Mobilisés les travailleurs de Richemont obtiennent un plan social
Les indemnités de départ sont augmentées les mesures de reclassement améliorées et le nombre de licenciements revu à la baisse

Il y a un mois, le numéro trois mondial du luxe avait signifié son intention de fermer 211 postes de travail dans les manufactures de Vacheron Constantin et Piaget à Plan-les-Ouates (GE), La Côte-aux-Fées (NE) et la Vallée de Joux (VD). S'ajoutant aux quelque 500 emplois déjà supprimés depuis une année dans le groupe, cette nouvelle restructuration avait provoqué la colère des travailleurs. 700 d'entre eux avaient manifesté le 24 novembre.

Jeudi dernier, le syndicat Unia, les représentants du personnel des entreprises Vacheron Constantin et Piaget et la direction de Richemont ont finalement trouvé un accord sur un plan social. Le groupe genevois a accepté d'améliorer ce dernier et le nombre de licenciements dans les manufactures des deux marques à Plan-les-Ouates (GE), La Côte-aux-Fées (NE) et la Vallée de Joux (VD) sera revu à la baisse. Il y a un mois, le numéro trois mondial du luxe avait signifié son intention de fermer 211 postes de travail. S'ajoutant aux quelque 500 emplois déjà supprimés depuis une année, cette nouvelle restructuration avait provoqué la colère des travailleurs. Le 24 novembre, 700 salariés avaient manifesté dans les cantons de Vaud et Genève, rappelant que Richemont a enregistré un bénéfice de 2,4 milliards de francs en 2015 et que ses dirigeants sont parmi les mieux payés de Suisse. Le 5 décembre, à l'issue de la période de consultation, plus de 60% des employés avaient refusé le plan social proposé par la direction. Le lendemain, environ 150 salariés s'étaient encore rassemblés devant le siège de Vacheron Constantin à Plan-les-Ouates pour soutenir la demande d'une prolongation du délai de consultation.

Une décision incompréhensible
«Le climat est lourd, tout le monde a peur. C'est particulièrement difficile pour ceux qui ont des enfants, des crédits, une maison à payer. Et personne ne comprend cette décision alors que 600 millions de bénéfices ont été fait en six mois», confie ce jour-là un employé de Vacheron Constantin. «C'est d'autant plus incompréhensible qu'on a beaucoup de travail à l'atelier des complications. On a donc l'impression que ces licenciements n'ont pas d'autre but que de faire plaisir aux actionnaires», souligne ce délégué syndical. «L'ambiance est vraiment difficile, tout le monde se regarde en se demandant qui va être sur la liste des licenciés», confirme un salarié de Piaget. «Le plan social n'est pas à la hauteur des bénéfices de Richemont qui a réalisé des bénéfices importants durant plusieurs années. Et ce n'est pas comme si on allait retrouver du travail facilement. Ceux qui ont plus de 50 ans n'ont d'ailleurs pratiquement aucune chance. Avec mes 20 ans d'ancienneté, l'indemnité de licenciement me permettrait de tenir un an, ensuite il ne me resterait que le chômage durant une année, soit 57% de mon dernier salaire brut comme j'habite en France», explique ce père de trois enfants. «On devrait se recycler, travailler à l'hôpital, dans l'aide aux personnes ou dans l'industrie d'armement qui se porte à merveille puisque tout le monde se tape dessus un peu partout...»

Au bout des négociations
Un nouveau round de négociation s'est tenu le 7 décembre. «On a ferraillé sur le plan social durant plus de six heures», raconte Noé Pellet, secrétaire syndical d'Unia Vaud. «Il n'y a eu aucune entrée en matière de la part de la direction de notre demande de réduction de l'horaire de travail.» Si la demande de chômage partiel a été refusée, la délégation syndicale a obtenu une majoration des indemnités de départ de 20% pour les employés âgés de plus de 45 ans et de 15% pour les autres. Les mesures de reclassements ont été améliorées et le budget de formation pour les personnes licenciées augmenté. Et le nombre de licenciements sera revu à la baisse en raison de départs volontaires.
Le lendemain, ce plan social amélioré était approuvé à la quasi unanimité des 200 employés de Richemont à la Vallée de Joux. «Les travailleurs étaient satisfaits du travail accompli, tout en restant très amers face à ces licenciements qui interviennent après des bénéfices records. On reste d'avis que Richemont avait les moyens de faire autrement. On est allé au bout des négociations et, ma foi, le cadre légal est ce qu'il est. Il va y avoir beaucoup de départs volontaires, certains vont saisir l'opportunité de recevoir cette indemnité pour se former et réorienter leur carrière. Mais d'autres vont être licenciés, ils vont tout perdre et ça va être dramatique. Passé 50 ans, il est extrêmement difficile de retrouver un emploi.»

Un renouveau militant
A Genève, l'assemblée de personnel a réuni plus de 500 travailleurs de Vacheron Constantin et Piaget. 450 ont accepté le plan alors qu'une trentaine le refusait. «C'était une assemblée très émotionnelle, avec des gens qui ont pleuré. Nous avons eu une grande discussion et le sentiment qui s'est dégagé est qu'on a fait tout ce qui est possible et que cela en valait la peine», indique Alessandro Pelizzari, secrétaire régional d'Unia Genève. «Nous avons réussi à améliorer le plan social dont Richemont ne voulait au départ pas changer une seule virgule. Nous avons décroché quelques millions qui n'iront pas dans la poche des actionnaires. Certes, la déception est grande, à la hauteur de la mobilisation, car nous avons perdu la bataille pour l'emploi. Richemont a largement les moyens de réorienter sa production sans recourir à des licenciements. Mais c'est la première fois depuis des décennies que dans l'horlogerie des travailleurs se battent contre un licenciement collectif. Il y a un renouveau militant. C'est quelque chose sur lequel on va pouvoir construire.»

Jérôme Béguin

 

 

Edition n° 50 du 14 décembre 2016

 
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