Le bonheur on le crée
Président de la commission du personnel de Constellium Benoît Constantin oeuvre à la préservation des acquis

Alusuisse, Algroup, Alcan, Rio Tinto... Spécialisée dans la production de produits en aluminium, l'entreprise valaisanne a changé plusieurs fois de nom et de propriétaire avant de devenir Constellium. Des épisodes vécus de l'intérieur par Benoît Constantin, travaillant depuis 25 ans dans la société. Un feuilleton qui, relève cet opérateur de machine de 52 ans, s'est traduit par une forte diminution des effectifs: «Des quelque 3000 travailleurs de l'époque, nous sommes passés à 870 aujourd'hui.» Réduction du personnel mais aussi nouveau mode de management. «J'ai commencé dans une usine très sociale. Aujourd'hui, ce volet a été abandonné au profit de la seule rentabilité. Fini la compassion. Mais cette situation n'est pas propre à Constellium. C'est le monde du travail d'aujourd'hui.»

Tâche difficile
Pas de quoi décourager cet homme qui, marchant dans les traces de son père, est syndiqué depuis 1989 et s'est engagé de nombreuses années comme membre de la commission du personnel avant d'en prendre la tête. Nommé président depuis le début de l'année, le Valaisan, soucieux de justice sociale, militant pour une solidarité essentielle - «l'individualisme est la pire chose qui peut arriver aux humains» -, relève avoir à cœur la défense des rares acquis restants. Et entend bien veiller au respect de la convention collective de travail. Un défi dans la conjoncture actuelle, l'entreprise ayant subi de plein fouet l'abandon du taux plancher par la Banque nationale. Gel des salaires, pertes des jours chômés, mise à la retraite anticipée, licenciements, réengagement de temporaires... «Le franc fort nous tue. Heureusement nous avons été très réactifs. Sinon, pas sûr que nous existerions encore», soupire Benoît Constantin qui sait sa marge de manœuvre, dans la configuration actuelle, pour le moins réduite. «A la fin 2017, nous entamerons de nouvelles négociations. Nous tenterons de débloquer la situation. Mais la tâche s'annonce difficile», poursuit l'opérateur de machine ayant rempli différentes fonctions dans l'usine avant d'occuper ce poste qu'il apprécie. «Un travail minutieux et intéressant! L'aluminium n'est pas une matière morte. Chaque profil se révèle particulier. Sans être de l'horlogerie, leur réalisation nécessite précision et expérience.» Des compétences que Benoît Constantin a acquises dans l'entreprise, l'homme ayant une formation... de cuisinier. Un métier qu'il a exercé quelques années.

Chanter pour se ressourcer
Après avoir travaillé 5 ans dans un restaurant à Lausanne, Benoît Constantin jette le tablier, épuisé par des horaires pesants et «un manque de reconnaissance». De retour en Valais, il gère le premier fast-food ouvert dans le canton, à Sion. «Nos hamburgers étaient maison» se défend-il, interrogé sur ce changement douteux d'orientation culinaire. Deux ans plus tard, suite à la vente de l'établissement, l'exploitant prend un virage radical et postule à Alusuisse où travaille déjà son père. «Des regrets? Aucun. Le job de cuisinier n'était guère compatible avec la vie de famille à laquelle je suis très attaché. Et j'ai appris à mon épouse à faire de bons petits plats. Elle m'a, depuis, largement dépassé», sourit le quinquagénaire, père de trois garçons, précisant avoir conservé son plaisir de la table. «Partager un repas et un verre avec des gens qu'on aime... Voilà un des plus beaux moments de l'existence», s'enthousiasme l'homme qui apprécie aussi le chant - il est membre d'une chorale - et faire de la randonnée. «Des activités qui me ressourcent. J'oublie alors tout. Je décroche complètement», note le Valaisan qui revendique cette identité, la définissant en substance par un caractère franc de collier et bien trempé et une ouverture aux autres qui, si elle nécessite du temps peut, la confiance gagnée, déboucher sur une amitié inaltérable. Qui ne supportera aucune trahison...

Artisan de son bonheur
«Les Valaisans sont un peu comme les Corses et les Bretons... Je suis fier de mon drapeau mais pas pour autant fermé au monde», précise Benoît Constantin qui estime que chacun devrait bénéficier du «droit d'être comme il est». Et déplore les tentatives de formater déjà les enfants à l'école...
De nature optimiste, avenant et sympathique, Benoît Constantin croit aux humains et reste persuadé qu'ils vivront un jour en paix. «Je sais, ça peut sembler utopique, mais je le pense vraiment même si je ne le verrai pas.» Son caractère sociable ne l'empêche pas pour autant de piquer des colères noires, lui qui ne supporte pas «les menteurs, les voleurs et l'injustice». «Certaines situations, informations, me font bondir. Il m'arrive d'intervenir dans la rue. Je suis un impulsif, mais le soufflet retombe rapidement et j'ai quand même tendance à me calmer avec l'âge», rigole cet homme qui affirme, sans aucune hésitation, être heureux. «Le bonheur, on le crée. C'est le résultat de ce qu'on a mis en place jusqu'à présent. J'assume tous mes choix - une approche que j'essaie d'inculquer à mes enfants - et j'espère que mes cinquante prochaines années ressembleront à celles-ci.» Avec, cerise sur le gâteau, un voyage qu'il ferait bien dans le Nord, lui qui rêve d'assister à une aurore boréale...

Sonya Mermoud

 

 

 

 

Edition n° 45 du 9 novembre 2016

 
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