Légion de souvenirs
A la retraite l'ancien spécialiste des RH Jean-Marie Boissard revient sur sa riche expérience professionnelle et sa passion

Le rendez-vous a été fixé dans sa maison à Monthey, une villa entourée d'un îlot de verdure où picorent de singulières poules, huppe et plumage blancs tachetés de noir. Jean-Marie Boissard patiente sur le seuil. Franche poignée de main. Accueil chaleureux. Et bref commentaire sur ses «jolis et intelligents» volatiles qui se chargent de liquider les restes de nourriture. Et amusent ses deux petits-enfants dont il adore s'occuper. A l'intérieur, l'homme de 63 ans commence par évoquer sa passion des figurines, occupant un large espace dans ses murs et dans son cœur. Dans des armoires vitrées, des milliers de soldats allemands, français, italiens... des représentations d'Hitler, de Franco, de Mussolini, de Guisan ou encore d'Eisenhower... des armes de guerre, mais aussi des Indiens, des chevaliers, des animaux, des véhicules... se dressent en rang serré sur les étagères combles, trahissant un hobby aux racines profondes.

Féru d'histoire
«C'était, autrefois, le jouet des garçons par excellence. J'ai entamé la collection enfant» explique Jean-Marie Boissard en montrant quelques-unes des curiosités de ce monde miniaturisé, comme un fantassin éthiopien pieds nus, inspiré par la guerre que livrait l'Italie fasciste à l'empire d'Hailé Sélassié ou la représentation d'une recrue allemande, mains levées, en signe de capitulation. «Une posture qui a valu à son créateur d'être arrêté», note le passionné, relevant que les soldats allemands - majoritaire dans l'assortiment - ont été réalisés dans 700 positions et 35 uniformes différents. Des scènes et spécificités de la vie quotidienne sur les champs de bataille que l'homme pourrait détailler sans un essoufflement, maîtrisant parfaitement son sujet et donnant régulièrement des conférences sur ces figurines. Alors qu'il continue à fréquenter les brocantes pour étoffer sa collection. Comme il aime visiter musées, fortifications et anciens lieux d'affrontements, féru de stratégie et d'histoire, en particulier des 19e et 20e siècles. «C'est une tradition dans la famille. Mon père aussi se passionnait pour l'histoire et a écrit celle de Monthey.» Une ville à laquelle Jean-Marie Boissard a uni ses destinées professionnelles, y ayant fait toute sa carrière.

Chacun son rôle
Licencié en droit avec spécialisation en droit du travail et des assurances sociales, maîtrisant plusieurs langues, l'universitaire entre en 1984 dans l'ancienne Ciba au service de l'information et de la communication. Trois ans plus tard, après une formation d'une année au siège central de Bâle, il devient chef de personnel. A cette époque, l'usine tourne à plein régime et regroupe, outre ses activités liées à la chimie, nombre de travailleurs de différents corps de métiers: des menuisiers, jardiniers, maçons, un photographe, des maquettistes... «Pareille à la villa romaine», compare Jean-Marie Boissard, qualifiant la période d'exaltante, l'entreprise réunissant alors plus de 2460 employés. Douze ans plus tard interviennent les premières restructurations. «Nous avons appris par le journal d'entreprise la disparition de Ciba. Le site de Monthey a été rattaché au secteur pharmaceutique bâlois pour devenir Novartis.» Une mutation inattendue qui se fait toutefois sans trop de heurts pour Jean-Marie Boissard, employé dans la nouvelle entité comme responsable des ressources humaines. «Le management demeurait suisse, avec ses valeurs propres. Nous restions autonomes en matière de partenariat social. Le jeu des pourparlers pour les augmentations des salaires allait bon train - chacun tenant clairement son rôle, représentants des travailleurs et côté patronal», sourit le Valaisan, déterminé et volontaire. Qui aura négocié au cours de sa carrière 4 conventions collectives de travail et 12 hausses de rémunérations, soulignant au passage la générosité de la société et notant son attachement à ce système, jugé indispensable. Pour l'anecdote, son grand-père avait signé la première convention en 1945.

Anticonformisme revendiqué
Dans les années 2000, Novartis connaît un nouveau séisme, fusionnant avec un autre groupe pour devenir Syngenta. Le management passe alors en mains anglaises. Une période qualifiée de très difficile, avec une gouvernance anglo-saxonne à la «culture différente, aux responsabilités diluées, à la politique des bonus, où l'on parle globalisation, séminaires, évaluations...» En 2005, le partenariat social est délocalisé à Bâle. Jean-Marie Boissard jette l'éponge et retrouve du travail comme chef de l'Office régional de placement de Monthey où il restera dix ans, faisant bénéficier les chômeurs de son réseau dans les entreprises.
A la retraite depuis un an, marié et père de deux grands enfants, le Valaisan affirme être heureux. Sa recette du bonheur? Une vie harmonieuse et équilibrée entre famille, liens sociaux et loisirs où s'inscrit encore son plaisir de la petite reine, lui qui parcourt quelque 2500 kilomètres par an à vélo. Et un attrait pour la musique - il joue du cor à l'Harmonie de Monthey depuis 45 ans.
Issu d'une longue lignée de libéraux radicaux, le sexagénaire revendique néanmoins une indépendance de pensée et un certain anticonformisme. Comprenez, en quelques exemples, un style vestimentaire décontracté, le rejet d'une forme d'élitisme, des goûts simples et, en politique, des opinions parfois hors parti. «Il m'arrive de voter... socialiste.» Bien moins surprenant que ces armées de figurines découvertes dans son foyer, souvenirs d'une vie que le collectionneur, jouet amusé de son engouement, continue à rassembler, parce qu'il «en manque toujours une, puis encore une, puis une autre...»

Sonya Mermoud

 

Edition n° 8/9 du 22 février 2017

 
Imprimer l'article
 
Haut de la page