Réunis nous sommes plus forts
Près de 350 délégués ont ouvert le Congrès d'Unia durant lequel ils ont défini le cap à suivre pour ces quatre prochaines années

Genève a accueilli à Palexpo le quatrième Congrès ordinaire d'Unia auquel ont assisté plus de 550 personnes. Sous le slogan «Solidaire dans la société, fort dans les entreprises», les délégués ont débattu et fixé les objectifs stratégiques du syndicat pour le rendre encore plus fort et plus combatif. De grands axes politiques ont également été discutés par le biais de six résolutions, notamment sur les relations avec l'Europe. Tirer les leçons du passé afin de mieux avancer, c'est ce à quoi s'est attelé l'organe suprême d'Unia durant ces trois jours.

C'est dans la bonne humeur que s'est ouvert le 27 octobre le Congrès d'Unia à Genève. Près de 350 délégués et 225 invités ont répondu à l'invitation.Vania Alleva, présidente d'Unia, a ouvert la grand-messe. Après avoir rappelé que la Suisse vivait l'une des crises les plus difficiles de ces trente dernières années expliquant la crispation du monde du travail, elle a rappelé la détermination d'Unia à défendre coûte que coûte les travailleurs. «Après la votation du 9 février 2014, l'abandon du taux plancher par la BNS en 2015 et les élections de l'automne dernier, il paraît clair que certains patrons préfèrent se rapprocher de l'UDC plutôt que d'honorer le partenariat social.» Ce qui posera d'énormes défis pour l'avenir... «Notre travail syndical est plus important que jamais!», a insisté la présidente. D'où l'importance du Congrès, organe suprême du syndicat qui fixe la stratégie à suivre pour la mandature à venir. «Il en va de l'intérêt de nos membres, mais aussi plus largement de la vie de millions de travailleurs et de leur famille. C'est pour eux que nous devons construire un mouvement syndical fort!» Pour ce faire, Vania Alleva est consciente qu'il faudra «tirer les leçons de ces quatre dernières années» afin de décider quel chemin emprunter pour les quatre à venir.

Gueuler pour aller de l'avant
Danielle Parmentier, présidente de la région Genève, a ensuite rappelé combien le canton du bout du lac, dont 40% de la population est étrangère, était légitime pour accueillir le Congrès. «Nous devons tous les jours nous battre contre une droite qui essaie de nous diviser et de stigmatiser les étrangers et les frontaliers.» En tant que champion du chômage et des inégalités en Suisse, Genève est aussi témoin de l'enrichissement des plus riches, notamment à travers les cadeaux fiscaux qu'on leur accorde. «Je peux vous assurer que ce n'est pas la préférence cantonale qui fera baisser le chômage!» Enfin, Danielle Parmentier a soulevé la longue tradition de lutte syndicale qui fait Genève. «Au-delà de la Versoix vous voyez souvent nos actions comme des genevoiseries, des genferei. Il est vrai que nous gueulons beaucoup, et sur tout, mais nous en avons besoin pour améliorer la justice sociale de ce pays!»

Peut mieux faire
Après avoir accepté l'ordre du jour à l'unanimité, qui prévoit notamment un petit Congrès extraordinaire le 3 décembre pour terminer de traiter les 290 propositions, un traditionnel hommage aux morts a suivi, mettant à l'honneur militants et syndicalistes partis dernièrement. C'est ensuite le rapport d'activité d'Unia qui a été soumis au vote des délégués. «Au niveau international, Unia est l'un des plus grands projets de fusion syndicale ayant eu un tel succès», a souligné Vania Alleva, rappelant la lente mais constante croissance des membres. «Nous avons su renforcer notre pugnacité et notre capacité de mobilisation, a continué la présidente. Nous n'avons perdu aucune CCT malgré les attaques agressives du côté patronal.»
Lucide, le comité directeur a admis les points faibles du syndicat sur lesquels il faut travailler. «Nous devons renforcer notre présence dans les entreprises, améliorer la protection contre les licenciements et étendre la protection des salariés par une CCT», s'est engagée Vania Alleva. La présidente a plaidé pour une meilleure efficacité du syndicat, pour plus de continuité entre les régions, pour une meilleure cohésion et pour plus de professionnalisme dans les commissions paritaires. Le rapport d'activité a été approuvé par l'assemblée.

Manon Todesco


Action coup de poing!

