Trois maçons ont protesté devant Implenia
Licenciés à presque 60 ans des travailleurs soutenus par Unia ont demandé à être réintégré afin de bénéficier de leur retraite

Alors qu'Implenia se réjouit publiquement des bénéfices récemment engrangés, l'entreprise continue à remercier des ouvriers aux portes de la retraite. Le syndicat et trois travailleurs se sont donc rendus au siège genevois de l'entreprise et ont organisé un piquet de protestation, déterminés à obtenir réparation. Implenia a fini par ouvrir le dialogue.

Souvenez-vous, en décembre dernier, Livio*, licencié à 14 mois de la retraite, était réintégré par Implenia après une action médiatique du syndicat Unia. La plus grosse entreprise du bâtiment de Suisse s'était excusée de sa manière de faire et avait fait amende honorable. Suite à cette affaire, Unia a profité de cette brèche pour soumettre à Implenia d'autres dossiers similaires, à savoir des ouvriers du bâtiment âgés remerciés à quelques mois de la retraite, afin qu'eux aussi puissent être réintégrés. «Implenia a souhaité laisser passer les fêtes de fin d'année et a assuré qu'elle reprendrait contact avec Unia en janvier», rapporte Yves Mugny, responsable du secteur. «Depuis, nous n'avons plus jamais eu de nouvelles.» Le syndicat relancera fin janvier Implenia pour fixer une rencontre, en vain. C'est pourquoi, le 23 février, trois travailleurs âgés licenciés accompagnés par Unia ont décidé de se rendre au siège genevois afin de demander leur réintégration immédiate sur les chantiers du groupe.

Bénéfices faramineux
Coïncidence, le même jour, Implenia communiquait publiquement ses résultats dans la presse. Le groupe zurichois affiche un bénéfice net de plus de 64 millions de francs pour l'année 2016, soit 23,9% de plus que l'année précédente. «Au vu du solide carnet de commandes», Implenia dit aussi envisager l'année 2017 «avec confiance». «Comme tout va pour le mieux, nous avons demandé à rencontrer la direction afin d'ouvrir des discussions au sujet des travailleurs âgés et du travail temporaire et trouver des solutions à l'amiable», relate Yves Mugny. La direction n'étant pas présente à Genève et ne voulant pas s'engager dans des discussions, les syndicalistes et les travailleurs ont alors décidé de hausser le ton et se sont installés physiquement devant Implenia jusqu'à ce que quelqu'un les reçoive! Le piquet aura duré trois jours. Le 27 février, la direction d'Implenia fait un pas en avant et propose aux syndicalistes une rencontre le 2 mars. «L'entrevue a bien eu lieu, mais pour l'instant, aucun résultat n'en est ressorti, rapporte Yves Mugny. Une seconde rencontre aura lieu le 16 mars pour débattre du sort des trois travailleurs.»

Manon Todesco



José*, 58 ans
José a travaillé 15 ans pour Implenia comme maçon dans l'ingénierie civile et s'est fait licencié en 2015 pour «baisse d'activité». Depuis, il n'a pas retrouvé de travail. Ses droits au chômage s'arrêtent en mars, après quoi il perdra son droit à la retraite anticipée, d'où l'urgence pour lui d'être réintégré. «Je suis en bonne santé, je suis capable de prendre n'importe quel travail, je n'ai pas envie d'être pris en charge par l'assistance sociale.» José a envoyé de nombreux CV, et s'est inscrit dans les agences d'intérim. «On ne m'a jamais rien proposé, sans doute parce que je suis trop vieux.» Si José ne retrouve pas de travail, il sera contraint de retourner au Portugal. «Je n'ai jamais été malade, je n'ai jamais eu d'accident, et je n'ai jamais manqué un seul jour de travail; ce n'est pas correct de leur part de me faire vivre cela.»

Mario*, 59 ans et demi
Après deux ans d'incapacité de travail liée à une grave maladie, Mario a été remercié à six mois de la retraite. Pourtant, son médecin a indiqué qu'il pouvait continuer à exercer une activité adaptée, mais Implenia refuse d'entrer en matière. «Je ne m'y attendais pas du tout, j'ai été très surpris. Jusque-là, je n'avais jamais manqué le travail.» Mario ne perdra pas son droit à la retraite anticipée à 60 ans, mais ses rentes seront amputées. «Je connais plusieurs collègues du même âge qui ont été mis à la porte. On leur disait d'aller s'inscrire dans les agences d'intérim et ils étaient réengagés sur le même chantier, mais en tant que travailleur temporaire.»

Joaquim*, 59 ans
Après 14 ans de bons et loyaux services, Joaquim a été licencié «du jour au lendemain» pour des raisons dites économiques. Dans son certificat de travail, Implenia le présente comme un bon travailleur dont la «conscience professionnelle est appréciée tant par ses supérieurs que par ses collègues». Depuis avril 2016, il n'a plus retrouvé d'emploi. «Je suis prêt à accepter n'importe quoi, il me manque trois mois pour arriver à la retraite...» «Implenia continue de gagner de l'argent, mais dès qu'on approche de la retraite, elle nous jette comme des malpropres...»

Propos recueillis par Manon Todesco

* Prénoms d'emprunt

 

 

Edition n° 10 du 8 mars 2017

 
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