La chaleur du Maghreb
Basma Pichonnat vit à Lausanne depuis 4 ans. Elle est la nouvelle directrice et esthéticienne du hammam Le Charme de l'Orient

Basma signifie sourire. Un prénom qui lui sied à merveille. En ce jour pluvieux et froid, elle nous accueille dans son hammam, une petite oasis où la température dépasse allègrement les 40 degrés. Baptisé «Le Charme de l'Orient», il porte aussi bien son nom. Niché dans un immeuble disgracieux de la gare de Pully, il est difficile d'imaginer de l'extérieur que s'y cache un petit bijou maghrébin: le salon avec ses coussins, le thé à la menthe, les petites lumières de couleurs, les bougies, les mosaïques... Bref, le voyage à portée de main.
Créé il y a une dizaine d'années par Rouba Engweiler, Suissesse d'origine algérienne, cet espace vient d'être repris par Basma Pichonnat. «J'y venais régulièrement comme cliente. C'est le seul dans la région qui me rappelle ceux de mon pays.» Elle avoue toutefois qu'il arrive que la tradition soit détournée même «au bled». «La semaine dernière j'étais à Djerba dans un hôtel. Le hammam était trop froid, le gommage mal fait... c'était un truc pour touristes», se désole la Tunisienne.

Le hammam comme rituel
«Traditionnellement, on va tous au hammam - les hommes à certaines heures et les femmes à d'autres bien sûr - au minimum une fois par semaine. Les bienfaits sont nombreux pour le corps, mais aussi pour la tête. C'est bon en cas d'arthrose, de problèmes d'articulations, mais aussi de stress ou de dépression», explique Basma Pichonnat. Véritable lieu de soins, c'est aussi un espace de socialisation - les femmes y parlent beaucoup - et un rituel qui rythme les grands événements. «Avant mon mariage, je me suis rendue au hammam avec ma mère, mes cousines, des amies, les voisines. On était une soixantaine», raconte-t-elle avant de relever que, faute de temps, la cérémonie fut petite. «Il y avait environ 250 invités... Pour mon mari suisse c'était déjà beaucoup», sourit-elle.
Les noces ont eu lieu peu après la révolution. Si Basma Pichonnat n'aime pas parler politique, elle relève toutefois: «Ben Ali était un dictateur. Il a travaillé pour le peuple pendant deux ans à peine, et après plus que pour la famille de sa femme. J'étais heureuse qu'il parte. Mais, aujourd'hui, ça fait mal de voir les difficultés économiques et politiques de mon pays...»

Le coup de foudre
Que de chemin parcouru pour celle qui est née à Tunis, mais suivra son école secondaire à Zaghouan, le village de ses parents, connu pour ses montagnes, son eau pure et ses petits gâteaux aux amandes. «Mon père était toujours malade à Tunis et mon frère asthmatique. On a donc décidé de quitter la pollution de la ville...» Elle retrouvera toutefois la capitale pour poursuivre ses études en informatique.
Il y a six ans, à l'occasion d'une réunion professionnelle à Paris, elle rencontre son futur mari, un Suisse ingénieur en informatique. «Le coup de foudre», résume celle qui croit au destin et n'hésitera pas à s'exiler par amour. «Je n'ai jamais imaginé quitter mon pays. Je ne connaissais pas la Suisse, mais j'avais déjà voyagé ailleurs en Europe.» C'est d'ailleurs en Norvège que sa vocation d'esthéticienne s'est révélée, suite à une visite dans un institut. «C'était comme une évidence: l'envie d'apprendre ce métier.» Elle suivra ainsi une formation complète en Tunisie, en parallèle à son poste de cadre dans une boîte d'informatique de Tunis.

Indépendante par nature
Une fois installée en Suisse, l'informaticienne décide donc tout naturellement de se lancer dans l'esthétique. Indépendante par nature, bosseuse, elle ne baisse pas les bras malgré les embûches. «J'ai eu des collaborations difficiles avec des gens malhonnêtes, mais finalement, grâce à Dieu, mon voisin m'a proposé de reprendre son local le 1er septembre 2015 et j'ai créé mon propre institut. Et puis une année après, jour pour jour, j'ai repris le hammam, moi qui rêvait depuis si longtemps d'en ouvrir un.»
Ce qu'elle aime en Suisse? «Ses paysages magnifiques, les filets de perche de mon beau-père, la raclette... Et j'ai beaucoup d'amis. Plus que mon mari, c'est fou non?»
Ce qui lui manque de la Tunisie? «Ma famille», lance-t-elle sans hésiter. Ses yeux s'embuent d'un coup. Elle vient de la quitter et le mal du pays se fait ressentir. «C'est toujours un peu difficile de rentrer. Même pour mon mari.»
Puis une larme coule à l'évocation de la difficulté d'être musulmane en Europe... «Ces gens qui tuent ne sont pas des musulmans. Ils donnent une fausse et terrible image de l'Islam. Cela me rend triste. Un musulman, c'est quelqu'un qui donne à manger à l'autre avant de se nourrir lui-même, qui se soucie de son voisin, qui veut faire le bien, aider son prochain. L'Islam, c'est la paix.»

Aline Andrey

www.hammam-pully.ch

 

Le témoignage radiophonique de Basma Pichonnat sera diffusé le mardi 29 novembre, entre 18h et 19h, sur www.django.fm, en direct et en public du centre socioculturel Pôle Sud à Lausanne (émission accessible ensuite sur le site internet).

 

 

Edition n° 46/47 du 16 novembre 2016

 
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