Pour clore la première journée, les congressistes se sont rendus au centre-ville de Genève, sur la place Neuve face au Conservatoire, pour une action symbolique. Après une mise en place rigoureuse - parfois même laborieuse - les militants, munis de pancartes réversibles, les ont dressées au-dessus de leur tête au premier coup de sifflet, matérialisant le poing de la lutte. Au second coup de sifflet, ils ont retourné leurs pancartes pour afficher cette fois une poignée de main, symbolisant la solidarité et l'union. Des gestes pour illustrer le slogan, «Ensemble nous sommes forts!»
MT


L'IPE, l'exemple genevois à suivre

La combativité de Genève n'est plus à prouver. Ce canton, de longue tradition syndicale, est très actif sur le terrain et sur la scène politique. C'est un canton qui ose. Ainsi est née, entre autres, la Communauté genevoise d'action syndicale (CGAS), une instance unique en Suisse. Après nombre de procédures et recours, la CGAS a enfin vu se concrétiser l'Inspection paritaire des entreprises (IPE), prévoyant la nomination d'inspecteurs issus du monde syndical et du monde patronal chargés de contrôler les conditions de travail dans les entreprises et de dénoncer ces dernières si des infractions sont constatées. Steven Beresford, l'un des heureux élus à ce poste côté travailleurs, s'est exprimé devant les congressistes. «C'est enfin au tour des patrons de risquer une procédure pénale s'ils refusent de nous laisser pénétrer dans les locaux de l'entreprise!» Pas peu fier de participer à ce projet, Steven a néanmoins conscience des accusations d'amateurisme qui les guettent. «C'est encore vu comme une genferei, mais aujourd'hui, le résultat est là! Il s'agit de remettre les militants au cœur du travail syndical, et ceci est le fruit d'un syndicat qui lutte et qui ose!» Et d'interpeller ses camarades: «Inspirez-vous de cet exemple dans vos régions, la barrière des cantons n'est pas infranchissable!» C'est dit!
MT


L'Europe au cœur du débat

Jacques de Watteville, secrétaire d'Etat et négociateur en chef avec l'Union européenne, s'est exprimé sur la mise en œuvre de l'initiative de l'UDC contre «l'immigration de masse»

En marge de la discussion autour de la résolution «protection des salaires» (lire en pages 6 et 7), le Congrès a accueilli Jacques de Watteville. Le secrétaire d'Etat et négociateur en chef avec l'Union européenne a tout d'abord rappelé à quel point il était crucial d'entretenir de bonnes relations avec l'UE. «Grâce aux accords bilatéraux mis en place il y a 20 ans, la prospérité de notre pays s'est accrue.» Perdre l'accès à un marché européen de 500 millions de personnes serait donc plus que regrettable. «Nous devons maintenir la voie bilatérale, sans quoi la Suisse devra faire face à des délocalisations, à un ralentissement de la croissance et à une baisse des rentrées fiscales.»
Le secrétaire d'Etat est ensuite revenu sur la chronologie des négociations qui se tiennent depuis 2014 entre la Suisse et l'UE liées à la modification de l'article 121a de la Constitution. «La mise en place de contingents violerait les accords de libre circulation, c'est pourquoi notre défi est de trouver une solution tout en consolidant l'accord bilatéral.» Entre la frilosité de l'UE à mener les discussions à bien et le Brexit en Angleterre, les négociations ont souvent été relayées au second plan.
Aucune solution n'ayant été trouvée entre les deux parties, le Conseil national a proposé le 21 septembre une «préférence nationale» dite light, désormais entre les mains du Conseil des Etats. «Nous sommes actuellement dans une phase importante et délicate, poursuit Jacques de Watteville. Le Conseil fédéral veut continuer sur la voie bilatérale, qui nous assure prospérité et indépendance.» Il semblerait que les négociations entre les deux parties aient repris.
Dans son discours, le secrétaire d'Etat a insisté sur l'importance des mesures d'accompagnement à la libre circulation et s'est félicité du plan d'action dévoilé par le Gouvernement en mars dernier incluant la lutte contre la sous-enchère, le travail au noir et la protection des conditions de travail. «Le Conseil fédéral accorde une grande importance à vos préoccupations et à vos revendications.»
Pas assez, à en croire Unia. Si le syndicat prône lui aussi le maintien des bilatérales, il estime qu'il y a encore beaucoup à faire en matière de protection des salaires et des droits des travailleurs. En guise de réponse, Vania Alleva a remis un message au secrétaire d'Etat, enfermé dans une bouteille. «Nous craignons que les intérêts des travailleurs soient sacrifiés au profit des intérêts économiques. Nous comptons donc sur vous pour relayer ce message à Berne et à Bruxelles afin qu'une solution non discriminatoire soit trouvée.»
Alessandro Pelizzari, secrétaire régional d'Unia Genève, a martelé l'urgence de protéger les salaires et les emplois plutôt que les frontières. «A Genève, nous vivons pleinement la libre circulation avec 80000 travailleurs frontaliers. Malgré la prospérité de la région, Genève est soumise à une pression salariale très forte et à une mise en concurrence accrue des travailleurs, qui font le lit des partis xénophobes. Au lieu de céder à cette droite radicalisée, il y a un consensus à Genève qui vise à renforcer les mesures d'accompagnement. Et je regrette que jusqu'ici, les syndicats n'aient jamais été consultés dans le cadre de la mise en œuvre de l'initiative du 9 février. Light ou pas, la préférence cantonale reste discriminatoire!»
MT

 

 

 

 

 

Edition n° 44 du 2 novembre 2016

 
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