions de travail et de vie toujours plus dures».

«Les pressions sont énormes»
Le soir de cette action, le syndicat a reçu un courriel dans lequel la direction de Nissan s'est entêtée dans sa position: «Nous ne reconnaissons ni l'existence d'un mandat collectif conféré à Unia ni l'existence d'une représentation des travailleurs au sens de la loi. Nous n'entendons pas, non plus, mettre à disposition du personnel et de la vôtre des facilités logistiques et des heures de travail.» Une réponse qui n'étonne qu'à moitié Komla Kpogli, «au vu du passif que Nissan traîne vis-à-vis des syndicats, notamment aux Etats-Unis». L'United Automobile Workers est en effet exclu de l'usine de Canton dans le Mississippi depuis son ouverture en 2002, ne pouvant obtenir la tenue d'élections professionnelles pour les 5000 ouvriers sans ingérence patronale.
Le lendemain de la manifestation, les représentants de la direction ont promis au personnel un second mois de salaire d'indemnité si l'entreprise enregistre de bons résultats. «Ils essayent de retourner le personnel, les pressions sont énormes», indique Komla Kpogli. «Les gens ne sont pas d'accord, mais ils ont peur. C'est comme si on vivait sous une dictature», confie un jeune employé. «Il est vrai que la situation n'est pas simple pour des salariés peu habitués aux questions syndicales; c'est pour eux presque un choc culturel», estime le secrétaire syndical.
Une nouvelle assemblée du personnel devait être organisée cette semaine pour décider de la suite à donner au mouvement.

Jérôme Béguin

 

 

 

Edition n° 43 du 26 octobre 2016

 
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