Un référendum se prépare contre Prévoyance vieillesse 2020
Lors des Assises des retraites des syndicalistes et militants romands ont décidé de lancer le référendum contre PV2020

Plus de 80 personnes ont répondu à l'appel de la Communauté genevoise d'action syndicale et de l'Union syndicale vaudoise pour discuter de la réforme des retraites. Une large majorité a décidé de préparer un référendum contre le projet Prévoyance vieillesse 2020, quelles que soient les éventuelles compensations proposées.

«En l'état et quelle que soit sa version, Prévoyance vieillesse 2020 est inacceptable.» La conclusion, relayée par un communiqué de presse des Assises des retraites organisées le samedi 14 janvier à Lausanne par la Communauté genevoise d'action syndicale (CGAS) et l'Union syndicale vaudoise (USV), ne laisse donc aucun doute quant au lancement d'un référendum.
Le samedi 14 janvier, au lendemain de la décision du Conseil national de maintenir sa position de démantèlement des rentes (lire L'ES du 18 janvier), plus de 80 personnes, majoritairement des représentants syndicaux et des membres de partis de gauche des cantons de Genève, Vaud et Neuchâtel, ont débattu sur la position à adopter face au projet de «contre-réforme» (tel qu'ils le nomment) Prévoyance vieillesse 2020 (PV2020). Pour la quasi-totalité d'entre eux, aucune compensation ne peut contrebalancer l'augmentation d'une année de l'âge de la retraite des femmes et la baisse du taux de conversion avec pour conséquence la réduction des rentes du 2e pilier. Le référendum doit donc être lancé. Une décision allant dans le sens des prises de position de plusieurs instances syndicales, notamment du Congrès de l'Union syndicale suisse (USS) en 2014 déjà. Cet automne, les délégués d'Unia avaient aussi décidé dans une résolution de combattre «par la voie référendaire de telles attaques contre nos droits».
«Le supplément de 70 francs de l'AVS (uniquement pour les nouveaux retraités, ndlr) et le déplafonnement de la rente de couple de 5% ne représentent qu'un "susucre" qui ne compensent pas ce recul des droits», s'est insurgée Michela Bovolenta, secrétaire centrale du SSP lors des Assises.

Mobilisation sociale nécessaire
L'importance de la mobilisation sociale parallèlement à l'organisation du référendum a été aussi discutée. «Allons tous à Berne le jour du vote ou lançons une grève nationale» a proposé Albert Anor, président du SSP Genève et délégué à l'USS. Et son collègue, Max Robert, de souligner: «Un quart des habitants de ce pays n'ont pas le droit de vote, on monte donc sur le ring avec un bras dans le dos.»
«Il s'agit de mobiliser sur les lieux de travail également, et de revenir à une notion de classes», a ajouté le président de l'USV, Jean-Claude Cochard. Jean Blanchard, secrétaire général du Mouvement populaire des familles, a rappelé aussi le grand besoin d'information: «Pour beaucoup de jeunes, l'AVS c'est foutu. Or l'AVS fonctionne très bien. Le travail d'information à la population est donc essentiel.»
Jean Batou, membre de Solidarités, a présenté une proposition d'initiative afin d'intégrer le 2e pilier dans le 1er. «Il s'agit de proposer une alternative à long terme, en plus du référendum.» Son collègue de parti, Pablo Cruchon a renchéri: «Le meilleur moyen de lancer le référendum est de l'accompagner de cette initiative pour réenchanter l'avenir et contrer l'attaque organisée des patrons sur la qualité de nos vies!» Une position partagée par certains, tant les critiques sur le 2e pilier ont été vives, mais jugée trop utopique par d'autres.

Des compensations relatives
Le vice-président d'Unia, Aldo Ferrari, et la secrétaire de l'USS, Doris Bianchi, ont quant à eux rappelé l'importance des compensations accordées par le Conseil des Etats, ainsi que la bataille perdue de l'initiative syndicale AVS+. «Sachons raison garder», a souligné Aldo Ferrari. «Mais il est certain que sans les 70 francs de compensation, l'USS lancera le référendum.» De nombreuses inquiétudes sont venues des militants quant à la position mesurée des instances dirigeantes de l'USS qui pourraient ne pas soutenir le référendum en cas de compensations...
«Les bourgeois savent qu'il faut des contreparties pour faire passer la pilule. Alors que l'essentiel du projet est un recul majeur», a lancé Agostino Soldini, secrétaire central du SSP. Et sa collègue Maria Pedrosa d'asséner: «L'augmentation de l'âge de la retraite des femmes augure une hausse pour tous! Un an de plus pour économiser un milliard sur le dos des femmes, c'est inacceptable!» Alors qu'elles n'ont toujours pas obtenu l'égalité salariale, ni celle d'une répartition équitable des soins aux proches ou des tâches ménagères. Michela Bovolenta a encore souligné: «Si on ne lance pas ce référendum, la hausse à 65 ans, c'est pour tout de suite. Soit 4 mois de plus dès 2018 pour les femmes ayant 63 ans, 8 mois de plus en 2019 pour celles ayant 62 ans, et 1 an de plus pour toutes les femmes dès 2020. Ce seul argument doit être suffisant pour rallier l'ensemble du mouvement syndical!»
«Référendum il y aura, la base l'a déjà décidé», a ajouté Alessandro Pelizzari, secrétaire régional d'Unia Genève, tout en rappelant l'importance de réfléchir aux alternatives à la crise des retraites. Reste qu'une autre option, soulevée par le député vaudois Jean-Michel Dolivo, reste possible: que le paquet Berset tombe à l'eau...

Aline Andrey

 

Edition n° 4 du 25 janvier 2017

 
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