Nettoyage stop aux vacances forcées non payées
Des travailleuses soutenues par Unia ont dénoncé publiquement une pratique bien répandue dans la branche

En violation des dispositions légales, il apparaît que certaines entreprises de nettoyage prient leurs employées de rester chez elles quand leurs clients ferment pour cause de vacances scolaires ou de travaux, et ce, sans leur verser de salaire. Ce personnel, déjà fortement précarisé, voit son pouvoir d'achat s'amoindrir et son droit aux vacances menacé. Le syndicat exige des employeurs qu'ils prennent leurs responsabilités et offrent des conditions de travail plus dignes aux nettoyeuses.

«A chaque fois que l'école dans laquelle je travaille ferme pour les vacances scolaires, on me paie sur mon solde de vacances. Mais comme je n'ai le droit qu'à quatre semaines et qu'il y a environ trois mois de vacances par an dans les écoles, je suis payée l'équivalent de quatre semaines, et le reste ne m'est pas payé. Et quand moi je veux partir en vacances, mon solde étant épuisé, je ne suis pas rémunérée.» Lourdes* travaille pour son employeur à Genève depuis environ quatre ans. Elle intervient en tant que nettoyeuse sur trois sites différents, dont une école. Comme dit plus haut, quand l'école ferme, elle n'est pas payée. Et elle ne peut pas forcément prendre ses vacances à ce moment-là non plus car elle continue de travailler pour les deux autres clients de son employeur. «J'ai envoyé une lettre à mon patron pour lui dire que je n'étais pas d'accord avec ces pratiques. Dans sa réponse, il m'a demandé si je souhaitais continuer à travailler pour l'entreprise...» Lourdes n'est pas la seule dans ce cas. Unia a vu ce genre d'infractions se multiplier au cours des dernières années. Sous des formes différentes, mais avec le même but, faire des économies sur le dos du personnel.
Rosa* aussi travaille dans une école. «Quand l'école ferme, on nous propose des remplacements, ou pas. Si on ne nous en propose pas, nous ne sommes pas payées. Et quand on nous en propose, ce n'est pas forcément dans les mêmes plages horaires, du coup on doit changer toute notre organisation avec nos autres jobs.» Payées à l'heure, souvent employées à des contrats de moins de 18 heures par semaine, les nettoyeuses sont obligées de multiplier le nombre d'employeurs pour espérer joindre les deux bouts. Lucia*, elle, intervient dans une banque qui ferme pendant les fêtes de fin d'année. «Notre employeur ne nous a même pas averties. C'est la réceptionniste de la banque qui nous a informées. A cette période, ce sont jusqu'à quatre jours qui ferment où nous ne sommes pas payées. Je me suis adressée aux Ressources humaines qui m'ont dit que c'était à nous de demander à aller sur un autre site. C'est inadmissible pour une entreprise signataire de la Convention collective de travail (CCT)!» Enfin, Marta*, au service de son patron depuis six ans, a appris qu'un de ses lieux de travail allait fermer pendant trois mois, le temps de travaux. «Mon solde de vacances va être divisé et étalé sur toute cette période, j'aurai donc moins de salaire et si je souhaite prendre des vacances à un autre moment de l'année, elles ne me seront pas payées...»

La peur au ventre
Cette pratique, peu importe la manière dont elle se manifeste, est illégale et fragilise les travailleuses. «Les nettoyeuses rencontrent des difficultés économiques liées à la baisse de leur salaire, explique Camila Aros, secrétaire syndicale chez Unia. Leur droit aux vacances est aussi péjoré.» Fabrice Chaperon, juriste au syndicat, rappelle les bases légales. «L'employeur peut tout à fait imposer une prise de vacances, si cela est fait à l'avance et dans le cadre d'une consultation, ce n'est pas ça le problème. L'employeur a l'obligation de fournir du travail à son employé, ou un travail de remplacement. Le cas échéant, il est tenu par le contrat de travail de rémunérer son employé. Que ce soit dans le Code des obligations ou la CCT de la branche, le salaire est dû, travail effectué ou pas.»
La commission paritaire du nettoyage est bien consciente du problème. En 2015, elle a fait passer une circulaire à toutes les entreprises de la branche dans laquelle elle leur rappelle leurs obligations en la matière. «Malgré ces efforts, on constate que la CCT n'est toujours pas respectée» déplore la syndicaliste. «C'est pourquoi nous dénonçons publiquement cette problématique aujourd'hui et invitons les nettoyeuses victimes de ces infractions à se rapprocher de leur syndicat.»
A ce jour, une dizaine d'entreprises ont déjà été épinglées par la commission paritaire, et sommées, entre autres, de payer des amendes. Malgré tout, elles récidivent parfois. D'après Unia, ces employeurs profiteraient de la précarité dans le secteur, et de la barrière de la langue, pour imposer de telles pratiques. «Il est très compliqué de mobiliser dans ce secteur, ajoute Camila Aros. La peur de perdre son emploi est très présente.» Les travailleuses participant à la conférence de presse ont d'ailleurs témoigné anonymement. Certaines, en emploi, refusent d'aller plus loin aux côtés d'Unia en essayant de faire valoir leurs droits auprès de leur patron, le risque étant trop grand. «Beaucoup de nos collègues n'osent pas parler», rapporte Clara*.

Manon Todesco


* Prénoms d'emprunt

 

Négociations imminentes
Cette conférence de presse intervient alors que les négociations en vue du renouvellement de la CCT romande de la branche du nettoyage sont en cours. Actuellement, les nettoyeuses sans qualification gagnent 19 francs de l'heure lorsqu'elles sont embauchées moins de 18h par semaine, 19,85 francs quand il s'agit de contrat de plus de 18 heures. «Ce système incite les employeurs à multiplier les contrats pour payer les employées toujours moins cher», constate Yves Mugny, secrétaire syndical Unia. Pour le syndicat, il est urgent d'harmoniser les conditions des rémunérations. «Les patrons veulent aussi unifier les salaires, mais à la baisse, en imposant un salaire horaire unique de 19 francs pour tous, alors que les syndicats proposent de tirer tous les salaires vers le haut, à savoir 19,85 francs.» Unia se montre très préoccupé quant à ces négociations. «Nous espérons que les employeurs entendront la nécessité de protéger davantage leur personnel ainsi que l'urgence de leur verser des salaires un peu plus dignes», conclut le syndicaliste.
MT

 

 

 

 

Edition n° 8/9 du 22 février 2017

 
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