Face au risque d'un vide conventionnel les travailleurs protestent
Quelque 500 employés du second œuve romand ont interrompu leur travail pour dénoncer la résiliation de leur CCT

A l'appel des syndicats Unia et Syna, plus de 500 travailleurs se sont mobilisés face au vide conventionnel qui s'annonce pour le 1er janvier 2017 suite à la décision du patronat de résilier la CCT, ouvrant ainsi la porte au dumping salarial. Dans tous les cantons, des peintres, des plâtriers, des menuisiers, des poseurs de sol, des vitriers, entre autres salariés du second œuvre romand, ont interrompu leur travail. Un premier avertissement pour leurs employeurs... qui ont accepté de reprendre les négociations quelques jours plus tard.

Environ 500 travailleurs du second œuvre romand ont manifesté leur désaccord le 18 novembre face à l'attitude irresponsable du patronat de résilier leur Convention collective de travail (CCT). Dans tous les cantons romands, ils ont participé à des interruptions de travail dès la pause de midi. A l'appel d'Unia et de Syna, des rassemblements ont eu lieu à Renens, Bulle, Sion, Chêne-Bougeries, Neuchâtel, Delémont et Brigue. Les syndicats, appuyés par les travailleurs, demandent ainsi aux employeurs de faire marche arrière et de revenir à la table des négociations. Car la dénonciation de la CCT signifie qu'à partir du 1er janvier 2017, plus de 25000 salariés n'auront plus de garantie sur les salaires minimums, le treizième salaire, la cinquième semaine de vacances et les protections accrues contre le licenciement des travailleurs de plus de 50 ans. Une décision qui ouvre aussi la porte au dumping salarial.
Unia et Syna rappellent, dans un communiqué commun, «qu'ils ne se contenteront pas d'une prolongation en l'état de la CCT». «Des améliorations matérielles s'imposent sans attendre, notamment en ce qui concerne la compensation de la perte du pouvoir d'achat des salariés», entre autre due aux «augmentations incessantes des primes d'assurance maladie et de l'absence d'adaptations générales des salaires pendant quatre ans lors de la dernière période conventionnelle. Des améliorations sont possibles et amplement méritées en regard de la vitalité économique de la branche.»

Renforcer le mouvement
«C'est le gros boom de la construction, ça n'arrête pas de construire», relève l'un des quelque 70 travailleurs réunis, à l'invitation d'Unia, dans la salle de spectacle de Renens à la pause de midi. Son collègue ajoute: «Tout va bien dans le secteur, mais on ne nous augmente pas depuis quatre ans, et on nous demande encore des efforts!» Un comble pour ces ouvriers, à qui l'on demande toujours plus de travail en toujours moins de temps. «Ce que je constate aussi, c'est une tendance à licencier les anciens qui coûtent plus cher, pour réengager juste derrière des jeunes sans formation», explique un autre. Payés à l'heure, un peintre et plusieurs plâtriers relèvent s'être sentis libres de participer à l'action: «On prend sur nos heures. C'est dommage, beaucoup de nos collègues ne sont pas venus. Peut-être qu'ils ne sont pas inquiets, ou alors ils n'osent pas, ont peur et comptent donc sur nous. Mais ne pas manifester aujourd'hui, c'est accepter la décision des patrons...» Beaucoup de travailleurs ont également fait face à des pressions ou à des manœuvres pour les empêcher de se mobiliser (surplus de travail, déplacement inhabituel sur d'autres chantiers...).
Au micro, sur la scène, Lionel Roche, responsable du second œuvre vaudois à Unia, est lucide: «Le mouvement doit se renforcer. Et pour avoir la force nécessaire d'atteindre nos revendications, nous avons besoin d'un syndicat organisé et de comités de secteur représentatifs. Alors venez nous rejoindre, car la force du syndicat, c'est vous!»
A l'heure où nous mettions sous presse lundi, patronat et syndicats étaient de retour à la table des négociations. Aldo Ferrari, responsable du second œuvre romand relevait quelques jours auparavant: «Nous sommes contents. La mobilisation a porté ses fruits: les patrons nous ont recontactés pour reprendre sans condition les négociations.»


Aline Andrey

 

 

Edition n° 48 du 30 novembre 2016

 
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