Allô les urgences mon centre médical est malade
Unia dénonce de graves dysfonctionnements dans un centre de santé privé de La Chaux-de-Fonds

Unia a été mandaté par le personnel du Centre médical Baptista. Ce cabinet privé, ouvert en 2015 à La Chaux-de-Fonds, emploie une dizaine de collaborateurs, dont un médecin généraliste, une pédiatre, une gynécologue et une dentiste.

«Allô les urgences, mon centre médical est malade!» Armée d'un mégaphone, de drapeaux et de tracts, une délégation d'Unia Neuchâtel a investi jeudi dernier un centre de santé chaux-de-fonnier. Ouvert à l'automne 2015 et employant une dizaine de collaborateurs, dont un médecin généraliste, une pédiatre, une gynécologue et une dentiste, le Centre médical Baptista connaît de sérieux dysfonctionnements, selon le syndicat.

Soucis avec les salaires et les normes sanitaires
«Il y a des retards dans le versement des salaires, qui vont jusqu'à trois mois, des problèmes dans les contrats de travail, qui comprennent des clauses incompréhensibles et à la limite de la légalité, et le flou règne sur le plan des assurances sociales. Il semble que le centre n'ait pas contracté d'assurance accidents, pourtant obligatoire, et le paiement du 2e pilier fait aussi souci. Les médecins se plaignent de ne pas bénéficier d'une assurance responsabilité civile ni d'avoir accès à la facturation pour la contrôler. Le personnel, qui nous a mandaté, dénonce des conditions de travail désastreuses. Nous émettons en outre des doutes sur le respect des normes sanitaires», détaille Céline Humbert, secrétaire syndicale d'Unia. «Faute du versement ponctuel de leur salaire, certains médecins ont démissionné après quelques mois de travail, provoquant un turnover étonnamment élevé pour un établissement si récent.»
Précisons que ce centre médical n'a aucun lien avec le cabinet du Dr Helder Baptista, médecin généraliste qui exerce aussi dans la Métropole horlogère. L'établissement en cause appartient à une société à responsabilité limitée administrée par une jeune femme de 23 ans. «Les employés ont essayé de discuter avec elle de tous ces problèmes sans succès», indique Céline Humbert.
Face à cette situation, le syndicat a choisi d'alerter la presse et de s'inviter dans le centre médical pour rencontrer la directrice. Celle-ci était cependant absente pour cause de maladie. Un courrier lui a été remis à la réception précisant les revendications syndicales: le paiement des arriérés de salaire, la mise en règle des contrats de travail et des assurances, l'accès des médecins à la facturation, ainsi qu'un «cahier des charges définissant des normes d'hygiène strictes».

Difficultés à réaliser le travail
Deux employées abordées confirment les dires d'Unia. «C'est même pire», sourit l'une d'elles. «Cela nous cause beaucoup de soucis et de discussions le soir à la maison», explique cette médecin, qui pointe un manque de confiance entre le personnel et la direction. «J'ai téléphoné à la caisse de pension pour vérifier le versement du 2e pilier et j'ai constaté qu'on me prélevait deux fois plus d'argent qu'il n'en était effectivement reversé. Une collègue a fait le même constat et un autre collègue, père de famille, n'a jamais reçu, lui, ses allocations familiales.» Et les aspects salariaux ne sont pas les seuls en cause. «Il n'est pas possible de faire correctement mon travail, c'est trop compliqué, je ne dispose même pas d'une assistance médicale qualifiée.» Les salariés n'ont donc qu'une hâte, trouver un nouvel emploi et prendre le large.
Les représentants d'Unia ont rencontré l'avocat de l'administratrice vendredi après-midi. Le syndicat attend maintenant de pouvoir convenir d'une marche à suivre pour mettre de l'ordre dans ce cabinet médical. Faute de quoi, Unia pourra se pouvoir aux Prud'hommes et saisir les services compétents en matière d'inspection du travail, d'assurances sociales et de surveillance de la santé. «Nous pourrons aussi interpeller le Conseil d'Etat», ajoute David Taillard, responsable du secteur tertiaire d'Unia Neuchâtel. «Ce n'est pas la première fois que nous rencontrons des problèmes dans des centres médicaux privés qui, administrés par des gestionnaires, ne sont pas guidés par la santé publique mais par la recherche de profits.»

Jérôme Béguin

 

 

Edition n° 7 du 15 février 2017

 
Imprimer l'article
 
Haut de la page