Je suis un passeur
Passionné par les arts de la scène Thierry Luisier a endossé le costume de directeur du Théâtre Benno Besson à Yverdon

Le rôle semble taillé sur mesure. Et parce que l'homme bénéficie d'une large expérience du monde du spectacle et de ses coulisses. Et parce qu'il est animé du feu sacré de l'enthousiasme. Une passion pour les arts de la scène que Thierry Luisier, 53 ans, divorcé et père de trois enfants, a cultivé tout au long de son parcours. Sur tous les tableaux. Jouant dans des théâtres amateurs. S'initiant aux différents arcanes de ce microcosme enchanteur. Formé à plusieurs écoles et stages dont celui effectué au Théâtre de Beausobre qui l'a confronté à l'ensemble des métiers du domaine. De la technique à l'accueil des artistes en passant par la promotion des représentations. L'élève, diplômé de l'Ecole d'étude sociale et pédagogique de Lausanne, va ensuite voler de ses propres ailes. Plusieurs années, il administre la Compagnie de danse Philippe Saire, organise ses tournées, en Suisse et à l'étranger. Puis il crée, en 1996, l'association Artos. Avec notamment à la clef, la mise sur pied d'un brevet fédéral de technicien du spectacle et d'un diplôme en gestion culturelle, en collaboration avec les Universités de Genève et Lausanne. Un projet pionnier initié dans le but de professionnaliser la branche. «Il y avait à l'époque peu de reconnaissance de ce genre de métier. J'ai eu envie de développer la formation», relève Thierry Luisier, qui occupera aussi la fonction, une décennie durant, de secrétaire général de La Corodis, la commission romande de diffusion des spectacles. Et dirigera - avant d'ancrer son destin, depuis février 2012, à l'institution Benno Besson - le Théâtre du Passage à Neuchâtel. Des jalons non exhaustifs sur la riche trajectoire de cet homme aux multitalents qui confie avoir toujours aimé «la famille du théâtre».

Plus que du divertissement
«J'apprécie les relations avec les artistes, leur univers très constructif. Il y règne un esprit positif, une façon de penser qui me plaît», relève Thierry Luisier, agacé par les personnes qui évoquent une mentalité de paresseux en parlant du milieu. «C'est tout le contraire. On a affaire à des passionnés. Qui mettent toute leur motivation et énergie à atteindre leur but. Partent souvent de zéro. Un terreau aussi stimulant qu'épuisant.» De quoi séduire ce Vaudois féru de créations artistiques en tous genres et ravi d'assurer aujourd'hui la programmation du théâtre d'Yverdon. «Je veille à toucher un large public. A diversifier l'offre. En prenant toujours garde à proposer des représentations qui ne se limitent pas seulement à du divertissement, mais nourrissent aussi les spectateurs, stimulent leur réflexion, délivrent des messages... Je me considère comme un passeur entre le public et les artistes», précise le directeur, sensible aux questions sociales, humaines. Aux créations porteuses de contenu, sans se révéler pour autant ennuyeuses. Et toujours un peu nerveux et tendu à la veille des levers de rideau. «J'ai le trac. Normal. On prend un pari en sélectionnant un spectacle. Un risque.» Et Thierry Luisier de citer par exemple la production d'un duo masculin de danseurs entraîné dans un jeu de séduction. Une pièce toute en grâce, finesse, émotion, profondeur et drôlerie qui aura connu un large succès... pas nécessairement gagné d'avance.

Sur un air de tango
Outre son amour des arts de la scène, Thierry Luisier trouve aussi dans son travail le moyen d'exprimer son côté pratique. Concret. Lui qui passe volontiers du temps à retaper sa maison à Démoret. A bricoler. «Je ressens le besoin de faire des choses. De monter des projets. De voir le résultat. Je suis un impétueux qui peine à entreprendre des activités s'étirant sur le long terme», précise le quinquagénaire, stimulé par la dynamique d'une équipe et qui a appris, «avec l'âge dira-t-il», à maîtriser son impatience. «Jeune, je boudais par exemple les maquettes d'avion. Je n'avais pas envie d'attendre que la colle sèche», sourit le directeur qui appréhende sa fonction sur un mode participatif. Et compte parmi ses atouts, une précieuse capacité d'écoute. Pour se ressourcer, ce sympathique optimiste fait volontiers du triathlon - qui le défoule et lui offre des parenthèses de solitude propices à son équilibre - ou opte pour des tours de piste dans des milongas. Aficionado de tango argentin comme sa compagne, le danseur trouve, dans cette discipline, une manière privilégiée de tisser des liens. De partager, le temps de quelques arabesques, un espace où la magie de la musique et de l'échange opèrent, ouvrant de «grands moments de bonheur». Un concept qu'il associe «à l'amitié, à la sincérité, aux choses simples comme un repas autour d'une chasse...» «Si je suis heureux? Oui. Vieillir comporte des avantages. On apprend à s'attacher uniquement aux choses qui ont du sens, qui sont vraiment importantes», affirme Thierry Luisier également séduit par des paysages de montagne. Silhouettes brutes découpant l'azur. Fiers mélèzes et revigorants lacs d'altitude. Un décor qui inspire le directeur et contribue à mettre de la beauté et de la sérénité dans sa vie. Avec cette autre artiste incarnée par la nature, si chère, elle aussi, à son cœur...

Sonya Mermoud

 

Edition n° 4 du 25 janvier 2017

 
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