Qu'il gèle ou qu'il vente les échafaudeurs poursuivent leur dur labeur
Les entreprises d'échafaudage mettent en danger la sécurité des travailleurs dénonce Unia Genève

La région lémanique était récemment placée en alerte de niveau 3 par Météo Suisse en raison d'une forte bise et de températures négatives. Malgré les risques, la plupart des entreprises de montage d'échafaudages ont poursuivi leurs activités, à l'instar d'Echami, la plus importante société de la branche à Genève.

Les entreprises d'échafaudage mettent en danger la sécurité des travailleurs, a dénoncé mercredi dernier Unia Genève. Alors que la région lémanique était placée en alerte de niveau 3 par Météo Suisse en raison d'une forte bise et de températures négatives, le syndicat a organisé une conférence de presse devant un chantier de la rue Michel-Servet, dont le montage des échafaudages a été confié à Echami, la plus importante société de la branche à Genève. «Ces derniers jours, nous avons constaté qu'une grande majorité des entreprises d'échafaudage continuent de travailler, contrairement à d'autres branches du bâtiment qui ont stoppé leurs activités. Le travail de montage d'échafaudages est déjà l'un des métiers les plus risqués du bâtiment et, lorsque les plateaux en métal gèlent et deviennent très glissants, c'est jouer avec la vie même des travailleurs», a expliqué José Sebastiao, secrétaire syndical d'Unia Genève, au pied de l'échafaudage.
«Il est très difficile, voire presque impossible de travailler», confirme un échafaudeur. Du fait des fortes rafales de vent qui balaient les étages et le toit, la température ressentie descend facilement en dessous des -10 degrés et certaines opérations nécessitent d'enlever les gants. «Il faudrait arrêter de travailler par ce froid, ça devrait être une loi. On travaille assez le reste du temps», estime l'ouvrier.

Le rôle de l'Ocirt
«Les directives fédérales sont impératives, les travaux doivent être stoppés lorsqu'il y a un danger pour la santé et la sécurité des travailleurs», indique Umberto Bandiera, secrétaire syndical d'Unia Genève. Il incombe en outre aux employeurs de veiller à ce que chaque travailleur dispose de l'équipement adéquat et puisse se réchauffer à son poste de travail. Une pause régulière en fonction du niveau de froid doit notamment être observée dans un endroit chauffé. «Mais comment pouvons-nous contrôler? Cela devrait être le rôle des autorités et, en particulier, de l'Office cantonal de l'inspection et des relations du travail (Ocirt).» La convention collective de travail (CCT) pour les échafaudeurs suisses prévoit aussi un droit de consultation du personnel pour juger si une suspension de l'activité est nécessaire lorsque les «conditions météorologiques mettent en péril la santé du travailleur». Mais selon le syndicat, les ouvriers du chantier n'ont pas été consultés en ce sens. «En cas d'interruption, les indemnités versées les deux premiers jours aux salariés sont à la charge des employeurs, qui ne sont donc pas pressés d'utiliser cette disposition. Et la moitié des employés sont des temporaires, qui se disent qu'en rentrant à la maison ils vont perdre de l'argent. Nous demandons depuis longtemps la constitution d'un fonds paritaire pour les intempéries.»

«Conditions atroces»
Pour le secrétaire syndical, «il est aussi de la responsabilité de la direction des travaux de stopper un chantier». Croisé justement sur le chantier, l'architecte reconnaît que «les conditions de travail sont atroces». «L'échafaudeur m'a dit que les ouvriers venaient contrôler et renforcer la toiture en raison du vent. On a décidé que certains travaux ne seraient entrepris qu'à partir de la semaine prochaine», se justifie-t-il. La présence d'ouvriers sur les échafaudages d'Echami n'aurait d'autre but que de sécuriser les installations s'est du reste défendu dans les médias l'administrateur de la société. L'argument ne convainc pourtant pas les syndicalistes. «Ils vérifient et ensuite poursuivent le travail», juge Umberto Bandiera.
Le sort des échafaudeurs pourrait s'améliorer si la branche était intégrée au secteur principal de la construction, comme le revendiquent les syndicats dans le cadre des négociations pour le renouvellement de la CCT. «Nous réclamons également la limitation du travail temporaire ainsi que 120 francs mensuels d'augmentation», souligne José Sebastiao. «Les patrons ne nous proposent que 15 francs pour les ouvriers qualifiés et rien pour les manœuvres qui constituent la grande part de la main-d'œuvre. Ça ne va pas!»

Jérôme Béguin

 

 

Edition n° 4 du 25 janvier 2017

 
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